« 4 pour 1000 » - Inde, Népal, Sri Lanka : l’importance de soigner les sols 

En Asie du Sud-Est, l’agriculture est particulièrement vulnérable au changement climatique. Elle doit pourtant répondre aux besoins alimentaires d’une population en forte croissance, sur une surface agricole limitée. Stocker davantage de carbone dans les sols cultivés et améliorer leur santé sont deux perspectives intéressantes pour atténuer le risque des agriculteurs face à ce changement climatique.

De g à d : Mme Breton-Askar (4 Pour 1000), Mr Jaspal Singh Chattha, Mr Luu (4 Pour 1000), Mme Jaya Lakshmi Balasundaram, Mr Thilak Kariyawasam, Mr Ramji Prasad Bhattarai.

Du 19 au 22 septembre 2023, l’Initiative « 4 pour 1000 » et le « Heartfulness Institute » ont organisé une conférence régionale en Inde qui a mobilisé décideurs et experts des pays d’Asie-Pacifique. L’objectif était de mettre en débat les défis, les opportunités et les meilleures stratégies à engager pour stocker du carbone et améliorer la santé des sols agricoles dans les pays d’Asie du Sud-Est.

En tant que partenaire de l’initiative « 4 pour 1000 », la Fondation FARM a permis à 1 agricultrice et 4 agriculteurs venus d’Inde, du Sri Lanka, du Népal et des Philippines de participer à cet événement afin que leurs voix soient portées et entendues par les décideurs régionaux. À l’issue de la conférence, quatre d’entre eux ont pu partager leurs regards sur ces enjeux[1].

En tant qu’agriculteur, quels sont les principaux défis que vous devez relever ?

Mr Thilak Kariyawasam : Je suis producteur de thé au Sri Lanka et également directeur du mouvement des producteurs bio du Sri Lanka (LOAM). Ce qui préoccupe beaucoup les petits producteurs, ce sont les conditions climatiques extrêmes que nous rencontrons comme les épisodes de pluie incessants durant l’été 2023. Nous travaillons à développer des systèmes d’information météo pour permettre aux producteurs de mieux organiser leur travail, de semer et récolter à temps. Parallèlement à cela, nous mettons en avant l’agriculture régénérative lors des formations. C’est une bonne solution pour enrichir les sols, absorber efficacement les excès d’eau et maintenir une bonne productivité des cultures.

Mr Jaspal Singh Chattha : Je suis agriculteur dans le Penjab, au nord de l’Inde. Il y a un réel problème de dégradation de la qualité des sols et, dans ces conditions, les petites communautés rurales, qui dépendent de l’agriculture, ne peuvent pas survivre. Après 50 ans d’utilisation massive d’engrais chimiques, nos sols sont devenus alcalins (ndlr : déséquilibre chimique du sol qui pénalise la croissance des végétaux). Pour résoudre ce problème, il faut se passer des produits chimiques et stocker plus de carbone dans le sol. Concrètement, je fais du compost et mon sol s’enrichit en humus. Les conséquences sont très positives pour l’écosystème, je le constate sur ma ferme depuis 15 ans :  j’ai énormément de champignons, d’insectes, plus de 60 espèces d’oiseaux différents…

Mr Ramji Prasad Bhattarai : Je suis agriculteur au Népal et cultive 1,5 hectare de légumes et de céréales. Je coordonne également un réseau de producteurs, « Carbon Farmers of Nepal ». Les consommateurs veulent que nous produisions toujours mieux, sans produits chimiques, en quantité importante et à un bon prix. Mais il est difficile de cultiver en bio et de vivre de sa production car, au Népal, il n’y a pas de différence de prix entre les produits bio et conventionnels. Et le gouvernement local ne nous soutient pas : au contraire, il subventionne les engrais chimiques. C’est un défi pour nous, producteurs, de nous organiser pour défendre nos convictions auprès du gouvernement afin qu’il réglemente et soutienne une agriculture plus durable.

Vous avez mis en place des pratiques agroécologiques. Les résultats sont-ils satisfaisants ?

Mme Jaya Lakshmi Balasundaram : Je cultive 83 acres en agroforesterie près d’Hyderabad, en Inde. C’est en quelque sorte une « ferme à 3 étages » : il y a de grands arbres, comme le neem dont on récupère les feuilles et les fruits pour fabriquer des biopesticides. En dessous, je cultive des arbres fruitiers comme les bananiers, goyaviers et papayers. Et tout en bas, nous produisons des légumes, de l’ail, du gingembre ou encore des légumineuses. Ces dernières, comme le pois, sont très intéressantes car elles enrichissent le sol en azote et retiennent bien l’humidité. En couvrant le sol, elles empêchent les mauvaises herbes de pousser.

Mr Ramji Prasad Bhattarai : Quand j’ai commencé à cultiver en agroforesterie, en plantant de grands arbres (des moringas) dans mes champs, j’ai constaté que j’avais de meilleures récoltes. Les racines profondes des arbres vont chercher les nutriments en profondeur, ce qui est favorable à mes cultures. J’utilise également des cultures intermédiaires comme les légumineuses qui permettent de couvrir le sol en permanence. Grâce à cela, je vois que la rétention de l’eau dans le sol est meilleure. C’est important pour limiter l’érosion en saison pluvieuse et traverser les périodes de sécheresse. L’agroforesterie et la couverture végétale des sols sont deux outils qui permettent aux producteurs de s’adapter aux changements climatiques.

Qu’avez-vous retenu de cette Conférence ?

Mr Ramji Prasad Bhattarai : J’ai beaucoup appris sur le carbone, notamment sur la manière dont il est stocké dans le sol sous forme organique. Nous pouvons améliorer la qualité des sols que nous cultivons. Un sol en bonne santé permet de meilleurs rendements et nous en avons besoin pour répondre à la demande de la population en croissance. Dans le contexte de changement climatique, les producteurs doivent trouver des techniques de production qui nous permettent de continuer à produire de manière durable : par exemple, le paillage, la réduction du labour, les fertilisants naturels comme le biochar, les techniques d’irrigation économes en eau… J’ai été très heureux d’acquérir de nouvelles connaissances à cette conférence.

Mr Jaspal Singh Chattha : Cet événement m’a plu car les organisateurs nous ont donné la parole pour parler des enjeux et présenter les solutions expérimentées. Les échanges avec l’ensemble des participants ont été riches, ce qui montre que l’on a pris en considération notre vision de l’agriculture.

Mme Jaya Lakshmi Balasundaram : Échanger les expériences est, selon moi, essentiel pour s’enrichir. J’ai pu présenter ma vision de l’agriculture à l’assemblée et ma voix a été entendue. De telles conférences, qui rassemblent de nombreux experts, devraient se tenir plus souvent afin d’acquérir de nouvelles connaissances.

 

[1] Mme Jaya Lakshmi Balasundaram, agricultrice en Inde (Hyderabad), Organic Garden ;
Mr Thilak Kariyawasam, du Sri Lanka, producteur de thé et directeur du mouvement des producteurs bio du Sri Lanka (LOAM, Lanka Organic Agriculture Movement) ;
Mr Jaspal Singh Chattha, agriculteur en Inde (Musewal, region du Penjab), J&P Organic Farms ;
Mr Ramji Prasad Bhattarai, du Népal, agriculteur et directeur de Carbon Farmers of Nepal.

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