Plateau des Guyanes : transformer un potentiel agricole considérable en souveraineté alimentaire partagée
Macouria, le 16 octobre 2026 — Le livre blanc « Les agricultures guyanaises au défi de la souveraineté alimentaire » vient d’être publié par la Fondation FARM. Il est présenté ce jour pour la première fois par Juliette LECLAIRE, directrice générale de la Fondation et les partenaires du projet, à l’occasion du Salon SAREGA de Macouria (Guyane).

Avec le soutien des membres du comité de pilotage du projet Plateau des Guyanes : le Crédit Agricole Martinique Guyane, la Safer Guyane et la Chambre d’agriculture Guyane.
Le Plateau des Guyanes (Guyane française, Suriname et État brésilien d’Amapá) partage un même espace amazonien, riche en eau, en biodiversité, en savoir-faire agricoles, avec une diversité de productions. Le livre blanc montre que ce potentiel ne se traduit pas encore à travers des appareils productifs structurés et des coopérations suffisantes pour l’alimentation des populations.
Fruit d’un projet mené en partenariat avec la Safer Guyane, le Crédit Agricole Martinique Guyane, la Chambre d’agriculture de Guyane et d’une écoute des acteurs du terrain, ce livre blanc dresse en exclusivité un état des lieux des forces, des points faibles et surtout des fortes opportunités de développement pour le territoire.
Pour Juliette LECLAIRE, « ces travaux constituent un point de départ. L’ambition est d’ouvrir une dynamique collective autour de priorités partagées par l’ensemble du plateau, tant la coopération régionale apparaît comme un levier puissant de souveraineté ».
Le rendez-vous est pris dès janvier 2027 pour élaborer un plan d’actions co-construit à la hauteur du défi : nourrir mieux et durablement 1,8 million d’habitants (300 000 en Guyane Française) contre un peu plus de 1 million en 2020. La croissance démographique, rapide, accentue encore la pression sur l’alimentation.
Replacer l’agriculture au cœur du développement
Guyane Française, Amapá et Suriname dépendent d’un approvisionnement extérieur pour de nombreuses denrées essentielles : céréales, produits laitiers, viandes, aliments transformés et certains intrants nécessaires à la production. Cette situation ne s’explique pas uniquement par un déficit de production. Elle résulte aussi de la fragilité des appareils productifs et agroalimentaires, des tensions foncières, du manque d’infrastructures et d’une coopération régionale limitée.
Certaines trajectoires économiques, marquées par des rentes externes (pétrolière au Suriname, administrative et spatiale en Guyane) ont aussi détourné une partie de la main-d’œuvre et des investissements de l’appareil productif local.
Dans un contexte de vulnérabilité des ménages face aux prix alimentaires et d’exposition aux aléas climatiques et géopolitiques, les agricultures guyanaises sont un élément central du développement des territoires.
Des filières plus structurées pour révéler un fort potentiel
Le territoire ne part pas de zéro : abattis-brûlis, jardins créoles, agricultures familiales et élevages contribuent déjà à l’alimentation des populations. Ces agricultures restent cependant peu visibles du fait du caractère informel des échanges. Les pratiques adaptées aux milieux amazoniens : gestion de la fertilité et de l’eau, diversité cultivée, agroforesterie, association entre arbres, constituent des ressources précieuses. L’agro-transformation est un levier majeur pour valoriser les productions locales.
Les productions animales sont insuffisantes. En Guyane française, l’élevage bovin, filière la plus structurée du territoire, ne couvre qu’un cinquième de la consommation locale.
L’enjeu n’est pas seulement d’augmenter les volumes. L’offre locale doit gagner en régularité, en accessibilité et en valorisation sur le marché. Pour Juliette Leclaire, « c’est un objectif réaliste à condition de s’appuyer sur des organisations de producteurs renforcées et des relations stabilisées entre producteurs, transformateurs et distributeurs ».
En Guyane française, le foncier : premier verrou
Le territoire compte environ 8 millions d’hectares couverts à 97 % de forêt, tandis que la surface agricole utilisée atteignait environ 36 000 hectares en 2020, soit moins de 0,5 % du territoire. Près d’une décennie après l’Accord de Guyane de 2017, la cession des 250 000 hectares prévus au bénéfice des collectivités reste inachevée.
La Safer Guyane, créée seulement en 2021, dispose d’un droit de préemption encore peu opérationnel et de moyens insuffisants. À cela s’ajoute une crise du renouvellement générationnel : l’âge moyen des chefs d’exploitation augmente et 14 % des exploitations sont concernées par un départ à venir sans succession identifiée.
Les politiques de soutien public peuvent parfois accentuer les blocages qu’elles devraient résoudre. Le POSEI, principal dispositif européen dédié aux outre-mer, n’attribuait à la Guyane qu’environ 3 % d’une enveloppe de 321 millions d’euros.
La coopération régionale, levier de souveraineté et de développement durable
La proximité de la Guyane Française avec le Suriname et le Brésil se traduit par des mobilités et des échanges quotidiens qui se heurtent à des cadres conçus loin du terrain. Cela favorise des flux informels, notamment en raison des écarts de prix, de coûts de production et de normes.
Pour la directrice générale de la Fondation FARM, « l’objectif doit être de construire progressivement des échanges formels, et réciproques dans un cadre cohérent, pour compléter les capacités locales et non s’y substituer ».
La coopération est également pertinente pour traiter ensemble d’enjeux communs : surveillance phytosanitaire, santé animale, adaptation au changement climatique, recherche agronomique, sélection variétale, formation, partage de références techniques, information sur les marchés et innovation.
Pour la Fondation FARM et ses partenaires, une nouvelle phase de mobilisation concrète débute : sécuriser et remettre en valeur les terres déjà ouvertes, stabiliser la formation et le conseil agricole, réorienter les soutiens publics vers les filières vivrières et construire avec le Suriname et le Brésil des coopérations ciblées. C’est en travaillant collectivement dans cette direction que la souveraineté alimentaire du Plateau des Guyanes pourra devenir une trajectoire progressive et partagée.
La Fondation FARM

Think et do tank français de référence, depuis 20 ans, la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM), reconnue d’utilité publique, agit depuis 20 ans pour promouvoir des agricultures durables dans le monde et en particulier dans les pays du Sud. À travers ses études, ses partenariats et ses actions de sensibilisation, FARM éclaire les parties prenantes, publiques et privées, sur les voies à emprunter pour un développement agricole équilibré entre enjeux économiques, sociaux et environnementaux.
À propos des partenaires

La Safer Guyane est l’opérateur foncier régional de l’espace rural et périurbain, en charge de la régulation du marché foncier, du développement de l’agriculture et au service des politiques publiques. Son premier objectif est l’installation effective des agriculteurs sur des parcelles adaptées à leur projet.
La Caisse régionale du Crédit Agricole Martinique-Guyane, banque coopérative et mutualiste, a rejoint le partenariat pour soutenir le développement durable des filières et la valorisation des métiers agricoles, alors que le changement climatique intensifie les risques auxquels sont confrontés les agriculteurs.
La Chambre d’agriculture de Guyane. En tant qu’acteur de terrain, elle fournit un appui technique aux agriculteurs, porte leurs préoccupations et facilite la mise en œuvre des actions sur le territoire.
Contacts presse
Marie-Laure Hustache : 06 69 25 04 42 – lagencedemarielaure@gmail.com
Vincent Manesse : 06 87 76 76 74 – vince.manesse@gmail.com