Inde, France, Mali... les promesses de l'agriculture naturelle

Publié le 24 juin 2022
par l'équipe de la Fondation FARM
4 commentaires

Le 9 juin dernier, la Fondation FARM a lancé une nouvelle émission baptisée “Les rendez-vous sud-nord des transitions agricoles”. Le premier numéro était consacré aux promesses de l’agriculture naturelle en Inde – dans l’État de l’Andhra Pradesh – où le plus grand projet agroécologique au monde a été lancé il y a 6 ans. Retrouvez l’intégralité de l’émission ainsi qu’une synthèse des échanges entre nos invités.

En Inde, au pays de la Révolution Verte, un immense pari agricole est en passe d’être remporté. En 2016, l’Etat de l’Andhra Pradesh a lancé l’agriculture naturelle dite à Zéro Budget. Cet Etat tente de rallier plus de 6 millions de paysans à une série de pratiques vertueuses pour l’environnement, les ressources naturelles et les producteurs : une agriculture sans engrais, ni pesticide. L’objectif est tout d’abord d’améliorer le revenu des agriculteurs, assurer la sécurité alimentaire des habitants tout en restaurant et en conservant les sols.

Plus de 6 ans après son lancement, où en est ce qui est décrit comme le plus grand projet agroécologique du monde ? Les promesses sont-elles tenues ? Quelles en sont ses limites ? Bruno Dorin, chercheur-économiste au CIRAD et au CSH de New Delhi connaît parfaitement ce sujet.

Au cours d’un exposé d’une vingtaine de minutes, Bruno Dorin nous a parlé de ce boom de l’agriculture naturelle en Andhra Pradesh. Avant 2016, la crise (socioéconomique, sanitaire, environnementale…) a laissé place à de nouvelles aspirations avec des sciences, des technologies et des communautés qui soient plus en harmonie avec la nature.

Une niche sociotechnique alternative a alors émergé autour d’une figure emblématique de l’agriculture locale, Subhash Palekar (Maharashtra) et un programme ambitieux nommé ZBNF (Zero Budget Natural Farming), basé sur trois éléments :

  • La polyculture
  • Un labour minimum
  • Des semences locales

Lancé en 2016, et piloté par Vijay Kumar, un ancien haut fonctionnaire, et conseiller à l’agriculture du gouvernement d’Andhra Pradesh, le programme ZBNF a déjà porté ses fruits. Début 2020, 695 000 agriculteurs de l’État  ont adopté ce programme.

Les bénéfices sont visibles selon Bruno Dorin :

  • Hausse du revenu net avec réduction du coût des intrants (engrais, pesticide, énergie…)
  • Pas de baisse de rendement (riz, canne à sucre…) ou même plus élevé (légumineuses…)
  • Meilleure alimentation des habitants (nutrition, sanitaire…)
  • Meilleure alimentation des animaux

Et, ailleurs dans le monde, comment évoluent les pratiques agricoles ? 

En France, de nombreux agriculteurs ont déjà intégré ces pratiques similaires. C’est le cas de Thierry Desvaux, agriculteur dans l’Yonne et membre du réseau AFDI (Agriculteurs français et développement international). Il produit des protéagineux, du colza, du tournesol, du maïs, du chanvre et du blé. « On fait une rotation afin d’être cohérents selon les récoltes ». En 2009, avec 3 autres agriculteurs, il a décidé de mutualiser ses compétences et ses terres. « Cette rupture a été assez brutale au départ mais les résultats au niveau de la régénération des sols ont été stupéfiants ».

Tout en conservant une production stable (environ 8 tonnes/hectare), Thierry Desvaux a rendu le sol plus vivant, même s’il reste encore vulnérable, aux ravageurs notamment. « On a enlevé près d’un tiers de produits chimiques – cela reste encore insuffisant à nos yeux –, et on a réduit de moitié notre consommation de carburant. Ces éléments nous donnent de bons résultats économiques et environnementaux ».

Parmi les autres pistes d’amélioration, Thierry Desvaux souhaite développer l’adoption de produits de biocontrôle sur son exploitation. Seules ou combinées à des produits conventionnels, ces solutions issues de la nature allient efficacité, praticité et respect de l’environnement. « L’agriculture naturelle est un outil de résilience face à la flambée des prix et les problèmes liés au changement climatique, clame-t-il. Les agriculteurs doivent prendre soin de nos écosystèmes ».

Autre regard pertinent sur ce modèle d’agriculture naturelle, celui de Kalifa Traoré, directeur de l’Institut d’économie rurale (IER) au Mali.  Face à cet exemple indien, ce spécialiste de l’adaptation des agricultures au changement climatique pense qu’il a toute sa place au Mali et en Afrique d’un point de vue écologique, mais également économique. « Par exemple, notre système cotonnier est trop consommateur d’engrais, il faudrait essayer de nouvelles méthodes, avec moins de fertilisants, et donc moins coûteuses ».

Dans le contexte actuel de hausse très importante du prix des intrants à travers le monde, l’exploration de telles solutions représente un intérêt certain pour sécuriser le revenu des agriculteurs. Mais la transition vers ces formes d’agricultures écologiquement intensives doit être accompagnée par les pouvoirs publics, les acteurs du développement et des filières agroalimentaires. Or, comme l’ont rappelé nos invités, les aides publiques – et les soutiens en général – sont insuffisamment destinées au déploiement et à l’adoption de ces solutions.

4 commentaires sur “Inde, France, Mali… les promesses de l’agriculture naturelle

    1. Bonjour Martin,
      nous vous remercions pour votre question à laquelle nous allons essayer de répondre.
      Tout d’abord il faut noter que l’agriculture biologique (AB) et l’agriculture à Haute valeur environnementale (HVE) sont des dispositifs publics utilisés en France, l’AB est un label, un signe officiel de qualité (SIQO) avec un cahier des charges qui s’applique sur les produits transformés ou non mais surtout l’ensemble de la filière du champs à l’assiette. Le label repose notamment sur l’absence d’utilisation de produits chimiques de synthèse et d’OGM. Le dispositif HVE certifie la démarche dans laquelle une exploitation agricole est engagée et qui a produit des résultats positifs sur l’état de la biodiversité, la gestion et l’utilisation d’intrants (produits phytosanitaires et fertilisants) et l’irrigation. En HVE, les produits de synthèse ne sont pas interdits, leur niveau d’utilisation doit être moindre à la différence de l’AB qui autorise l’utilisation d’intrants mais qui ne sont pas de synthèse.
      L’ “agriculture naturelle” en Inde est un cas différent, il n’y a pas, sauf erreur de ma part de certification officielle et les pratiques se situent pour l’instant au niveau de la production agricole. L’objectif de ces pratiques est d’augmenter les revenus des agriculteurs, de restaurer la qualité des sols et d’améliorer la sécurité alimentaire des habitants. L’agriculture naturelle prévoit de ne pas utiliser d’engrais ou de pesticides de synthèse, en plus de pratiques agro-écologiques comme le travail du sol et la polyculture.
      Ce sont donc trois approches très différentes mais complémentaires, l’agriculture naturelle prescrit des techniques de production dans un contexte de non utilisation de produits de synthèse, ce que fait la HVE mais sans proscrire les intrants de synthèse. On pourrait dire que l’agriculture naturelle est un premier pas vers l’AB, en tout cas au premier stade de la production, avant la transformation et la commercialisation.

      Nous espérons avoir répondu à votre question !

      plus d’infos ici :
      HVE : https://hve-asso.com/
      AB : https://www.fnab.org/

  1. Merci d’avoir diffusé l’enregistrement de cette émission très intéressante que j’ai suivie, ainsi que pour sa synthèse.

  2. Quelles sont les techniques utilisées en Inde pour sa Révolution verte? Associations culturales ? Agro-foresterie , cultures Bio ? Le Cirad commence à utiliser l’agroforesterie pour le cacao et l’huile de palme! Ce qui aurait du être fait dès 1960!!! Quand les essais sur cultures associées avaient montré leur supériorité sur les monocultures!!! Les Chinois irriguent les cultures associées!!!! Mon essai d’irrigation sur Sorgho-Arachide (DER=1.75) a donné un LER de 1.2 et un Water use Efficiency Equivalent Ratio de 2.75 (et 1.67 sans irrigation) (Lossa-Niger). Seule l’agro-foresterie qui utilise tous les SES gratuits pourra lutter efficacement contre le changement climatique. De plus il faut rétablir l’agriculture de proximité pour limiter les transports par tanker mondiaux!!! Et les disettes auxquelles la guerre U-R nous plonge!!! avec le risque de famine dans le sud par manque de blé… et la colère des cuisiniers par la moutarde de Dijon!!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.