1,5 milliard de consommateurs, 20 du cheptel bovin et 5 du lait mondial le paradoxe africain

Lancement d’un Baromètre pour éclairer les politiques publiques et orienter les investissements internationaux vers l’autonomie du continent
Montrouge, le 14 octobre 2025 – FARM (Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde), la PAFO (Organisation panafricaine des agriculteurs) et Afdi (Agriculteurs français et développement international ont annoncé lors du Sommet de l’élevage le lancement du premier Baromètre de la filière lait africaine. Fruit d’un partenariat entre organisations françaises et africaines, cet outil inédit propose une lecture documentée des dynamiques de production, de consommation, de commerce, d’investissement et de politiques publiques dans les pays africains. L’analyse de la situation révèle un potentiel conséquent, encore insuffisamment exploité ainsi que de fortes disparités entre pays. Le Baromètre aidera les décideurs et organisations professionnelles locales à peser sur les politiques agricoles grâce à des données robustes. L’ambition est aussi d’orienter la coopération et les investissements internationaux vers des échanges justes et durables, propices à renforcer l’autonomie alimentaire du continent. L’Afrique présente un déficit commercial considérable dans le secteur des produits laitiers 6,4 milliards de dollars en 2023.
À l’échelle mondiale, l’Afrique abrite 20 du cheptel bovin, mais ne produit que 5 du lait.
Face aux bouleversements climatiques, géopolitiques et économiques qui fragilisent les systèmes alimentaires mondiaux, la souveraineté laitière en Afrique s’impose comme un enjeu stratégique majeur. Le lait, produit essentiel à la nutrition et à la vitalité des territoires, met en évidence différentes problématiques dépendance aux importations, potentiel de production locale et aspirations à une autonomie agroalimentaire.
En 2022, la disponibilité moyenne en lait sur le continent africain ét ait de 45,6 kg par habitant et par an. Un niveau inférieur aux recommandations de l’OMS en matière de consommation individuelle (70 à 90 kg/an) et situé loin de la moyenne mondiale (118 kg/hab/an). On observe cependant de grandes disparités sur le continent. L’Afrique de l’Est se distingue par sa forte autonomie avec un taux d’autosuffisance régional de 99,5 quand l’Afrique centrale est fortement dépendante aux importations avec seulement 18 d’autosuffisance régionale. Chiffre éloquent l’Afrique abri te 20 du cheptel bovin et produit 5% du lait mondial. Les constats sont sans appel malgré une demande croissante soutenue par la démographie du continent, la production de lait local peine à suivre, freinée par des infrastructures insuffisantes, une fa ible valorisation des produits locaux et une concurrence des poudres importées. Les importations de poudres de lait ré engraissées aux matières végétales ( ont progressé de 41 depuis 2013. Deux tiers de ces produits sont destinés à l’Afrique de l’Oue st où ils sont généralement vendus 50 moins cher que le lait local.
Le développement des chaînes de valeur laitière se heurte à des contraintes infrastructurelles majeures. La défaillance des axes routiers et l’absence d’accès à l’électricité pour plus de 600 millions d’Africains compromettent, en particulier, l’établissement de chaînes du froid efficaces indispensables à la valorisation du lait. Autre frein notable l’absence d’outils d’aides à la décision. Pour Ibrahima Coulibaly, agriculteur et Pré s ident de la PAFO, « le manque de données fiables et consolidées est un handicap pour orienter nos activités et peser sur les politiques agricoles locales nous y remédions en partie aujourd’hui avec ce premier baromètre ». Avec les dispositifs adaptés, les producteurs familiaux pourraient être les piliers d’une filière à même de nourrir durablement les populations, créer des emplois et renforcer les économies rurales.
Orienter favorablement les investissements internationaux et inclure les acteurs locaux dans la transformation
du secteur
Pour les trois organisations, la souveraineté laitière ne peut se construire sans une action publique cohérente, des investissements responsables et une coopération internationale inscrite dans une logique de co construction avec les acteurs locaux, soutenant des modèles économiques inclusifs et durables. Le Kenya, avec sa feuille de route 2023 2032, montre la voie en adoptant un rôle d ‘État facilitateur pour doubler la production, misant sur les infrastructures et les partenariats public privé. L’Afrique de l’Ouest et la CEDEAO ont eux aussi engagé un programme ambitieux, l’Offensive lait.
À l’heure où responsabilité sociétale des entreprises tient une place significative dans la gouvernance et la réputation des acteurs économiques occidentaux, la nature de leurs investissements en Afrique mérite d’être observée. Le développement industriel de la filière est à ce titre un enjeu stratégique qui repose en partie sur les investissements des multinationales du secteur. Dans ce domaine, l’analyse des investissements étrangers révèle une prédominance européenne Danone, Lactalis, Nestlé, FrieslandCampina et Arla Foods dominent nettement les implantations sur le continent. Le baromètre s’intéresse sur ce point aux importations d’équipements de laiterie des différents pays montrant, ici aussi, de fortes disparités. Les cinq premiers pays importateurs ( Angola, Kenya, Égypte et Afrique du Sud) captent, à eux seuls, 57 des importations africaines continentales des équipements. Toutefois, ces acquisitions ne se traduisent pas par une hausse significative de la transformation de lait local sur l’ensemble du continent. En 2022, seulement 1,6 de la production laitière africaine a été transformée en produits dérivés, tels que la poudre, le fromage et le yaourt.
Enfin, si les coopératives et organisations de producteurs doivent être pleinement impliquées dans la transformation et la structura tion des filières, la modernisation du secteur laitier soulève également des questions d’équité sociale cruciales. Les femmes, qui représentent 50 de la main d’œuvre agricole subsaharienne, occupent une position centrale dans la transformation traditionnelle du lait. Leur inclusion dans les processus de modernisation des chaînes de
L’enjeu du développement durable des filières laitières en Afrique en quelques chiffres
En 2024, la production de lait en Afrique était estimée à plusieurs milliards de dollars alors que le marché africain des produits laitiers devrait continuer à croître à plus de 8% d’ici 2030, soutenu notamment par une démographie en hausse et l’urbanisation.
En Afrique subsaharienne, plus de 80% de la production laitière provient de producteurs familiaux, soulignant l’importance des petites exploitations ainsi que du pastoralisme.
Le potentiel de production locale est cependant sous-exploité, seulement 20 % des laiteries installées en Afrique de l’Ouest s’approvisionnent en lait local.
Au Maroc, où l’approvisionnement en lait est une priorité politique, la production laitière a baissé de 20% entre 2020 et 2022 en raison des sècheresses et de l’inflation sur les prix des matières premières.
Le développement du secteur laitier africain représente une opportunité majeure pour améliorer les moyens de subsistance des agriculteurs tout en répondant à une demande croissante. Les efforts pour structurer les chaînes d’approvisionnement et promouvoir des pratiques durables seront essentiels pour maximiser son potentiel.
Quelques chiffres et données issus du Baromètre
Le réchauffement du climat pourrait approcher 4°C en Afrique d’ici la fin du 21e siècle. L’impact sur la performance des troupeaux se traduit par une diminution de la production : la sécheresse 2020-2023 au Kenya a provoqué la mort de 2,6 millions animaux d’élevage. La production laitière du Maroc a baissé de 20 % entre 2020 et 2022 notamment en raison des mêmes incidents climatiques.
➔ D’après les prévisions de l’ONU, l’Afrique comptera près de 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, soit 25 % de la population mondiale.
➔ Globalement, l’Afrique présente un taux d’autosuffisance laitière continental de 74,9 % en 2022. Ce taux se dégrade depuis 2012 (il était alors de 82 %). Le taux d’autosuffisance laitière était de 115 % dans l’Union européenne en 2022.
➔ Huit pays (Égypte, Kenya, Éthiopie, Soudan, Tanzanie, Afrique du Sud, Soudan du Sud et Algérie) représentent 67 % de la production laitière africaine, illustrant une forte concentration géographique.
➔ En 2023, les pays africains ont importé 7,5 milliards de dollars de produits laitiers (la Nouvelle Zélande est le premier fournisseur de produits laitiers en Afrique / 1 milliard de dollars de produits exportés).
➔ Les poudres de lait entières et écrémées sont le premier poste d’importation avec 3,4 milliards de dollars en 2023, en croissance modérée (+ 4,5 % entre 2013 et 2023). Les importations de poudres ré-engraissées en matières grasses végétales (MGV) sont en hausse de 41,2 % depuis 2013.
➔ En Ouganda, pays autosuffisant (108 %), l’industrie a connu une croissance remarquable ces 10 dernières années (+ 5 à 7 % par an). La filière laitière fait l’objet d’une planification gouvernementale qui met l’accent sur l’agro-industrialisation depuis 2015. Devenu exportateur, notamment de poudre de lait, l’Ouganda vise en priorité les marchés africains et a effectué ses premiers exports intra-africains vers l’Algérie, en 2025, pour 500 millions de dollars.
➔ L’étude des importations d’équipements de laiterie révèle de fortes disparités géographiques. L’Afrique du Nord importe 38 % du total continental entre 2013 et 2023, suivie de l’Afrique de l’Est (29 %). L’Afrique centrale ne représente que 16 % de ces importations, tandis que l’Afrique de l’Ouest (9 %) et l’Afrique australe (7 %) demeurent en retrait.
Version anglaise
A Propos
Afdi
Agriculteurs français et développement international est une association de solidarité internationale créée par les organisations professionnelles agricoles françaises. Elle soutient les agriculteurs familiaux pour vivre dignement de leur métier et assurer la pérennité des exploitations. Présente dans 19 pays d Afrique, d Asie et de Caraïbes orientales, Afdi accompagne les organisations paysannes partenaires et sensibilise le s professionnels agricoles français, en particulier les jeunes, à la solidarité internationale et à la citoyenneté.

Fondation FARM
Depuis 20 ans, la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM), reconnue d’utilité publique, agit pour promouvoir des agricultures durables dans le monde et en particulier dans les pays du Sud. À travers ses études, ses partenariats et ses actions de sensibilisation, FARM éclaire les parties prenantes, publiques et privées, sur les voies à emprunter pour un développement agricole équilibré entre enjeux économiques, sociaux et environnementaux.
PAFO
L’Organisation Panafricaine des Agriculteurs (est la voix unifiée de plus de 80 millions de paysans africains, portée par cinq grands réseaux régionaux et 80 organisations nationales présents dans 50 pays du continent. Fondée en 2010 sous l’égide de l’union Africaine, la PAFO représente les intérêts des organisations paysannes à l’échelle continentale, défendant une agriculture inclusive, durable et centrée sur les producteurs. Elle rassemble coopératives, fédérations et associations pour renforcer le rôle des agriculteurs dans les politiques agricoles africaines.
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