L'Observatoire de FARM

L'Observatoire analyse et compare les soutiens publics à l'agriculture et à l'alimentation dans le monde.

Dans son Observatoire, la Fondation FARM propose des analyses globales et des focus sur les soutiens publics à l’agriculture et à l’alimentation.

Le premier volet de ces analyses concerne les éléments clés à retenir sur les dépenses publiques dans le monde et plus spécifiquement en Afrique subsaharienne. Le deuxième volet sera consacré à l’étude des soutiens des prix du marché.

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Qui dépense le plus pour son agriculture ?

Il existe au niveau mondial de très grands écarts en matière de soutiens publics à l’agriculture et à l’alimentation. Globalement, plus un pays a des revenus élevés, plus il dépense pour soutenir ses agriculteurs et ses agricultrices (en proportion de la valeur de la production agricole) alors que l’agriculture ne fournit plus chez lui qu’une partie mineure de l’emploi et de la croissance économique. Ainsi, dans les pays à revenu élevé, l’intensité de ces dépenses est plus de deux fois supérieure à celle des pays à revenu intermédiaire (9 %) et à faible revenu (10 %).

 

 

L’Europe et l’Amérique du Nord, qui sont les deux premières régions exportatrices de produits agricoles bruts et transformés, sont aussi celles qui dépensent le plus pour leur agriculture et leur alimentation. Comme l’indique la carte 1, cela représente entre 22 et 25 % de la valeur de la production agricole, un chiffre particulièrement élevé en comparaison avec les autres pays et régions, à l’exception de l’Inde (24 %).

Il ne faut pas perdre de vue que les chiffres ci-dessus sont des moyennes, qui cachent d’importantes variations au sein de chaque catégorie de pays. Ainsi, l’intensité des dépenses publiques de soutien à l’agriculture et à l’alimentation dans les pays d’Océanie (Australie, Nouvelle-Zélande) est très inférieure à la moyenne des pays à haut revenu et comparable à celle de certains pays africains à faible revenu.

 

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Des producteurs 14 fois plus aidés dans les pays riches

On observe de fortes variations au sein de chaque catégorie de pays. Ces écarts tiennent principalement aux différences dans le montant des transferts budgétaires aux producteurs. Ces derniers représentent la majeure partie des dépenses de soutien dans les pays à revenu élevé et intermédiaire. Au contraire, dans les pays à faible revenu, alors que les producteurs occupent le plus souvent une place capitale dans l’économie et l’emploi, ils sont bien moins soutenus. Les transferts budgétaires aux producteurs sont 14 fois plus importants dans les pays à revenu élevé que dans les pays à faible revenu. L’Afrique subsaharienne arrive très loin derrière avec un soutien aux producteurs inférieur en moyenne à 1 % de la valeur de la production agricole. En Éthiopie, par exemple, les transferts budgétaires aux producteurs sont presque 100 fois plus faible qu’au sein de l’UE (en pourcentage de la valeur de la production agricole).

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Des consommateurs peu soutenus dans les pays à revenu faible

L’Observatoire de FARM analyse aussi les transferts budgétaires aux consommateurs qui prennent notamment la forme de subventions. Les pays à revenu élevé sont ceux qui soutiennent le plus la consommation alimentaire (5 % de la valeur de la production agricole). Ces transferts sont particulièrement élevés en Amérique du Nord où ils représentent 12 % de la valeur de la production agricole. L’Inde fait également partie des pays qui soutiennent le plus la consommation alimentaire.

Malgré l’insécurité alimentaire qui reste prégnante en Afrique subsaharienne, les transferts aux consommateurs en provenance du budget de l’État y sont inférieurs à 1 % de la valeur de la production agricole. Ces transferts budgétaires à la consommation en Afrique subsaharienne sont majoritairement composés d’aides aux consommateurs (98 %). Seulement 1 % du soutien à la consommation est consacré aux transformateurs, pourtant essentiels au développement des filières agroalimentaires.

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Soutiens par actifs agricoles ou par hectare : le grand écart mondial

 

La hiérarchie de l’intensité des dépenses publiques de soutien à l’agriculture et à l’alimentation par pays n’est pas forcément la même selon l’indicateur utilisé. Ainsi, sur la période considérée, les dépenses de soutien dans l’Union européenne, comparées aux États-Unis, étaient moins élevées en proportion de la valeur de la production agricole et de la valeur ajoutée de l’agriculture, mais sensiblement plus grandes par hectare agricole. L’écart du soutien entre pays riches, pays émergents et pays à faible revenu s’accroît considérablement quand on ramène les montants au nombre d’actifs familiaux ou salariés travaillant en agriculture. Ainsi, les dépenses publiques de soutien à l’agriculture et à l’alimentation par actif agricole, aux États-Unis, sont 80 fois supérieures à celles existant en Inde et 2 690 fois plus importantes qu’au Ghana.

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Afrique subsaharienne : une agriculture indirectement soutenue

Sur les 15 pays analysés dans l’Observatoire de FARM, 10 ont atteint la cible de financement décidé par les États africains à Maputo.  En 2003 au Mozambique, ces derniers s’étaient engagés à travers le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), à consacrer au moins 10 % des budgets publics au secteur agricole afin de lui insuffler un nouvel élan et ainsi stimuler sa croissance à 6 % par année. Ce seuil de 10 % est depuis devenu le critère de performance par excellence du soutien public des agricultures africaines. Cependant, ces bons résultats sont attribuables à une partie trop importante des dépenses rurales qui ne soutiennent pas directement le secteur. Quand on considère uniquement les dépenses spécifiques à l’activité agricole, le niveau moyen de ce soutien est réduit de plus de moitié, soit de 12 % à 5 % du budget public total. En l’occurrence, l’Éthiopie devient le seul pays à respecter son engagement de Maputo.

Comme dans l’ensemble des pays à faible revenu, l’essentiel du soutien public à l’agriculture et à l’alimentation en Afrique subsaharienne est massivement orienté vers les services collectifs à l’agriculture et l’alimentation. Ces services représentent plus de 80 % du total des dépenses budgétaires agricoles mais les deux-tiers ne ciblent pas directement le secteur agricole. Il s’agit par exemple de dépenses rurales de santé, d’éducation, d’infrastructures, etc. Ces dépenses sont cependant essentielles et contribuent, de manière indirecte, au développement du secteur agricole dans la mesure où la majeure partie des populations rurales travaille dans ce secteur. Le tiers restant, orienté directement vers le secteur agricole, est composé de dépenses de formation (2% des services collectifs), de vulgarisation (2 %) ou d’infrastructures agricoles (11 %).

Dans les pays d’Afrique couverts par l’Observatoire de FARM, les dépenses publiques de soutien à l’agriculture et à l’alimentation représentent 9 % de la valeur de la production agricole. Comme dans l’ensemble des pays à faible revenu, l’essentiel du soutien public à l’agriculture et à l’alimentation en Afrique subsaharienne est massivement orienté vers les services collectifs à l’agriculture et l’alimentation.

Ces services représentent plus de 80 % du total des dépenses budgétaires agricoles mais les deux-tiers ne ciblent pas directement le secteur agricole. Il s’agit par exemple de dépenses rurales de santé, d’éducation, d’infrastructures, etc. Ces dépenses sont cependant essentielles et contribuent, de manière indirecte, au développement du secteur agricole dans la mesure où la majeure partie des populations rurales travaille dans ce secteur.

Le tiers restant, dirigé directement vers le secteur agricole, est composé de dépenses de formation (2% des services collectifs), de vulgarisation (2 %) ou d’infrastructures agricoles (11 %). La part consacrée à la recherche (3 %) reste bien en deçà de l’objectif de 1 % du Produit intérieur brut agricole fixé par les accords de Malabo (0,29 % aujourd’hui). Pourtant, l’IFPRI soutenait dans son Global Food Policy Report, (2020) qu’un accroissement de la R&D agricole en Afrique subsaharienne, à hauteur de 1 % du PIB agricole, pourrait augmenter de 60 % la productivité d’ici 2050.

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Le poids des subventions aux intrants

À la différence des pays à revenu élevé dans lesquels une grande partie des soutiens prend la forme de transferts budgétaires aux producteurs, en Afrique, ces dépenses demeurent très faibles (voir Tableau 1). Elles sont d’ailleurs affectées à plus de 90 % aux subventions à l’achat d’intrants, au détriment d’autres actions qui pourraient bénéficier tout autant, sinon plus, aux producteurs comme les subventions à la production, des soutiens aux revenus, etc. Au regard des niveaux de productivité agricole de la région, ce constat soulève de nombreuses questions quant à l’efficacité de ces subventions aux intrants (principalement des engrais) et de leurs poids dans les aides à la production.

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Des budgets dépendants de l’aide extérieure

Si le soutien public qui va directement à l’agriculture et à l’alimentation demeure faible et concentré sur certaines mesures, il faut aussi rappeler que les budgets agricoles dépendent beaucoup de l’aide extérieure.

L’aide extérieure représente en moyenne 20 % des dépenses publiques de soutien à l’agriculture et à l’alimentation. Toutefois, ce constat dissimule une grande disparité entre pays dans le degré de dépendance. Cette dépendance varie par exemple de 2 % pour le Ghana (2015/17) à plus de 50 % pour le Rwanda (2016/18).  En moyenne, ¾ de cette aide apportée par des donateurs extérieurs participent au financement de services collectifs pour le développement agricole, avec plus de la moitié consacrée à des dépenses rurales (éducation, santé, infrastructures…).

Il faut enfin souligner l’existence de différences dans le niveau d’exécution des budgets d’un pays à l’autre. La mise en œuvre des budgets agricoles se heurte à de nombreuses difficultés qui entravent leurs bonnes exécutions. En effet, seulement 73 % des budgets consacrés à l’agriculture et à l’alimentation sont effectivement dépensés. Le MAFAP énonce plusieurs raisons à cette situation et notamment une plus grande lenteur dans les décaissements des dépenses agricoles comparée à d’autres secteurs comme l’éducation mais aussi un non-alignement des décaissements avec les besoins du calendrier des activités agricoles