🌱 Financer les transitions agricoles en Afrique : ce qu’il faut retenir de notre webinaire avec AKADEMIYA2063 et ATLAS

Webinaire FARM x AKADEMIYA2063 x ATLAS du mardi 30 juin 2026

Soutiens publics et financements agricoles en Afrique : quels leviers pour accompagner les transitions ? »



Vous étiez nombreuses et nombreux, du monde entier, connectés ce mardi 30 juin pour le webinaire « Soutiens publics et financements agricoles en Afrique : quels leviers pour accompagner les transitions ?», coorganisé par la Fondation FARM, AKADEMIYA2063 et ATLAS

Animé par Matthieu BRUN, directeur scientifique de la Fondation FARM, cet échange a réuni chercheurs, décideurs publics et acteurs du financement autour d’une même question : dans un contexte de resserrement budgétaire, de poids croissant du service de la dette et de recul de l’aide internationale, comment orienter, coordonner et suivre les ressources publiques et privées pour accompagner les transitions agricoles et agroalimentaires ? Trois présentations d’experts ont posé le diagnostic, avant une table ronde réunissant un représentant du ministère de l’Agriculture du Sénégal, un spécialiste de la finance mixte et un connaisseur des agendas agricoles continentaux.


La question n’est plus seulement combien on soutient, mais aussi comment mieux orienter et cibler ces soutiens.

Comme l’a rappelé Abdoul Fattath TAPSOBA en présentant l’Observatoire mondial des soutiens publics à l’agriculture de la Fondation FARM (93 pays, plus de 90 % de la production agricole mondiale), l’enjeu dépasse le seul volume des soutiens. En Afrique subsaharienne, l’effort budgétaire relatif reste plus faible que dans les grandes régions agricoles et les soutiens sont fortement concentrés sur les services collectifs, certes utiles, mais souvent orientés vers le développement rural large plutôt que vers l’investissement agricole ciblé. L’orientation et le ciblage du soutien comptent donc autant que son montant.

Abdoul Fattath TAPSOBA, responsable de projets à la Fondation FARM, le 30 juin 2026.

Face à des ressources limitées, le défi est aussi d’« investir mieux ».

Mahamadou TANKARI, directeur adjoint et responsable de l’Unité Modélisation politique d’AKADEMIYA2063, a replacé ces enjeux dans l’Agenda de Kampala du PDDAA 2026-2035, qui marque le passage d’une logique centrée sur la production agricole à une approche élargie aux systèmes agricoles et alimentaires. Alors que de nombreux pays restent sous le seuil des 10 % de dépenses publiques consacrées à l’agriculture, il s’agit d’identifier les combinaisons d’investissements les plus structurantes et d’assurer la cohérence des politiques, en s’appuyant sur des données probantes et des outils d’aide à la décision, illustrés par des exemples au Togo et au Kenya.

Mahamadou TANKARI, directeur adjoint, responsable de l’Unité modélisation politique chez AKADEMIYA2063, le 30 juin 2026.

L’investissement agricole progresse, mais reste très en deçà des besoins.

Augustin GRANDGEORGE, responsable des initiatives développement du Forum de Paris sur la Paix, a présenté la deuxième édition du Baromètre des financements agricoles d’ATLAS. Les investissements dans les systèmes agricoles et alimentaires africains progressent plus vite que dans les autres secteurs du continent et pourraient atteindre 58 milliards de dollars en 2030. Ils demeurent toutefois très éloignés des besoins, estimés entre 100 et 200 milliards de dollars par an et restent fortement concentrés sur une dizaine de pays. Un triple choc pèse sur les perspectives : la baisse de l’aide publique au développement, la crise des intrants liée au Moyen-Orient et la montée des risques climatiques alors que le financement de l’adaptation reste insuffisant.

Augustin GRANDGEORGE, responsable des initiatives développement au Forum de Paris sur la Paix / ATLAS, le 30 juin 2026.

Sous forte contrainte budgétaire, l’enjeu est de mieux orienter l’effort public.

Omar NDIAYE, du ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage du Sénégal, a décrit des arbitrages souvent faits dans l’urgence, au détriment des investissements structurants (stockage, maîtrise de l’eau, digitalisation, mécanisation, etc.). Il a plaidé pour un meilleur ciblage et des instruments simples et démonstratifs, adossés à des chaînes de valeur prioritaires comme le maïs, ou à des dispositifs collectifs tels que les coopératives agricoles communautaires. Dans cette perspective, l’État a vocation à corriger les défaillances de marché et à orienter les investissements, sans se substituer au secteur privé.

Omar NDIAYE, chef de la division des productions vivrières à la direction de l’Agriculture du ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage du Sénégal, le 30 juin 2026.

La finance mixte peut débloquer le capital privé vers l’agriculture.

Basil KANDAYA, Senior Associate chez Convergence Blended Finance, a montré comment les mécanismes de finance mixte permettent de réduire les risques perçus par les investisseurs et de faciliter le financement des PME agricoles et des petits producteurs. Il a également souligné l’importance de l’assistance technique aux institutions financières et du développement d’instruments adaptés aux réalités du secteur agricole. À travers plusieurs exemples en Afrique de l’Ouest et de l’Est, il a illustré le potentiel de ces approches pour renforcer l’investissement privé dans les systèmes agroalimentaires.

Basil KANDAYA, associé senior chez Convergence Blending Global Finance, le 30 juin 2026.

L’Agenda de Kampala transforme les plans en plateformes d’investissement.

Hamady DIOP, ancien coordonnateur du processus post-Malabo du PDDAA à la Commission de l’Union africaine, a rappelé que les agendas de Maputo et de Malabo ont permis de structurer la planification agricole africaine autour d’objectifs communs et de plans nationaux d’investissement. Une leçon majeure de ces deux dernières décennies étant que  les plans ne produisent des résultats que s’ils sont effectivement arrimés aux budgets nationaux. L’Agenda de Kampala marque une nouvelle étape en mettant l’accent sur l’opérationnalisation des engagements, la coordination multisectorielle, la priorisation de projets bancables et le renforcement de la redevabilité. Dans cette perspective, l’engagement des 10 % de dépenses publiques doit servir de levier pour mobiliser  d’ici 2035, 100 milliards de dollars de financements privés, concessionnels et climatiques, tout en tenant compte des réalités nationales, des financements informels et des besoins de protection des petits producteurs.

Hamady DIOP, ancien coordinateur du processus post-Malabo du PDDAA, de la Commission de l’Union africaine, le 30 juin 2026.

Au terme du webinaire, les échanges ont souligné la nécessité de mieux articuler les soutiens publics, les financements privés et les priorités nationales de transformation agricole et alimentaire. Dans un contexte de ressources publiques contraintes, l’enjeu est à la fois de préserver l’effort public, de mieux l’orienter, de mobiliser des financements complémentaires et de renforcer la redevabilité des politiques mises en œuvre. L’Agenda de Kampala offre à cet égard un cadre important pour relier engagements continentaux, budgets nationaux et projets bancables, à condition de s’appuyer sur des données fiables, une coordination institutionnelle solide et des instruments adaptés aux réalités des producteurs, des entreprises agroalimentaires et des États.

C’est tout le sens du dialogue engagé entre la Fondation FARM, AKADEMIYA2063 et ATLAS, qui entendent poursuivre ces travaux communs à destination des décideurs publics, des partenaires techniques et financiers, des chercheurs et des acteurs publics et privés du développement agricole.

Un grand merci à nos intervenants, ainsi qu’à l’ensemble des personnes connectées depuis le Bénin, le Ghana, Madagascar, la France et bien d’autres pays, qui ont enrichi les échanges par leurs questions !

Matthieu BRUN, directeur scientifique de la Fondation FARM, le 30 juin 2026.

Informations pratiques

• Webinaire FARM x AKADEMIYA2063 x ATLAS
Soutiens publics et financements agricoles en Afrique : quels leviers pour accompagner les transitions ?
• Date : Mardi 30 juin 2026, de 11h30 à 13h20 (heure de Paris), avec questions-réponses
• Format : webinaire bilingue français – anglais
• Replay du webinaire : https://www.youtube.com/watch?v=7ZxCCay6VbY
• Evénement gratuit sur inscription (inscriptions closes)


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