L’Afrique de l’Est face aux mutations du commerce mondial : des exportations agricoles portées par les cultures de rente

L’Afrique de l’Est aborde une décennie charnière : alors que ses exportations agricoles progressent de 39 % en dix ans, elles restent dominées par des produits bruts issus de cultures de rente, dans un contexte où les règles du commerce mondial se redessinent.
Entre la réactivation in extremis du régime préférentiel américain AGOA jusqu’à fin 2026, l’ouverture complète du marché chinois et l’entrée en application prochaine du règlement européen sur la déforestation, la région doit composer avec des opportunités inédites et des contraintes nouvelles. L’analyse montre comment ces mutations reconfigurent les débouchés, les filières et les marges de manœuvre d’un ensemble de pays dont la montée en gamme demeure largement inachevée.
Cette analyse s’inscrit dans une série consacrée au commerce agricole africain. Après un premier panorama à l’échelle du continent, puis un focus sur l’Afrique du Nord en 2025, la Fondation FARM poursuit ce travail sur l’Afrique de l’Est et ses échanges avec le reste du monde. »
Le périmètre retenu couvre 19 pays : Burundi, Comores, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Ouganda, Rwanda, Seychelles, Somalie, Soudan, Soudan du Sud, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe. Comme pour l’Afrique du Nord, les données mobilisées sont issues de la base BACI du CEPII (2025) et portent sur les exportations agricoles vers le reste du monde, hors échanges intra-africains, en comparant cette fois les années 2014 et 2024.
Entre 2014 et 2024, les exportations agricoles des pays d’Afrique de l’Est vers le reste du monde (hors Afrique) sont passées de 13,4 à près de 18,7 milliards USD, soit une progression de 39 %. Cette croissance est toutefois nettement plus lente que celle observée en Afrique du Nord (+139 % entre 2012 et 2023) et masque des trajectoires nationales très contrastées. Quand l’Ouganda multiplie ses exportations par 2,4 et que Djibouti les triple presque, le Malawi, la Somalie, Maurice, les Comores et les Seychelles voient les leurs reculer.
La structure des exportations selon leur caractère alimentaire distingue également l’Afrique de l’Est de sa voisine du nord. Alors que plus de 85 % des exportations agricoles nord-africaines sont des denrées comestibles, la part alimentaire est-africaine ne dépasse pas 73 % en 2024, contre 68 % dix ans plus tôt. Cet écart tient à un groupe de pays spécialisés dans le tabac, produit non alimentaire. Trois d’entre eux se distinguent particulièrement, le Zimbabwe avec 89 % d’exportations non alimentaires en 2024, la Zambie avec 82 % et le Malawi avec 71 %. À l’inverse, la quasi-totalité des exportations de la Somalie, de Djibouti, du Burundi ou de l’Ouganda est de nature alimentaire.
Chart 1

Le déficit de transformation constitue l’un des principaux points faibles des exportations est‑africaines. Là où la Tunisie exporte près des trois quarts de produits transformés et l’Égypte près de la moitié, rien de tel en Afrique de l’Est qui reste cantonnée aux produits bruts. En 2024, 14 des 19 pays de la région affichent une part de produits transformés inférieure ou égale à 10 %. Les grands exportateurs (Kenya, Tanzanie, Éthiopie, Ouganda, Soudan et Zimbabwe) sont tous concernés. Cette faible montée en gamme s’accompagne d’un recul de la part des produits transformés exportés sur la décennie. Même Maurice, longtemps portée par le sucre conditionné, voit sa proportion chuter de 85 % à 59 %.
Seuls quelques petits exportateurs échappent à cette tendance : les Seychelles (88 % de produits transformés en 2024, grâce aux coproduits de la filière poisson), Madagascar (20 %, tirée par les huiles essentielles et les préparations) et les Comores (23 %).
Cette stagnation reflète une réalité structurelle. La valeur ajoutée des grandes filières régionales (torréfaction du café, décorticage de la noix de cajou, première transformation du tabac) continue pour l’essentiel d’être captée hors du continent, privant les économies est-africaines d’un levier essentiel de diversification et de résilience.
Chart 2

Les exportations agricoles est-africaines vers le reste du monde s’articulent autour de quelques grandes filières de rente, dont les évolutions entre 2014 et 2024 dessinent une recomposition profonde de l’offre régionale.
Café, thé, maté et épices : + 86 % en dix ans
Avec 5,3 milliards USD en 2024 contre 2,8 en 2014, les filières café, thé, maté et épices représentent 29 % des exportations agricoles de la région, soit une progression de 86 % en dix ans. Trois produits structurent cette dynamique :
- le café (63 [MB1] %) pilier de l’Éthiopie, de l’Ouganda, de la Tanzanie, du Kenya, du Rwanda et du Burundi ;
- le thé (25 %) dominé par le Kenya et le Rwanda ainsi que le Malawi
- les épices, au premier rang desquelles la vanille (6 %) et le girofle (5 %) de Madagascar et des Comores.
La flambée des cours mondiaux du café a fortement contribué à cette progression en valeur, permettant à l’Éthiopie comme à l’Ouganda d’enregistrer des recettes d’exportation records. L’arabica a atteint ses plus hauts niveaux depuis près de trois décennies et le robusta des records historiques. Mais cette embellie reste fragile, un retour d’excédents mondiaux pourrait rapidement corriger les prix.
À cette volatilité s’ajoutent des contraintes réglementaires. L’entrée en application du règlement européen sur la déforestation (EUDR) fixée à fin 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, imposera aux filières café et cacao une traçabilité géolocalisée des parcelles pour conserver l’accès au marché européen. L’enjeu ne tient pas au niveau de déforestation de la région, modeste au regard des grands bassins tropicaux. Le règlement s’applique par produit et non par pays et fait peser la charge de la preuve sur toutes les origines, quelle que soit leur couverture forestière. Les pays exportateurs de café d’Afrique de l’Est relèvent du reste de la catégorie de risque « standard » et non « faible », le règlement d’exécution de mai 2025 ne réservant le risque faible qu’à une courte liste de pays dont aucun de la région ne fait partie, ce qui implique une diligence raisonnée complète.
THE défi réside moins dans la production que dans l’organisation des filières. Géolocaliser des millions de micro‑parcelles et tracer des lots agrégés par des chaînes de collecte fragmentées représente un coût élevé, avec un double risque de détournement des volumes non conformes vers des marchés moins exigeants et de report des acheteurs européens vers des origines plus facilement traçables.
Tabacs et succédanés de tabac (14 % des exportations en 2024) : + 18 %
Avec 2,6 milliards USD en 2024 (contre 2,17 milliards en 2014), le tabac constitue le deuxième poste d’exportation agricole de l’Afrique de l’Est. Il structure les exportations de tout l’arc austral de la région : Zimbabwe (1,28 milliard USD), Malawi (425 millions), Tanzanie (390 millions), Zambie (231 millions) et Mozambique (206 millions).
Cette spécialisation expose ces économies à une double vulnérabilité : la baisse tendancielle de la consommation mondiale de tabac à la dépendance à un nombre restreint d’acheteurs, la Chine en tête. Dans plusieurs pays, le tabac reste pourtant l’un des rares produits agricoles générant des recettes d’exportation significatives, ce qui freine les transitions vers des cultures plus durables ou plus rémunératrices.
Encadré : Le tabac, moteur oublié de la déforestation est-africaine
Alors que le débat sur la déforestation se concentre sur le café et le cacao, visés par l’EUDR, le tabac constitue en réalité l’un des principaux moteurs de déforestation liés à l’exportation dans la région. Sa culture implique le défrichement de terres fertiles, mais surtout un séchage à l’air chaud (flue-cured) extrêmement consommateur de bois.
Ce bois est notamment prélevé dans les forêts claires de miombo, un écosystème de 2,7 millions de km² qui s’étend du sud de la Tanzanie au Zimbabwe et dont dépendent plus de 100 millions de ruraux. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le bois nécessaire au séchage du tabac représenterait 12 % de l’ensemble de la déforestation en Afrique australe. Au niveau mondial, la culture du tabac est responsable d’environ 5 % de la déforestation mondiale. Une étude conduite dans le sud-ouest de la Tanzanie estime que la production de tabac y défriche chaque année plus de 4 000 hectares de miombo intact, dont plus de la moitié imputable au seul processus de séchage.
Pourtant, le tabac ne figure pas parmi les sept matières premières couvertes par l’EUDR que sont le bétail, le cacao, le café, l’huile de palme, le caoutchouc, le soja et le bois. Les filières tabacoles du Zimbabwe, du Malawi, de la Tanzanie ou de la Zambie échappent ainsi à toute exigence européenne de traçabilité forestière. Alors que les petits producteurs de café des Grands Lacs dont l’empreinte sur la forêt est sans commune mesure doivent géolocaliser leurs parcelles.
Cette asymétrie réglementaire, rarement relevée interroge la cohérence environnementale du dispositif européen vue de l’Afrique de l’Est.
Graines oléagineuses et plantes industrielles (11 % des exportations en 2024) : + 19 %
Avec plus de 2 milliards USD en 2024, cette catégorie repose pour l’essentiel sur deux produits : le sésame (1,2 milliard) et l’arachide (408 millions). L’offre régionale de sésame est relativement équilibrée : Soudan (29 %), Tanzania (22 %), Mozambique (22 %) et Ethiopia (20 %). L’arachide présente en revanche un profil beaucoup plus concentré, le Soudan assure plus de 80 % des expéditions régionales. Dans les deux cas, les débouchés sont presque exclusivement asiatiques et moyen-orientaux.
Légumes, racines et tubercules (9 % des exportations en 2024) : + 66 %
Quatrième poste régional avec 1,75 milliard USD en 2024, cette catégorie est en réalité presque entièrement composée de légumineuses sèches. Les légumes à cosse secs (notamment les pois d’Angole) dominent largement (987 millions USD), suivis des pois chiches (156 millions), des haricots communs (145 millions) et des haricots mungo (127 millions). La Tanzania (436 millions USD) et le Mozambique (394 millions) concentrent l’essentiel de l’offre, devant le Kenya, THE Soudan and l’Éthiopie. L’essentiel de ces flux converge vers le sous-continent indien, où les légumineuses est-africaines comblent un déficit structurel de production locale.
Fruits comestibles (8 % des exportations en 2024) : quasi-triplement
C’est la progression la plus spectaculaire de la décennie : de 656 millions USD en 2014 à 1,5 milliard USD en 2024. Deux produits en concentrent l’essentiel de cette croissance. La noix de cajou (47 % de la catégorie) provenant principalement de Tanzania (82 %) et du Mozambique (18 %), exportée pour l’essentiel à l’état brut vers l’Inde et le Viêt Nam pour y être décortiquée. L’avocat (30 %) dont la production est dominée par le Kenya, qui assure 73 % des expéditions régionales. Viennent ensuite, loin derrière, quelques filières secondaires, dont les agrumes du Zimbabwe.
Fleurs coupées, bétail, cacao : des filières en croissance
Les plantes vivantes et produits de la floriculture progressent de 32 % en dix ans pour atteindre 1,4 milliard USD, portées par les filières horticoles du Kenya (952 millions USD) et de l’Ethiopie (321 millions) à destination de l’Europe, via les Pays-Bas.
THE animaux vivants, en hausse de 23 % à 1,35 milliard USD, relèvent principalement du commerce d’ovins sur pied (1,1 milliard USD), expédiés du Soudan (734 millions), de la Somalie (390 millions) et de Djibouti (90 millions) vers la péninsule Arabique. S’y ajoutent 223 millions USD d’autres animaux vivants, pour l’essentiel les primates d’élevage de Maurice, une filière très spécifique.
Enfin, le cocoa, connaît une ascension remarquable, encore marginal en 2014 (124 millions USD), il atteint 613 millions USD en 2024, porté principalement par l’Ouganda dans un contexte de cours mondiaux exceptionnellement élevés.
Sucre et coton : deux filières en repli
À rebours de ces dynamiques, les sucres et sucreries s’effondrent de 921 à 225 millions USD (– 76 %). La fin des régimes sucriers européens a particulièrement pénalisé Maurice, THE Mozambique, THE Malawi and the Zimbabwe, dont les volumes vendus à l’UE ont chuté de 60 % dès la première campagne suivant la suppression des quotas.
THE cotton recule de 393 à 172 millions USD (– 56 %). Ce repli est concentré au Zimbabwe, en Zambia, au Mozambique and to the Malawi, où les producteurs ont progressivement délaissé le coton au profit du tabac, du sésame ou des légumineuses, dont les débouchés et les prix se sont révélés plus attractifs.
Chart 3


Une géographie commerciale dominée par l’Asie et le Golfe
Là où l’Afrique du Nord écoule près de la moitié de ses exportations agricoles en Europe, l’Afrique de l’Est présente une géographie commerciale plus diversifiée, avec une nette prépondérance asiatique. En 2024, la China (2,43 milliards USD), l’Inde (2,22 milliards) et l’Arabie saoudite (1,81 milliard) forment le trio de tête des pays importateurs, devant les Pays-Bas (1,25 milliard) et l’Allemagne (1,1 milliard).
L’Inde enregistre la progression la plus remarquable, ses importations étant multipliées par 2,3 en une décennie sous l’effet de la demande de noix de cajou, de légumineuses, de sésame et de girofle. Le Pakistan (817 millions USD, essentiellement du thé kenyan) et le Viêt Nam (529 millions) confirment cette orientation asiatique.
L’Europe et les États-Unis, des marchés stratégiques pour les filières spécialisées
Malgré le poids des débouchés en Asie, les marchés européens restent essentiels pour les filières à haute valeur comme les fleurs coupées vers les Pays-Bas and the Royaume-Uni, le coffee vers l’Allemagne and l’Italie, vanille vers la France. THE UNITED STATES (967 millions USD en 2024, contre 585 millions en 2014) progressent sensiblement, tirés par le café éthiopien et kényan, la vanille malgache et des produits de niche. Or, cet accès demeure tributaire de l’AGOA, expiré en septembre 2025 puis réactivé en février 2026 pour une seule année, sans visibilité au-delà du 31 décembre 2026.
L’ouverture du marché chinois, un avantage préférentiel inédit
Le tropisme asiatique pourrait encore s’accentuer avec l’ouverture progressive du marché chinois. Depuis le 1er décembre 2024, Pékin applique un tarif douanier nul à 100 % des lignes tarifaires pour les pays les moins avancés, un statut qui couvre 15 des 19 pays de la région. Cette première étape a déjà offert un accès préférentiel très large aux exportateurs est‑africains
En juin 2025 la Chine a annoncé l’extension de ce régime à tous les pays africains entretenant des relations diplomatiques avec elle, une mesure devenue effective le 1er mai 2026. Cette seconde vague a ajouté quatre pays non-PMA à la liste des bénéficiaires du périmètre : Kenya, Zimbabwe, Maurice et les Seychelles. Autrement dit, l’ensemble des pays étudiés bénéficie désormais du tarif zéro chinois, ce qui fait de la Chine le marché préférentiel le plus vaste et le plus inclusif pour l’Afrique de l’Est.
Ce dispositif se distingue nettement des préférences américaines ou européennes, elles aussi non réciproques mais limitées à certains produits ou à certains pays. Le régime chinois couvre toutes les lignes tarifaires pour la quasi-totalité du continent, un périmètre plus large que celui de l’AGOA ou des régimes européens.
Pour les filières est-africaines déjà tournées vers ce marché (sésame, tabac, légumineuses) comme pour celles qui cherchent à y prendre pied (avocats kényans, cafés du Burundi), l’ouverture chinoise contraste avec les incertitudes américaines. Sa portée dépendra toutefois de la capacité d’offre des pays concernés et du respect des exigences sanitaires chinoises qui constitue la principale barrière à l’entrée.
Chart 4

Une spécialisation primaire marquée selon les débouchés
La composition des exportations confirme la spécialisation primaire de la région. Parmi les vingt premiers débouchés, la quasi-totalité importe plus de 90 % de produits primaires, à l’exception de la France (24 % de produits transformés) et Spain (28 %).
Le caractère alimentaire des exportations varie en revanche fortement selon les débouchés. Il est presque exclusif dans le sous-continent indien et le Golfe. Les denrées alimentaires représentent ainsi 93 % des importations du Pakistan, où domine le thé, 94 % en Inde (légumineuses et sésame) et 95 % en Arabie saoudite, majoritairement composée d’ovins et de caprin.
Le tableau s’inverse en China et aux Pays-Bas. Les produits non alimentaires y représentent respectivement 40 % et 63 % des importations. La Chine absorbe surtout du tabac, des cuirs and the cotton, tandis que les Pays-Bas importent principalement des fleurs coupées, reflet de leur rôle de plateforme de réexportation.
Chart 5

Grands exportateurs : sept pays, sept spécialisations
Kenya : thé, fleurs et avocats, un modèle diversifié
Trois piliers d’exportation
Premier exportateur agricole de la région, le Kenya présente le profil le plus diversifié des grands pays est-africains, tant par la variété de ses produits que par la dispersion de ses débouchés. Son modèle repose sur trois piliers complémentaires. Le thé, dont le pays est le premier exportateur mondial, demeure la colonne vertébrale de ses ventes extra-africaines. L’horticulture, portée par les fleurs coupées, en constitue le deuxième, avec une présence ancienne sur les marchés européens. Les fruits forment le troisième et le plus récent, la valeur exportée des avocats ayant été multipliée par 4,5 en une décennie. Les graphiques de 2014 et 2024 font apparaître cette combinaison de filières matûres et de filières émergentes, qui explique la progression de 57 % des exportations kényanes sur la période.
Chart 6

Des débouchés répartis entre Europe, Asie du Sud et pays du Golfe
Les débouchés du Kenya se répartissent entre l’Europe, l’Asie du Sud et les pays du Golfe, une configuration que les graphiques de 2014 et 2024 laissent lire directement. Les Pays-Bas restent la première destination et confirment leur rôle de plateforme européenne pour les fleurs coupées. Le Pakistan, porté par le thé, s’impose désormais comme deuxième débouché devant le Royaume-Uni, lui-même très présent sur les filières horticoles. La montée du Golfe est également visible, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite occupant une place croissante dans les exportations kényanes.
La place centrale des marchés européens fait de la stabilité du cadre commercial avec l’Union européenne un enjeu majeur, en particulier pour les filières horticoles dont la compétitivité repose sur un accès préférentiel. Depuis 2008, les produits kényans entraient dans l’Union en franchise de droits, mais au titre d’un régime transitoire accordé dans l’attente de la ratification d’un accord de partenariat économique, le Kenya ne pouvant prétendre au régime « Tout sauf les armes » réservé aux pays les moins avancés, contrairement à ses voisins de la Communauté d’Afrique de l’Est. L’accord de partenariat économique entré en vigueur en juillet 2024 devait précisément clore cette période d’incertitude, mais sa mise en œuvre est suspendue depuis novembre 2025 par une décision de la Cour de justice de la Communauté d’Afrique de l’Est, dont Nairobi a fait appel.
Parallèlement, l’extension au Kenya du tarif douanier nul chinois depuis le 1er mai 2026 ouvre une perspective nouvelle. Le débouché chinois reste encore modeste en 2024, mais il constitue un relais de croissance potentiel pour les avocats kényans, dont les premiers lots en franchise de droits sont déjà arrivés sur les étals chinois, ainsi que pour le thé et les produits horticoles.
Chart 7

Tanzanie : la bascule vers la noix de cajou et le marché indien
Une offre profondément recomposée autour de la noix de cajou
Les exportations agricoles tanzaniennes ont augmenté de 53 % sur la dernière décennie, mais elles ont surtout changé de nature. Alors que le tabac, les oléagineux et le café dominaient encore en 2014, la structure de l’offre s’est nettement réorientée vers les fruits comestibles, tirés par la noix de cajou brute devenue la première filière d’exportation. Les légumes et légumineuses ont également gagné en importance, tandis que le tabac, le café-thé et les oléagineux conservent un poids significatif. Le cacao commence par ailleurs à émerger comme filière exportatrice. Les graphiques de 2014 et 2024 montrent ce basculement d’un modèle centré sur quelques produits traditionnels vers une structure dominée par le cajou et les produits végétaux bruts.
Chart 8


L’Inde et le Viêt Nam, deux centres de décorticage
Cette évolution se reflète directement dans la géographie des exportations. L’Inde, déjà en tête en 2014, consolide sa position et absorbe désormais l’essentiel du cajou tanzanien ainsi que des légumineuses comme les pois d’Angole. Le Viêt Nam, quasi absent dix ans plus tôt, devient un débouché majeur, ce grand centre mondial de décorticage important lui aussi massivement du cajou brut. La Chine complète ce trio, essentiellement avec du sésame. Toutefois, cette insertion s’opère presque exclusivement sur des produits bruts, la part des produits transformés reculant de 14 % à 5 % en dix ans. La Tanzanie s’inscrit ainsi en amont des chaînes de valeur mondiales du cajou et du sésame, la valeur ajoutée du décorticage, de la torréfaction ou du conditionnement lui échappant pour l’essentiel.
Chart 9

Éthiopie : le café comme moteur quasi unique
Le café en hausse, le sésame en repli
Les exportations agricoles éthiopiennes ne progressent que de 22 % en dix ans, la plus faible croissance des grands exportateurs régionaux. Ce chiffre agrège en réalité deux mouvements de sens contraire. Le café double presque et représente désormais 59 % du total, soutenu par des volumes records et des cours exceptionnels. Les graines oléagineuses s’effondrent à l’inverse, le sésame ayant pâti du recul des surfaces et de l’insécurité dans les zones de production du nord du pays. Les plantes vivantes et les produits de la floriculture connaissent en revanche un bel essor. Le pays présente désormais une offre plus concentrée qu’il y a dix ans.
Chart 10

Du sésame vers la Chine au café vers le Golfe et l’Europe
Les graphiques montrent une recomposition nette des débouchés éthiopiens. En 2014, la China dominait les importations grâce au sésame. En 2024, l’Arabie saoudite prend la tête, portée par la montée en puissance du café. La Chine reste un débouché majeur, mais ses achats ne reposent plus uniquement sur le sésame, le café y occupant désormais une place comparable. Les États-Unis et l’Allemagne confirment leur rôle de marchés clés, presque exclusivement centrés sur le café, tandis que les Pays-Bas demeurent la principale porte d’entrée européenne pour les fleurs coupées.
Cette redistribution a une conséquence directe, puisque le café concentre désormais l’essentiel des enjeux commerciaux de l’Éthiopie. Or le pays doit composer avec deux contraintes. Son exclusion de l’AGOA depuis janvier 2022 en raison du conflit au Tigré, limite son accès préférentiel au marché américain, et l’entrée en application de l’EUDR lui imposera des exigences strictes de traçabilité pour préserver l’accès au marché européen, premier débouché collectif de son café.
Chart 11

Soudan : sésame, bétail et gomme arabique, des exportations résilientes malgré la guerre
Oléagineux, ovins et gomme arabique
Fait remarquable, les exportations agricoles soudanaises progressent de 45 % en dépit du conflit qui ravage le pays depuis avril 2023. Les ovins sur pied restent le premier produit exporté du pays. Néanmoins, les graines oléagineuses sont le premier moteur de cette hausse, avec une croissance de 119 %. Cette progression doit toutefois moins au sésame, en hausse de 16 %, qu’à l’arachide, quasi inexistante en 2014 et qui atteint 341 millions USD dix ans plus tard. Les pois d’Angole constituent la révélation de la décennie, leurs ventes étant multipliées par plus de treize. Les gommes et résines progressent également de 61 %, portées par la gomme arabique dont le Soudan est un fournisseur majeur au niveau mondial. Le sucre, les carcasses d’ovins congelées et le coton s’effacent en revanche presque complètement. Les graphiques donnent ainsi l’image d’une offre qui s’est resserrée autour des oléagineux, du bétail, des gommes et des légumineuses.
Chart 12


Trois marchés dominants, un débouché européen pour la gomme
Les débouchés se concentrent sur trois marchés, dont deux connaissent une croissance spectaculaire. L’Arabie saoudite arrive largement en tête, presque exclusivement sur les ovins sur pied, mais sa progression reste modérée, à 39 %. La Chine, principalement sur le sésame, voit ses importations multipliées par près de quatre, et l’Inde, tirée par les pois d’Angole et les graines de melon, par plus de sept. Cette dernière filière, méconnue, mérite qu’on s’y attarde un peu. Le Soudan est le deuxième producteur mondial de graines de melon et de pastèque derrière le Nigeria, et l’Inde, l’un des principaux importateurs mondiaux de ce produit prisé en confiserie et en snacking, en absorbant ainsi la quasi-totalité des exportations soudanaises. La France demeure pour sa part le premier débouché européen, en sa qualité d’importateur majeur de gomme brute dont elle assure une large part du raffinage.
Cette résilience apparente ne doit toutefois pas masquer la fragilité des circuits de collecte et d’exportation, largement réorganisés par le conflit. Dans un rapport publié en juillet 2026, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme décrit une « économie de guerre » dans laquelle la gomme arabique, dont le Soudan assurait 70 à 80 % des exportations mondiales avant le conflit, finance les belligérants, entre pillages, taxations et circuits de contrebande via les pays voisins. Le rapport appelle les entreprises de la filière à une vigilance accrue sur la traçabilité de leurs approvisionnements.
Chart 13


Ouganda : la success story du café et l’émergence du cacao
Le café triple, le cacao émerge
Avec des exportations en hausse de 140 % en dix ans, l’Ouganda signe la plus forte progression parmi les grands exportateurs de la région, avec le café robusta comme principal moteur. Ses exportations de café triplent, faisant du pays le principal exportateur africain en valeur ces dernières années, à la faveur de la flambée des cours du robusta. Le cacao constitue la seconde révélation de la décennie, avec des exportations multipliées par plus de six qui en font le deuxième poste du pays.
Chart 14

L’Europe pour le café, l’Asie pour le cacao
Le café domine aussi la carte des débouchés et les trois premiers sont européens. L’Italie occupe la première place avec des importations multipliées par quatre, presque entièrement sur le café, devant l’Allemagne qui progresse de 152 %. Les Pays-Bas suivent, avec une croissance plus modérée de 70 % et une composition différente où le cacao arrive en tête, devant le café et la floriculture. Le café ouvre par ailleurs de nouveaux débouchés en Asie. Les achats de la Malaisie sont multipliés par plus de six et ceux de l’Inde par près de quatre. Les autorités visent une production de 20 millions de sacs à l’horizon 2030. L’Ouganda fournit à l’Union européenne presque autant de café que le reste de l’Afrique réuni. La poursuite de cette trajectoire reposera dès lors sur la capacité de la filière à se conformer à l’EUDR.
Chart 15

Zimbabwe : la dépendance au tabac et à la Chine
Une concentration accrue sur le tabac
Les exportations agricoles du Zimbabwe progressent de 52 % en dix ans, mais leur concentration s’accentue. Les exportations de tabac ont presque doublé. Elles représentent 84 % de la valeur des exportations en 2024 contre les deux tiers en 2014. Les fruits comestibles forment la principale diversification et progressent de 153 %, mais depuis un niveau si bas qu’ils ne pèsent guère dans l’ensemble. Le sucre s’effondre pour sa part de 91 %. Les graphiques donnent ainsi l’image d’une croissance centrée sur une forte spécialisation déjà ancienne et non par élargissement de l’offre d’exportation.
Graphique 16

La Chine pour le tabac, l’Europe pour les fruits
Les débouchés reflètent le poids du tabac. La Chine double ses importations et absorbe désormais près de la moitié du total. Cette dépendance à un débouché dominant constituant une vulnérabilité structurelle. L’Indonésie (importations multipliées par plus de trois) et l’Allemagne suivent de loin, sur le même produit. Les fruits dessinent en revanche une dynamique inverse. Leurs débouchés se concentrant sur l’Union européenne, avec les Pays-Bas en tête devant l’Allemagne, la France et l’Espagne, quand la Chine n’en reçoit qu’une part marginale. L’accès en franchise de droits au marché chinois, dont le pays bénéficie depuis le 1er mai 2026 au titre de l’extension du tarif zéro aux pays non-PMA, pourrait toutefois booster les exportations de fruits.
Graphique 17


Mozambique : Légumineuse, sésame et noix de cajou à destination de l’Asie
Des pois d’angole et du sésame à la place du tabac et du sucre
Les exportations mozambicaines progressent de 32 % en dix ans, et cette hausse s’accompagne d’une recomposition de l’offre. Les deux filières qui dominaient en 2014 ont perdu leur position, le sucre étant le plus touché avec un recul de 74 %, tandis que le tabac résiste mieux ( – 24 %). Trois filières ont pris le relais, dont deux connaissent une progression spectaculaire. Les exportations de pois d’Angole sont multipliées par plus de quatre et deviennent le premier poste du pays. La noix de cajou connait une évolution similaire et les graines oléagineuses complètent cet ensemble avec une hausse de 150 % (majoritairement du sésame).
Graphique 18


Trois marchés asiatiques, deux tiers des exportations
Ce basculement s’est opéré sans bouleverser la hiérarchie des débouchés, mais en la concentrant fortement. L’Inde et la Chine occupaient déjà les deux premières places en 2014, et leurs importations ont augmenté bien plus vite que l’ensemble des exportations du pays. L’Inde les multiplie par près de cinq et la Chine par plus de deux. L’Inde devient ainsi le premier marché, essentiellement sur les pois d’Angole complétés de noix de cajou non décortiquée, tandis que la Chine s’approvisionne presque exclusivement en sésame. Le Viêt Nam complète le trio sur le cajou et l’arachide, avec des importations multipliées par près de six. Ces trois marchés absorbent désormais près des deux tiers des exportations agricoles mozambicaines, contre un peu plus d’un cinquième dix ans plus tôt pour les deux premiers.
Graphique 19

Madagascar, Malawi, Somalie, Maurice, Zambie : des exportateurs intermédiaires aux trajectoires divergentes
Madagascar : vanille, girofle et huiles essentielles
La vanille et le girofle, moteurs d’une décennie de croissance
Les exportations malgaches progressent de 50 % en dix ans, et les épices en constitue plus de la moitié. La vanille demeure le premier produit d’exportation agricole du pays, mais sa croissance, de 49 %, est la plus lente des quatre grandes filières de l’île. Le girofle progresse de 75 %, les huiles essentielles de 114 % et le cacao de 148 %. L’île reste donc adossée à un petit nombre d’épices et de produits de la parfumerie, dont les cours sont notoirement instables, ce qui expose fortement ses recettes.
Graphique 20


La vanille vers l’Atlantique, le girofle vers l’Asie
Chaque filière a ses marchés et les graphiques permettent de lire cette dualité. La vanille se dirige principalement vers la France, premier débouché du pays avec une progression de 69 %, et vers les États-Unis (+ 39 %). Le girofle suit au contraire une route asiatique dont le poids s’est fortement renforcé. L’Inde, dont les importations sont multipliées par près de trois, occupe le deuxième rang et joue le rôle de plaque tournante du négoce, réexportant une partie des clous vers le Golfe, le Bangladesh et le Pakistan. L’Indonésie constitue l’autre fait marquant de la décennie. Ce débouché est multiplié par dix, entre clous de girofle et huiles essentielles, alors même que le pays est le premier producteur mondial de girofle.
Graphique 21


Malawi : le repli d’une économie du tabac
Le tabac recule sans filière de substitution
À rebours de la tendance régionale, les exportations agricoles du Malawi reculent de 29 % en dix ans. Le tabac, qui en représente encore plus des deux tiers, recule de 30 %, sans qu’aucune filière de substitution n’émerge. Les légumineuses stagnent, le thé perd 13 % et le sucre 82 %. Le pays illustre ainsi ce qu’une spécialisation ancienne coûte lorsque le produit qui la porte se contracte.
Graphique 22


L’Europe pour le tabac, l’Inde pour les légumineuses
Les débouchés se lisent produit par produit. Le tabac part d’abord vers l’Europe, l’Allemagne confortant sa place de premier acheteur, rejointe par la Turquie, la Pologne et la Belgique dont le poids se renforce. La Chine et la Russie, deuxième et troisième débouché du pays il y a dix ans, ont en revanche perdu plus de 85 % de leurs achats et disparu du haut du classement. Le retrait chinois tient à une incompatibilité de filière, les cigarettes chinoises reposant sur le tabac Virginia dont le Zimbabwe s’est fait une spécialité, quand le Malawi produit du burley. Le mémorandum d’investissement conclu avec Pékin a du reste expiré en 2018 sans être renouvelé. Le pois d’Angole dessine l’autre carte, l’Inde étant le seul grand débouché en progression, avec une hausse de 56 % qui en fait le premier partenaire du pays et le marché presque exclusif de cette filière.
Graphique 23

Somalie : les animaux vivants vers l’Arabie saoudite
Les exportations somaliennes reculent de 26 % en dix ans et restent très largement dominées par les animaux vivants, les ovins en constituant le principal poste devant les chameaux. Ce recul s’explique d’abord par la contraction de 21 % des exportations animales, mais aussi par la chute de 66 % de celles de sésame. Les graphiques montrent une offre qui ne s’est pas diversifiée sur la période, le pays exportant en 2024 les mêmes produits qu’en 2014, en moindre quantité.
Graphique 24

La géographie des débouchés est tout aussi concentrée que l’offre. L’Arabie saoudite absorbe à elle seule 80 % du total, et ses importations ont même progressé de 25 % alors que les exportations du pays reculent d’un quart. Cette demande est notamment rythmée par le pèlerinage de La Mecque qui concentre 70 % des exportations annuelles. Cette double concentration, sur un produit et sur un débouché, expose le pays à des chocs répétés. En effet, on note que les exportations de bétail ont culminé au milieu de la décennie avant de refluer sous l’effet conjugué des sécheresses récurrentes, de l’insécurité et des restrictions sanitaires saoudiennes.
Graphique 25


Maurice : la fin du sucre, l’essor inattendu des primates d’élevage
Les exportations mauriciennes reculent de 20 % en dix ans, conséquence directe de l’érosion du sucre, dont la valeur a baissé de 54 %. L’Italie illustre ce décrochage, elle qui occupait le premier rang des débouchés en 2014 et dont les importations se contractent de 85 %.
Ce déclin illustre ce que le retrait d’une préférence commerciale fait à une filière. Pendant quatre décennies, le Protocole Sucre conclu en 1975 entre l’Europe et les pays ACP garantissait à Maurice, premier bénéficiaire du dispositif, l’écoulement d’environ 490 000 tonnes par an à un prix deux à trois fois supérieur au cours mondial. La dénonciation du Protocole en 2007, puis la suppression des quotas de production européens en octobre 2017, ont fait converger le prix européen vers le prix mondial, au point que l’Europe est redevenue exportatrice nette de sucre vers l’Afrique dès la campagne suivante. Sans ce débouché protégé, la filière sucrière mauricienne dont la compétitivité ne lui permet pas de rivaliser avec le Brésil ou la betterave européenne, s’est progressivement repliée. Maurice conserve néanmoins la part de produits transformés la plus élevée parmi les principaux pays exportateurs de la région, à environ 59 %.
Graphique 26


Seule filière en essor, les animaux vivants progressent de 314 % sur la décennie. Il s’agit pour l’essentiel de primates d’élevage destinés à la recherche biomédicale, dont Maurice est devenu l’un des tout premiers fournisseurs mondiaux, une activité contestée par les organisations de protection animale. Les États-Unis sont devenus le premier débouché du pays avec des importations multipliées par plus de six. La carte des débouchés mauriciens a ainsi basculé de l’Europe sucrière vers l’Amérique du Nord en une décennie.
Graphique 27


Zambie : le tabac au cœur des exportations agricoles
Les exportations agricoles zambiennes ont peu évolué au cours des dix dernières années (- 6 %). Cette stabilité apparente recouvre pourtant une concentration marquée de l’offre, le tabac progressant de 34 % et sa part dans le total passant de 53 % à 75 %. Les deux autres filières de 2014 se sont en effet effondrées, le coton perdant 95 % de sa valeur exportée et le sucre devenant marginal. La progression du tabac n’a donc fait que compenser ces pertes, là où, par comparaison, au Zimbabwe il a tiré vers le haut l’ensemble des exportations.
Graphique 28

La Zambie présente un profil similaire à celui de son voisin zimbabwéen, celui d’une spécialisation dans le tabac. Toutefois ses débouchés sont partagés entre la Chine qui absorbe environ un tiers des exportations, And la Suisse autour de 20 % quand le Zimbabwe dépend de la Chine pour près de la moitié de ses exportations. La place de la Suisse s’explique par la domiciliation des grandes maisons de négoce et traduit donc moins une destination physique de la marchandise que le lieu où se nouent les contrats.
Graphique 29

Petits exportateurs : café-thé, girofle et gomme arabique
Rwanda et Burundi : les filières café-thé des Grands Lacs
Le Rwanda voit ses exportations progresser de 95 % en dix ans, le café et le thé en fournissant 81 %. Les débouchés sont orientés en fonction des deux produits : le Royaume-Uni et THE Pakistan sur le thé, les UNITED STATES sur le café. Les autorités ont fait du café de spécialité à haute valeur ajoutée un axe clé de leur stratégie d’exportation destination des marchés britannique et américain.
Graphique 30


Graphique 31

Le Burundi suit une trajectoire inverse, avec des exportations reculant de 19 % sur la période. La concentration de l’offre y est encore plus marquée, le café et le thé représentent à eux seuls 97 % des exportations agricoles. Les débouchés restent toutefois dispersés entre la Finlande, la Chine et la Belgique, aucun de ces marchés ne pesant véritablement. Le pays illustre du reste les perspectives ouvertes par l’accès au marché chinois, dont il bénéficie en tant que PMA depuis décembre 2024. Un premier lot de café arabica burundais a été expédié directement vers la Chine à la suite de cette ouverture.
Graphique 32


Graphique 33

Djibouti : ovins et camélidés en transit vers la péninsule Arabique
Des ovins et des camélidés en transit
Les exportations djiboutiennes progressent de 180 % en dix ans, l’une des plus fortes hausses de la région. Les animaux vivants, dont les exportations sont multipliées par 3,5, en fournissent l’essentiel, avec les ovins loin devant les chameaux et autres camélidés. Cette progression ne traduit toutefois pas le développement d’une production nationale.
Graphique 34

L’Arabie saoudite absorbe 80 % du total, ses importations étant multipliées par près de quatre en dix ans. Ces flux tiennent moins à l’élevage djiboutien qu’à la position du pays, dont les réexportations représentent environ 92 % des marchandises expédiées. Le bétail éthiopien y transite vers la péninsule Arabique, un flux que les deux pays ont doté d’infrastructures dédiées. Le port de Doraleh dispose depuis 2021 d’un terminal bétail développé conjointement avec l’Éthiopie, d’une capacité de 2,5 millions de têtes par an. Une station de quarantaine éthiopienne accréditée par les autorités saoudiennes et émiraties facilite encore plus l’exportation directe des animaux.
Graphique 35

Comores : le repli des girofles
Les exportations comoriennes reculent de 39 % en dix ans, et deux filières en constituent la quasi-totalité. La valeur des exportations d’épices constituées de girofles et de vanilles baisse de 48 %. À la différence de Madagascar, où la vanille domine largement, l’archipel repose avant tout sur le girofle qui représente deux-tiers de ses exportations. Bien qu’étant le premier producteur mondial d’huile essentielle d’ylang-ylang destinée à la parfumerie, la valeur des exportations est restée quasiment constantes entre 2014 et 2024.
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Les débouchés se répartissent selon les deux produits. L’Inde, portée sur le girofle, demeure le premier débouché et le seul en légère progression, tandis que la France, tirée par les huiles essentielles, devient le second alors même que ses importations diminuent de 12 %. Les deux reculs les plus marqués concernent l’Allemagne, sur la vanille dont les importations chutent de 71 %, et les Émirats arabes unis sur le girofle qui ont presque entièrement disparu du top 20 des débouchés.
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Seychelles : les farines et coproduits du poisson
Les exportations agricoles seychelloises reculent de 47 % sur la décennie. Les résidus des industries alimentaires en constituent le premier poste, notamment des farines issues de la transformation du poisson, suivis des graisses et huiles de poisson puis des boissons et vinaigres. Cette composition explique pourquoi les Seychelles affichent la part de produits transformés la plus élevée de la région, à 88 %. Ce taux traduit moins une montée en gamme qu’il ne reflète la nature industrielle des exportations, essentiellement constituées de coproduits plutôt que de matières premières agricoles.
Le recul observé sur la décennie tient pour l’essentiel au tabac, dont les exportations ont quasiment disparu. Il ne s’agissait pas de feuilles produites localement, mais de cigarettes manufacturées, dont les expéditions varient fortement d’une année sur l’autre au gré des contrats de réexportation régionale.
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Les débouchés sont éclatés, de très faible ampleur et se répartissent selon les produits. Les farines et coproduits de poisson partent vers l’Australie, en tête du classement, ainsi que vers la Turquie, le Bangladesh et le Japon, marchés de l’alimentation animale et de l’aquaculture. Les graisses et huiles sont exportées vers l’Islande et l’Allemagne, quand Hong Kong reçoit des reptiles vivants et des fruits. Les Philippines, premier débouché en 2014, ont en revanche disparu du classement, ce marché correspondant exactement aux exportations de cigarettes évoquées plus haut.
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Érythrée et Soudan du Sud : des micro-flux de gomme arabique
Les exportations agricoles de l’Érythrée et du Soudan du Sud demeurent marginales, mais elles enregistrent les plus fortes progressions relatives de la région, la première étant multipliée par quatre et la seconde par près de neuf. Dans les deux pays, elles reposent presque exclusivement sur la gomme arabique, qui représente 80 % des exportations agricoles érythréennes et 97 % de celles du Soudan du Sud en 2024.
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Les débouchés des deux pays ont entièrement changé en dix ans et convergent vers l’Europe. En Érythrée, l’Arabie saoudite dominait en 2014, mais la France la remplace en 2024 et absorbe désormais 81 % du total. Le Soudan du Sud suit la même trajectoire, le Pakistan, l’Autriche et la Pologne ayant disparu du classement au profit de la France, désormais en tête avec plus de la moitié des exportations. Les deux pays retrouvent ainsi les circuits de la gomme arabique soudanaise, dont la France est le premier importateur mondial.
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Conclusion
En résumé, l’Afrique de l’Est offre l’image inversée de l’Afrique du Nord.
Quand cette dernière exporte à l’Europe des fruits, des légumes et des huiles en partie transformés, l’Afrique de l’Est écoule vers l’Asie et le Golfe des produits de rente presque exclusivement bruts, du café au bétail sur pied en passant par le thé, le tabac, le sésame, la noix de cajou et les légumineuses. L’Europe demeure pour sa part le débouché privilégié des filières à forte valeur comme les fleurs, le café ou la vanille.
Cette diversité des débouchés constitue un atout dans un contexte de tensions commerciales. Toutefois, la région aborde cette recomposition avec deux handicaps. Le premier tient à une transformation locale quasi inexistante et même en recul dans la plupart des pays, qui la prive de l’essentiel de la valeur ajoutée de ses propres filières. Le second relève des nouvelles conditions d’accès aux marchés qu’il s’agisse de l’avenir incertain de l’AGOA au-delà de 2026 ou des exigences de traçabilité du règlement européen sur la déforestation applicable fin 2026.
Comme nous le relevions déjà pour l’Afrique du Nord, ces évolutions prennent toute leur importance à l’heure où le marché américain tend à se refermer et celui de la Chine à s’ouvrir. Avec le tarif douanier nul désormais étendu à la quasi-totalité du continent, l’Afrique de l’Est déjà la mieux insérée des régions africaines sur les marchés asiatiques, dispose d’un accès inédit au deuxième marché de consommation mondial. La fenêtre ouverte par les cours élevés du café et du cacao offre à cet égard une opportunité rare de financer la montée en gamme qui permettrait de convertir cet accès en valeur ajoutée locale. Encore faut-il qu’elle soit saisie avant que les prix ne se retournent.

