Semences en Afrique (3/3) : comment les acteurs privés veulent promouvoir des cultures de qualité 

Publié le 31 mai 2023
par Justin Rakotoarisaona, secrétaire général de l’AFSTA
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En Afrique la disponibilité de semences de qualité demeure faible. Comment la filière et les acteurs privés des semences du continent entendent changer cela ? FARM a interrogé Justin Rakotoarisaona, secrétaire général de l’Association africaine du commerce des semences (AFSTA).

  • L’AFSTA en bref : Créée en 2000, l’AFSTA regroupe 123 membres composés des sociétés semencières privées, des associations nationales du commerce des semences et des fournisseurs de service au secteur semencier. L’organisation a plusieurs objectifs, le principal étant de promouvoir l’utilisation de semences de qualité des variétés améliorées et de développer les entreprises semencières privées en Afrique. L’AFSTA agit également pour harmoniser les règlementations en Afrique afin de faciliter la circulation transfrontalière des semences.

Le dernier congrès de l’AFSTA s’est tenu en mars dernier à Dakar. Quels ont été les principales conclusions et pistes de travail ?

Plusieurs thèmes ont été abordés, notamment le rôle du Centre d’excellence des systèmes semenciers en Afrique (CESSA) dans le développement du secteur semencier en Afrique. Le CESSA, qui a démarré ses activités en 2022, est hébergé par AGRA (Alliance pour une révolution verte en Afrique). Nous avons aussi abordé les défis et opportunités que représentent la mise en œuvre en Afrique de la solution e-Phyto de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV)[1]. La question de l’innovation et des nouvelles technologies a aussi été abordée.

Enfin, nous avons aussi discuté des solutions pour améliorer le commerce des semences en Afrique, notamment l’état d’avancement de la mise en œuvre des réglementations semencières harmonisées au niveau des Communautés économiques régionales (CAE, CEDEAO, COMESA, SADC) et la mise en œuvre de la Zone de libre échange continentale africaine de l’Union africaine. En effet, la règlementation est globalement complexe et peu harmonisée entre les pays ce qui rend particulièrement difficile la production, la distribution et les échanges transfrontaliers de semences.

Au-delà de la vie institutionnelle et du développement de l’AFSTA, les membres veulent agir sur les obstacles au commerce transfrontalier affectant le mouvement des semences sur le continent et établir un cadre politique qui favorise l’innovation et assure un large accès à des outils innovants pour le secteur semencier. Il est apparu enfin essentiel de renforcer les liens avec les acteurs semenciers aux niveaux national, régional et mondial.

Comment se structure le secteur des semences en Afrique aujourd’hui ?

En Afrique, les secteurs semenciers formel et informel coexistent d’une manière harmonieuse et dans un contexte socio-économique caractérisé par le faible pouvoir d’achat des agriculteurs. En effet, une grande partie des agriculteurs du continent, dont la plupart sont des agriculteurs de subsistance, conservent des graines à partir de leur propre production et les utilisent d’une saison à l’autre. Ces graines sont ensuite utilisées comme semences surtout pour les cultures vivrières. Le secteur formel fournit des semences hybrides de grandes cultures ainsi que les semences maraîchères, généralement importées d’Europe et d’Asie. La part de l’Afrique dans le marché formel mondial des semences ne dépasse pas les 3%.

L’Union africaine insiste depuis maintenant un an sur la nécessité pour le continent africain de prendre le contrôle de sa destinée agricole et alimentaire. Quel est le rôle des semences dans l’atteinte de la souveraineté alimentaire de l’Afrique ?

Les semences sont à la base de la réussite de la maîtrise de la destinée agricole et alimentaire de l’Afrique. Ainsi, l’AFSTA ne ménage aucun effort pour promouvoir l’utilisation durable des semences de qualité, garant de l’amélioration du rendement des agriculteurs et donc, de la sécurité alimentaire du continent. En effet, d’aucuns n’ignorent l’important rôle que jouent les semences pour avoir un secteur agricole efficace capable de pourvoir les besoins de l’industrie agricole en Afrique. Le secteur privé semencier africain, représenté par l’AFSTA, participe aussi activement à la mise en œuvre d’un programme africain de biotechnologie et de semences de l’Union africaine. Ce programme vise justement à promouvoir l’utilisation des semences de qualité pour les agriculteurs africains.

Quel est l’état du patrimoine semencier en Afrique et le niveau de disponibilité de semence de qualité pour les producteurs ?

Globalement, le patrimoine semencier en Afrique est conservé dans les secteurs public et privé. Ils sont capables de fournir des semences de qualité aux agriculteurs malgré les défis importants au niveau des infrastructures et de la logistique qui empêchent dans certaines circonstances la disponibilité des semences au moment opportun. Il existe aussi un réseau assez développé de commerçants des intrants agricoles en Afrique du fait des efforts et de la mobilisation des sociétés semencières privées. Presque tous les gouvernements en Afrique ont aussi déployé un effort pour aider les paysans à disposer des semences de qualité.

Comment s’engagent les acteurs du secteur privé présents en Afrique pour préserver le patrimoine semencier, notamment pour les cultures vivrières (mil, niébé, sorgho, etc.) essentielles à la sécurité alimentaire des habitants ?

Les acteurs privés des semences sont orientés vers la recherche des profits alors que, comme nous le savons, les marges pour les cultures vivrières, à l’exception des semences hybrides, sont généralement faibles par rapport aux autres cultures. Ils s’y intéressent donc à un degré moindre. En outre, les semences de légumineuses qui sont autogames[2] ne se dégénèrent pas vite, permettant ainsi aux agriculteurs de conserver leurs semences. Ils le font pour quelques années avant de les remplacer avec des semences formelles issues du secteur privé. Le volume du marché pour ce type de cultures est donc réduit ce qui limite les capacités d’investissement et de recherche. Dans ce contexte, le secteur public est essentiel, y compris le Groupe Consultatif pour la Recherche Agricole Internationale (CGIAR), pour la conservation du germoplasme de ces cultures. Ils ont aussi mis leurs variétés sous licence ou utilisent un système de transfert bien établi aux acteurs privés qui assurent la production des semences pour approvisionner les agriculteurs.

Pour ce faire, les sociétés semencières privées signent un contrat ou une convention avec le CGIAR pour exploiter les espèces et variétés auxquelles elles s’intéressent dans le cadre du système multilatéral du Traitement international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (TIRPAA). Il en est de même pour les centres nationaux de recherche agricole qui créent des variétés et mettent à la disposition des sociétés semencières privées via un contrat ou une convention moyennant un paiement de royalties (redevance) dont le montant est stipulé dans la convention.

De nombreux acteurs et institutions appellent à une intensification agroécologique de l’agriculture en Afrique avec une large palette d’options productives. Quels sont les défis qui se posent au secteur semencier pour y parvenir ?

Il convient de noter tout d’abord que la production des semences n’est pas si différente de la production agricole classique mais qu’elle a besoin de soins plus intenses. La production de semence doit impérativement se faire avec un matériel génétique spécifique et bien renseigné. Le secteur semencier est soucieux de la conservation de l’environnement agroécologique, l’adoption de bonnes pratiques agronomiques est essentielle pour minimiser les effets néfastes de l’intensification de l’agriculture.

Notons aussi qu’une quantité importante des semences commercialisées par les sociétés semencières privées sont produites sous-contrat par des agriculteurs qu’elles encadrent. Ils sont des maillons importants et peuvent adopter des pratiques d’intensification agroécologique tout en respectant les consignes techniques de production des semences. Ils cultivent sur des superficies plus réduites et avec un matériel agricole moins lourd que celle utilisée en production de semences en régie des sociétés semencières. Ils peuvent donc prendre soin de l’environnement tout en assurant une production de semences de qualité.

D’une manière générale, l’utilisation des semences de qualité par les agriculteurs contribue d’une manière significative à la réalisation de l’intensification agroécologique car elle permet de produire beaucoup plus de nourriture sur des surfaces

[1] La solution e-phyto désigne la version électronique des certificats phytosanitaires.

[2] Les plantes dites «autogames» se pollinisent elles-mêmes (autofécondation), le pollen d’une plante féconde l’ovaire de la même plante.

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