{"id":38282,"date":"2026-07-16T11:37:29","date_gmt":"2026-07-16T09:37:29","guid":{"rendered":"https:\/\/fondation-farm.org\/?p=38282"},"modified":"2026-07-16T13:26:53","modified_gmt":"2026-07-16T11:26:53","slug":"les-enjeux-de-renouvellement-de-la-fertilite-des-sols-en-afrique-de-louest-approche-regional-et-etudes-de-cas-au-benin-et-au-senegal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/les-enjeux-de-renouvellement-de-la-fertilite-des-sols-en-afrique-de-louest-approche-regional-et-etudes-de-cas-au-benin-et-au-senegal\/","title":{"rendered":"Les enjeux de renouvellement de la fertilit\u00e9 des sols en Afrique de l&rsquo;Ouest : approche r\u00e9gional et \u00e9tudes de cas au B\u00e9nin et au S\u00e9n\u00e9gal"},"content":{"rendered":"<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><strong>L\u2019Afrique de l\u2019Ouest traverse une p\u00e9riode de profondes mutations, marqu\u00e9e par des crises \u00e9conomiques, g\u00e9opolitiques et climatiques qui fragilisent la s\u00e9curit\u00e9 et la souverainet\u00e9 alimentaires. La pand\u00e9mie de Covid-19 et l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie et plus r\u00e9cemment le conflit au Moyen Orient ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 structurelle des syst\u00e8mes agricoles ouest-africains, notamment face \u00e0 la volatilit\u00e9 des prix des engrais NPK (azote, phosphore, potassium), essentiels dans un contexte de d\u00e9gradation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des sols. Ainsi, la gestion durable et le renouvellement de la fertilit\u00e9 des sols s\u2019imposent comme des enjeux cl\u00e9s pour la r\u00e9silience des agricultures familiales et la durabilit\u00e9 des syst\u00e8mes de production, dans un contexte d\u00e9mographique o\u00f9 la population africaine va doubler d\u2019ici 2050, inscrit dans une volont\u00e9 de souverainet\u00e9 alimentaire des pays de la r\u00e9gion.<\/strong><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1300\" height=\"600\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/banniere-wordpress-5-1300x600-fertilite-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-38251\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/banniere-wordpress-5-1300x600-fertilite-1.jpg 1300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/banniere-wordpress-5-1300x600-fertilite-1-300x138.jpg 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/banniere-wordpress-5-1300x600-fertilite-1-768x354.jpg 768w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/banniere-wordpress-5-1300x600-fertilite-1-18x8.jpg 18w\" sizes=\"auto, (max-width: 1300px) 100vw, 1300px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-content-justification-center is-layout-flex wp-container-core-buttons-is-layout-16018d1d wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button has-custom-width wp-block-button__width-50\"><a class=\"wp-block-button__link wp-element-button\" href=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/etude-fondation-farm-afd-les-enjeux-de-renouvellement-de-la-fertilite-des-sols-en-afrique-de-louest.pdf\" style=\"border-top-left-radius:10px;border-top-right-radius:10px;border-bottom-left-radius:10px;border-bottom-right-radius:10px\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;\u00e9tude compl\u00e8te<\/strong><\/a><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une d\u00e9gradation multifactorielle des sols<\/h3>\n\n\n\n<p>Les sols d\u2019Afrique de l\u2019Ouest sont structurellement fragiles : anciens, pauvres en mati\u00e8re organique, \u00e0 faible capacit\u00e9 de r\u00e9tention des nutriments et sensibles \u00e0 l\u2019\u00e9rosion. Environ 65 % des terres agricoles africaines ont subi une d\u00e9gradation depuis le milieu du XXe si\u00e8cle, dont 19 % de mani\u00e8re s\u00e9v\u00e8re. Cette d\u00e9gradation s\u2019explique notamment par l\u2019intensification des syst\u00e8mes de production agricoles, la r\u00e9duction des jach\u00e8res induite par la pression d\u00e9mographique, le changement climatique et des apports d\u2019\u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux et de mati\u00e8re organique qui ne compensent pas les pr\u00e9l\u00e8vements effectu\u00e9s par les r\u00e9coltes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pratiques traditionnelles de gestion de la fertilit\u00e9 (abattis-br\u00fblis, rotations et associations culturales, parcage nocturne, agroforesterie, etc.) assuraient un certain \u00e9quilibre dans le renouvellement de la fertilit\u00e9 des sols. Mais, ces pratiques sont aujourd\u2019hui remises en cause par la diminution des surfaces disponibles et la pression fonci\u00e8re. En outre, l\u2019utilisation des engrais min\u00e9raux reste tr\u00e8s faible (15 kg\/ha en moyenne en Afrique de l\u2019Ouest contre 120 kg\/ha au niveau mondial). Leur efficacit\u00e9 est de plus limit\u00e9e par la faible teneur en mati\u00e8re organique des sols et leur disponibilit\u00e9 est menac\u00e9e par la volatilit\u00e9 des prix sur les march\u00e9s internationaux.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une agriculture mini\u00e8re et des bilans de nutriments n\u00e9gatifs<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019approche par les bilans de nutriments est essentielle pour comprendre les dynamiques de fertilit\u00e9. En Afrique de l\u2019Ouest, les bilans sont g\u00e9n\u00e9ralement n\u00e9gatifs : les sorties de nutriments (par les r\u00e9coltes, le lessivage, la volatilisation) d\u00e9passent les entr\u00e9es (engrais, fumier, fixation biologique de l\u2019azote, d\u00e9p\u00f4ts atmosph\u00e9riques). Les bilans de NPK montrent un d\u00e9ficit notamment pour le phosphore et le potassium, ce qui conduit \u00e0 un appauvrissement progressif des ressources min\u00e9rales des sols. L\u2019efficacit\u00e9 d\u2019utilisation des nutriments (NUE) est \u00e9lev\u00e9e pour l\u2019azote, mais cela refl\u00e8te surtout une sous-fertilisation plut\u00f4t qu\u2019une gestion efficace. Pour le phosphore et le potassium, les taux de NUE sont tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s, ce qui indique une utilisation excessive des r\u00e9serves du sol, menant \u00e0 un \u00e9puisement \u00e0 long terme si ces \u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux ne sont pas remplac\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9gradation progressive des ressources min\u00e9rales du sol, associ\u00e9e \u00e0 un apport insuffisant en mati\u00e8re organique, entra\u00eene une diminution de la population microbienne du sol, ce qui se traduit par une baisse de la productivit\u00e9 globale des sols et une d\u00e9gradation accrue.<\/p>\n\n\n\n<p>Face aux bilans nutritifs d\u00e9ficitaires et \u00e0 la d\u00e9gradation multiforme des sols ouest africains, la combinaison entre fertilisation organo-min\u00e9rale et pratiques agro\u00e9cologiques (compostage, agroforesterie, rotation et association culturales, etc.) s\u2019impose pour agir sur toutes les composantes de la fertilit\u00e9 des sols (chimique, physique et biologique), comme l\u2019illustrent les cas d\u2019\u00e9tude au B\u00e9nin et au S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00c9tudes de cas<\/h3>\n\n\n\n<p><mark style=\"background-color:#0074d9\" class=\"has-inline-color has-white-color\">La zone cotonni\u00e8re Nord B\u00e9nin\u00a0:<\/mark><\/p>\n\n\n\n<p>Traditionnellement, les syst\u00e8mes reposaient sur l\u2019agriculture sur br\u00fblis, la jach\u00e8re et des associations culturales, assurant un \u00e9quilibre entre production et renouvellement de la fertilit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre agriculture et \u00e9levage. L\u2019introduction du coton comme culture de rente et la croissance d\u00e9mographique ont entra\u00een\u00e9 une intensification des pratiques, une r\u00e9duction des jach\u00e8res et une augmentation des pr\u00e9l\u00e8vements des ressources du sol, sans compensation suffisante par des apports organiques ou min\u00e9raux.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, la d\u00e9gradation des terres est marqu\u00e9e par une baisse du taux de mati\u00e8re organique et d\u2019\u00e9l\u00e9ments nutritifs, ainsi qu\u2019une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue \u00e0 l\u2019\u00e9rosion. Les strat\u00e9gies de gestion de la fertilit\u00e9 varient selon les types d\u2019exploitations, mais restent limit\u00e9es par des contraintes fonci\u00e8res, un acc\u00e8s difficile au cr\u00e9dit, une main-d\u2019\u0153uvre insuffisante, une trop faible m\u00e9canisation et une dissociation croissante entre l\u2019agriculture et l\u2019\u00e9levage. Le conseil agricole, souvent segment\u00e9 et sous-dot\u00e9, peine \u00e0 accompagner la transition vers des pratiques plus durables.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ces constats, plusieurs initiatives nationales et internationales encouragent la diversification des cultures, la promotion de la fumure organique, l\u2019int\u00e9gration agriculture-\u00e9levage, l\u2019utilisation raisonn\u00e9e des engrais min\u00e9raux et le d\u00e9veloppement de l\u2019agro\u00e9cologie (projets soutenus par des bailleurs de fonds internationaux comme Tazco, Prosol, etc.). Toutefois, la mise \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de ces solutions demeure un enjeu majeur pour garantir la durabilit\u00e9 des syst\u00e8mes agricoles et renforcer la r\u00e9silience des exploitations face aux d\u00e9fis d\u00e9mographiques et environnementaux.<\/p>\n\n\n\n<p><mark style=\"background-color:#0074d9\" class=\"has-inline-color has-white-color\">Le Bassin Arachidier s\u00e9n\u00e9galais\u00a0:<\/mark><\/p>\n\n\n\n<p>Au cours du XXe si\u00e8cle, le bassin arachidier du S\u00e9n\u00e9gal est pass\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me agro-sylvo-pastoral fond\u00e9 sur la jach\u00e8re, la vaine p\u00e2ture et les arbres champ\u00eatres \u00e0 une agriculture plus intensive ax\u00e9e sur l\u2019arachide. Cette \u00e9volution s\u2019est traduite par la r\u00e9duction progressive des jach\u00e8res, la rar\u00e9faction des ressources pastorales et la diminution des transferts de fertilit\u00e9 entre b\u00e9tail et agriculture, contribuant \u00e0 l\u2019appauvrissement et \u00e0 la d\u00e9gradation des sols. Les engrais min\u00e9raux sont ainsi devenus essentiels pour renouveler la fertilit\u00e9, mais leur acc\u00e8s demeure limit\u00e9 par des contraintes \u00e9conomiques et logistiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, la dissociation entre agriculture et \u00e9levage et la rar\u00e9faction de la mati\u00e8re organique ont accentu\u00e9 la d\u00e9gradation de la fertilit\u00e9 physique des sols, aggrav\u00e9e par la concurrence sur les r\u00e9sidus de culture et les difficult\u00e9s de stockage du compost.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ces d\u00e9fis, certains agriculteurs ont adapt\u00e9 leurs pratiques en diversifiant leurs cultures (privil\u00e9giant par exemple le ni\u00e9b\u00e9, la past\u00e8que), ou l\u2019embouche bovine, afin de saisir de nouvelles opportunit\u00e9s de march\u00e9 tout en maintenant la productivit\u00e9 agricole.<\/p>\n\n\n\n<p><mark style=\"background-color:#0074d9\" class=\"has-inline-color has-white-color\">La vall\u00e9e du fleuve S\u00e9n\u00e9gal\u00a0:<\/mark><\/p>\n\n\n\n<p>La transformation des pratiques agricoles dans la vall\u00e9e du fleuve S\u00e9n\u00e9gal, marqu\u00e9e par les am\u00e9nagements hydrauliques et l&rsquo;intensification de l&rsquo;irrigation, a permis une stabilisation des rendements en riz (et l\u2019introduction de la double culture du riz), mais a modifi\u00e9 les \u00e9quilibres historiques de renouvellement de la fertilit\u00e9 des sols. Le remplacement des crues naturelles, qui apportaient limons et alluvions, par une irrigation contr\u00f4l\u00e9e a entra\u00een\u00e9 la salinisation des sols, l\u2019hydromorphie, l\u2019appauvrissement en mati\u00e8re organique (du fait de la modification des parcours pastoraux et donc de la diminution des transferts de fertilit\u00e9 entre \u00e9levage et agriculture) impliquant donc un besoin accru en intrants min\u00e9raux.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ce constat, des initiatives combinant engrais organiques locaux, recyclage des r\u00e9sidus et r\u00e9introduction de l\u00e9gumineuses \u00e9mergent, mais leur succ\u00e8s n\u00e9cessite une implication active des producteurs et une int\u00e9gration de leurs contraintes socio-\u00e9conomiques. Une approche associant innovations techniques, savoirs locaux et politiques publiques adapt\u00e9es, s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour restaurer durablement la fertilit\u00e9 des sols dans un contexte de pression climatique et d\u00e9mographique croissante.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cartographie du march\u00e9 des engrais de 1990 \u00e0 2022\u00a0: l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, un acteur mineur qui paye le prix fort<\/h3>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la production de cartes et d\u2019infographies analysant la place de la sous-r\u00e9gion dans le commerce mondial des min\u00e9raux N, P et K, nous avons mis en \u00e9vidence que l\u2019Afrique de l\u2019Ouest voit l\u2019utilisation des engrais NPK s\u2019intensifier, sans toutefois rattraper les niveaux mondiaux. Cette intensification se produit en maintenant une forte d\u00e9pendance des pays aux importations, exposant la r\u00e9gion \u00e0 la volatilit\u00e9 des march\u00e9s internationaux et \u00e0 des risques sur leur souverainet\u00e9 agricole.<\/p>\n\n\n\n<p>La production d\u2019engrais azot\u00e9 est concentr\u00e9e dans quelques pays (Nig\u00e9ria et S\u00e9n\u00e9gal), accentuant les disparit\u00e9s r\u00e9gionales, tandis que le commerce intrar\u00e9gional, bien qu\u2019en progression, reste limit\u00e9. Cette situation souligne l\u2019importance de strat\u00e9gies r\u00e9gionales coordonn\u00e9es pour renforcer la production locale d\u2019engrais azot\u00e9s, notamment en s\u2019appuyant sur les ressources en gaz naturel du Nig\u00e9ria, mais dont la disponibilit\u00e9 est menac\u00e9e par l\u2019instabilit\u00e9 politique et financi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la production locale de phosphates conna\u00eet une certaine dynamique, notamment au Togo et au S\u00e9n\u00e9gal, la fili\u00e8re reste confront\u00e9e \u00e0 des d\u00e9fis majeurs : la difficult\u00e9 \u00e0 structurer et \u00e0 maintenir une fili\u00e8re de production industrielle, la volatilit\u00e9 des prix li\u00e9e aux tensions g\u00e9opolitiques mondiales et la concurrence des grands producteurs mondiaux, notamment le Maroc et la F\u00e9d\u00e9ration de Russie. Le d\u00e9veloppement du secteur doit \u00e9galement int\u00e9grer la gestion du risque de pollution au cadmium pr\u00e9sent dans certains engrais phosphat\u00e9s (en particulier les gisements s\u00e9dimentaires), afin de pr\u00e9server la sant\u00e9 des sols et des populations.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9serves de potasse, quant \u00e0 elles, sont inexistantes dans la r\u00e9gion, rendant l\u2019Afrique de l\u2019Ouest enti\u00e8rement d\u00e9pendante de ses importations pour cet intrant strat\u00e9gique, au risque d\u2019une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue face aux crises g\u00e9opolitiques et financi\u00e8res. Dans ce contexte, la diversification des partenaires commerciaux, le renforcement du commerce intrar\u00e9gional et l\u2019exploration d\u2019alternatives telles que la biofertilisation ou le recyclage des min\u00e9raux issus des milieux urbains apparaissent comme des leviers prometteurs pour renforcer la r\u00e9silience agricole.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enjeu est donc de mener une r\u00e9flexion strat\u00e9gique collective, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale et internationale, afin de garantir la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et de limiter la d\u00e9pendance aux importations d\u2019intrants, tout en s\u2019appuyant sur les opportunit\u00e9s offertes par les ressources locales et l\u2019adoption de pratiques agro\u00e9cologiques.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Fertiliser autrement pour une meilleure sant\u00e9 des sols\u00a0: analyse des politiques publiques de fertilit\u00e9 des sols au S\u00e9n\u00e9gal<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans le sillage de l\u2019initiative continentale d\u2019Abuja (2006) encourageant l\u2019usage des engrais, le S\u00e9n\u00e9gal a plac\u00e9 la fertilisation min\u00e9rale au c\u0153ur de sa strat\u00e9gie de gestion de la fertilit\u00e9 des sols. Le gouvernement subventionne notamment les engrais \u00e0 base d\u2019azote (ur\u00e9e ou DAP) ou les compos\u00e9s d\u2019azote, phosphore et potassium, avec l\u2019objectif de faciliter l\u2019acc\u00e8s de ces intrants. Ce soutien p\u00e8se lourd dans les aides destin\u00e9es aux producteurs agricoles et aux zones rurales selon l\u2019Observatoire des soutiens publics de la Fondation FARM. Ces derni\u00e8res repr\u00e9sentent environ 20 % des d\u00e9penses de soutien \u00e0 l\u2019agriculture alors que 70 % sont consacr\u00e9s \u00e0 la fourniture de \u00ab services collectifs \u00bb (des investissements qui ne sont pas directement destin\u00e9s \u00e0 l\u2019agriculture, car englobant souvent des services ruraux plus larges).<\/p>\n\n\n\n<p>En 2024, pr\u00e8s de 40 % du budget allou\u00e9 aux intrants agricoles a \u00e9t\u00e9 d\u00e9di\u00e9 aux seuls engrais, une enveloppe budg\u00e9taire cons\u00e9quente de pr\u00e8s de 40 milliards de francs CFA. Bien que ces subventions constituent un soutien direct majeur \u00e0 la production, elles ne suffisent pas \u00e0 garantir une disponibilit\u00e9 \u00e0 la hauteur des besoins en nutriments. Malgr\u00e9 son importance, cette approche centr\u00e9e sur les engrais n\u2019a pas permis d\u2019assurer des gains de productivit\u00e9 suffisants sur le long terme ni d\u2019enrayer la d\u00e9gradation des sols. Les programmes de subventions aux engrais n\u2019ont eu qu\u2019un impact modeste sur les rendements des producteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>La transition vers une gestion durable de la sant\u00e9 des sols n\u00e9cessite de combiner la fertilisation min\u00e9rale et des pratiques agro\u00e9cologiques telles que l\u2019agroforesterie, la rotation des cultures et la gestion organique des sols. Cela n\u00e9cessite aussi une prise en compte de ces enjeux dans les politiques publiques, une volont\u00e9 affich\u00e9e par le S\u00e9n\u00e9gal avec l\u2019int\u00e9gration de l\u2019agro\u00e9cologie dans le PSE Vert et un soutien croissant aux engrais organiques (10 % du budget initialement, avec l\u2019objectif affich\u00e9 de passer \u00e0 20 %). Le d\u00e9veloppement du march\u00e9 des engrais organiques est cependant frein\u00e9 par la disponibilit\u00e9 limit\u00e9e en mati\u00e8re organique, le besoin d\u2019investissements dans la transformation locale et la structuration de fili\u00e8res territorialis\u00e9es. Enfin, la diffusion des pratiques agro\u00e9cologiques demeure confront\u00e9e \u00e0 des d\u00e9fis institutionnels, techniques et financiers, n\u00e9cessitant un accompagnement renforc\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et de ses partenaires pour garantir la durabilit\u00e9 des syst\u00e8mes de production agricole.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h3>\n\n\n\n<p>La Fondation FARM retient les pistes d\u2019action suivantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Soutenir l\u2019intensification agro\u00e9cologique \u00e0 travers des programmes d\u2019appui technique, de formation et de conseil agricole adapt\u00e9s aux besoins des diff\u00e9rents types d\u2019exploitations, des sols et des cultures.<\/li>\n\n\n\n<li>Favoriser l\u2019acc\u00e8s aux intrants organiques et min\u00e9raux via des m\u00e9canismes de subvention, de cr\u00e9dit et d\u2019appui \u00e0 la structuration des fili\u00e8res locales.<\/li>\n\n\n\n<li>Renforcer la s\u00e9curit\u00e9 fonci\u00e8re pour inciter les producteurs \u00e0 investir dans la gestion durable de leurs sols.<\/li>\n\n\n\n<li>Explorer les sources alternatives et innovantes de mati\u00e8re organique et d\u2019\u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux, comme le recyclage des d\u00e9chets organiques urbains.<\/li>\n\n\n\n<li>Promouvoir la recherche-action et l\u2019innovation pour d\u00e9velopper des pratiques adapt\u00e9es aux contextes locaux et favoriser leur diffusion \u00e0 grande \u00e9chelle, notamment via le conseil et la formation, tout en s\u2019inspirant des pratiques traditionnelles d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9es.<\/li>\n\n\n\n<li>Maintenir et encourager les politiques publiques int\u00e9gr\u00e9es qui articulent soutien \u00e0 la fertilisation, transition agro\u00e9cologique et gestion des risques climatiques.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">En conclusion, la transition vers des syst\u00e8mes agricoles plus r\u00e9silients et durables en Afrique de l\u2019Ouest repose sur une combinaison d\u2019innovations techniques, de pratiques traditionnelles, d\u2019accompagnement institutionnel et d\u2019investissements cibl\u00e9s, afin de r\u00e9pondre aux d\u00e9fis de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, de la pr\u00e9servation des ressources naturelles et de l\u2019inclusion des agriculteurs familiaux.<\/h3>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Afrique de l\u2019Ouest traverse une p\u00e9riode de profondes mutations, marqu\u00e9e par des crises \u00e9conomiques, g\u00e9opolitiques et climatiques qui fragilisent la s\u00e9curit\u00e9 et la souverainet\u00e9 alimentaires. La pand\u00e9mie de Covid-19 et l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie et plus r\u00e9cemment le conflit au Moyen Orient ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 structurelle des syst\u00e8mes agricoles ouest-africains, notamment face \u00e0 la volatilit\u00e9 des prix des engrais NPK (azote, phosphore, potassium), essentiels dans un contexte de d\u00e9gradation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des sols.<\/p>","protected":false},"author":11329,"featured_media":38287,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[43],"tags":[81,99,89],"thematique":[117],"annee":[181],"class_list":["post-38282","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politiques-publiques","tag-agriculture","tag-economie","tag-financement","thematique-fertilite-des-sols","annee-181"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38282","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11329"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38282"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38282\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":38286,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38282\/revisions\/38286"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/38287"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38282"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38282"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38282"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=38282"},{"taxonomy":"annee","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/annee?post=38282"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}