{"id":21243,"date":"2024-03-12T14:52:55","date_gmt":"2024-03-12T13:52:55","guid":{"rendered":"https:\/\/fondation-farm.org\/?p=21243"},"modified":"2024-05-23T11:24:14","modified_gmt":"2024-05-23T09:24:14","slug":"biointrants-alternatives-pesticides-amerique-sud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/biointrants-alternatives-pesticides-amerique-sud\/","title":{"rendered":"Bio-inputs and microorganisms, alternatives to pesticides in South America?"},"content":{"rendered":"\n<section class=\"texte-image pictogrammes texte blanc \">\n\n    \n    <div class=\"bloc-main container\">  \n\n                <div class=\"contenu\">            \n            <div class=\"colonne\">\n                <p><strong>L\u2019Am\u00e9rique du Sud fournit 15 % des produits agricoles mondiaux. Canne \u00e0 sucre, ma\u00efs et soja constituent 80 % de la production locale et sont principalement destin\u00e9s \u00e0 l\u2019export vers l\u2019Europe, l\u2019Asie et l\u2019Am\u00e9rique du Nord. Dans les grandes fermes, les pesticides issus de la chimie sont largement employ\u00e9s, \u00e0 des niveaux parmi les plus \u00e9lev\u00e9s au monde. La Fondation FARM a interrog\u00e9 deux chercheurs experts du sujet afin de comprendre les trajectoires envisag\u00e9es pour r\u00e9duire l\u2019usage de pesticides dans ces pays.\u00a0 <\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_21244\" aria-describedby=\"caption-attachment-21244\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-21244\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ITV-pesticides-bresil-JB-1024x613.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"613\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ITV-pesticides-bresil-JB-1024x613.jpg 1024w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ITV-pesticides-bresil-JB-300x179.jpg 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ITV-pesticides-bresil-JB-768x460.jpg 768w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ITV-pesticides-bresil-JB-1536x919.jpg 1536w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ITV-pesticides-bresil-JB-2048x1225.jpg 2048w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ITV-pesticides-bresil-JB-1500x897.jpg 1500w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/ITV-pesticides-bresil-JB-2000x1197.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-21244\" class=\"wp-caption-text\">Plantation intensive de soja (DR)<\/figcaption><\/figure>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9cio Karam<\/strong> est chercheur \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.embrapa.br\/en\/international\">l\u2019EMBRAPA<\/a> (Institut f\u00e9d\u00e9ral br\u00e9silien de recherche agricole, rattach\u00e9 au minist\u00e8re de l\u2019Agriculture), sp\u00e9cialiste de la lutte contre les mauvaises herbes dans les cultures de ma\u00efs et sorgho. Il a la charge du portefeuille de projets de l\u2019EMBRAPA intitul\u00e9 \u00ab gestion int\u00e9gr\u00e9e des produits agrochimiques \u00bb, qui a pour objectif de rationaliser l\u2019utilisation et minimiser les impacts de ces produits dans les diff\u00e9rents agro-\u00e9cosyst\u00e8mes br\u00e9siliens.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Goulet <\/strong>est chercheur au <a href=\"https:\/\/www.cirad.fr\/\">CIRAD<\/a> (Centre de coop\u00e9ration internationale en recherche agronomique pour le d\u00e9veloppement, France), il est bas\u00e9 au Mexique, apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es pass\u00e9es au Br\u00e9sil. Ses recherches portent notamment sur l\u2019\u00e9mergence des technologies de bio-intrants dans l\u2019agriculture, les transformations de la recherche agricole en r\u00e9ponse aux d\u00e9fis soci\u00e9taux, ainsi que la production et le partage des connaissances entre les agriculteurs<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<strong style=\"font-size: 1.2rem;\"><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>L&rsquo;Am\u00e9rique du Sud concentre les usages les plus importants de pesticides chimiques. Qu\u2019est-ce qui explique cette tendance ? <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><u>Decio Karam (EMBRAPA)<\/u><\/strong><strong>\u00a0:<\/strong> Au Br\u00e9sil coexistent des syst\u00e8mes agraires tr\u00e8s diff\u00e9rents, entre les grandes cultures (soja, ma\u00efs, coton, etc.) qui sont produites sur de grandes surfaces et les autres productions agricoles. Notre climat permet une grande diversit\u00e9 de cultures et m\u00eame plusieurs cultures la m\u00eame ann\u00e9e. C\u2019est le cas aussi pour les mauvaises herbes\u00a0: elles peuvent r\u00e9aliser plusieurs cycles de reproduction la m\u00eame ann\u00e9e, germer et r\u00e9-infester le champ cultiv\u00e9 tr\u00e8s rapidement.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame pour les insectes et les microorganismes. Les conditions de temp\u00e9rature et d\u2019humidit\u00e9 leur permettent d\u2019avoir plusieurs cycles de d\u00e9veloppement la m\u00eame ann\u00e9e. Cela conduit les agriculteurs \u00e0 une utilisation fr\u00e9quente de produits de traitement dans leurs champs. <strong>La croissance de l\u2019utilisation des pesticides va de pair avec l\u2019expansion du syst\u00e8me agricole bas\u00e9 sur le soja et le ma\u00efs<\/strong> qui s\u2019est tr\u00e8s fortement d\u00e9velopp\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990. Il est d\u2019ailleurs tr\u00e8s difficile d\u2019imaginer de produire aujourd\u2019hui du ma\u00efs ou du soja sans pesticides.<\/p>\n<p>L\u2019intensification explique, selon moi, la croissance de l\u2019utilisation des pesticides. Les agriculteurs r\u00e9alisent presque syst\u00e9matiquement deux r\u00e9coltes sur la m\u00eame surface la m\u00eame ann\u00e9e\u00a0: une premi\u00e8re r\u00e9colte de soja ou de ma\u00efs, puis une deuxi\u00e8me r\u00e9colte de ma\u00efs. La quantit\u00e9 d\u2019intrants par unit\u00e9 de surface augmente en cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>Mais les choses changent, notamment pour lutter contre les insectes ravageurs, puisque les agriculteurs utilisent de plus en plus de produits de biocontr\u00f4le.<\/p>\n<p><strong><u>Fr\u00e9d\u00e9ric Goulet\u00a0(CIRAD)<\/u><\/strong><strong> :<\/strong> A l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Am\u00e9rique du Sud, il y a des diversit\u00e9s entre pays et entre cultures. Tous ne partagent pas le m\u00eame mod\u00e8le agricole. Il faut distinguer les pays andins et les pays de ce que j\u2019appellerai le bassin soja\u00a0(Br\u00e9sil, Argentine, Uruguay, Paraguay). Les cultures les plus consommatrices de pesticides sont effectivement les grandes cultures (ma\u00efs, soja), mais \u00e9galement l\u2019arboriculture. Le boom du soja\u00a0depuis le milieu des ann\u00e9es 1990 a fait augmenter l\u2019utilisation de pesticides : il s\u2019agissait &#8211; et c\u2019est toujours le cas &#8211; de produire \u00e0 bas co\u00fbt, sur de tr\u00e8s grandes surfaces, du soja destin\u00e9 \u00e0 l\u2019export. C\u2019est un mod\u00e8le agricole tr\u00e8s technique, tr\u00e8s consommateur d\u2019intrants chimiques. La volont\u00e9 de r\u00e9duction d\u2019utilisation des intrants \u00e9tait quasi absente jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, l\u2019enjeu \u00e9tait au contraire d\u2019am\u00e9liorer les conditions logistiques pour y avoir acc\u00e8s.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, on observe un renversement, motiv\u00e9 par la hausse du co\u00fbt des engrais et par les normes de r\u00e9sidus de produits chimiques\u00a0impos\u00e9s par les clients importateurs de l\u2019Union europ\u00e9enne et des Etats-Unis. <strong>Les politiques commerciales sont un moteur de transformation efficace sur le terrain, bien plus que la mobilisation ou la pression sociale pour la r\u00e9duction des pesticides chimiques<\/strong> qui ont finalement un pouvoir tr\u00e8s relatif face aux lobbies agroindustriels, notamment au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-21246\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Photo-chercheurs-cirad-bresil-pesticides-JB-1024x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"700\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Photo-chercheurs-cirad-bresil-pesticides-JB-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Photo-chercheurs-cirad-bresil-pesticides-JB-300x300.jpg 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Photo-chercheurs-cirad-bresil-pesticides-JB-150x150.jpg 150w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Photo-chercheurs-cirad-bresil-pesticides-JB-768x768.jpg 768w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Photo-chercheurs-cirad-bresil-pesticides-JB-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Photo-chercheurs-cirad-bresil-pesticides-JB-2048x2048.jpg 2048w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Photo-chercheurs-cirad-bresil-pesticides-JB-1500x1500.jpg 1500w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Photo-chercheurs-cirad-bresil-pesticides-JB-2000x2000.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/p>\n<p><strong><em>Quelles strat\u00e9gies alternatives aux pesticides vous paraissent les plus pertinentes ? <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><u>Decio Karam<\/u><\/strong><strong> : <\/strong>Au sein de l\u2019EMBRAPA, nous avons d\u00e9velopp\u00e9 un programme \u00ab\u00a0<em>Rational Pesticides Management<\/em>\u00a0\u00bb, qui \u00e9tudie les cons\u00e9quences des usages de pesticides chimiques. Nous proposons des alternatives pour en r\u00e9duire l\u2019utilisation.<\/p>\n<p>Pour cela, nous identifions 3 axes de travail. Le premier est l\u2019utilisation de m\u00e9thodes de <strong>contr\u00f4le biologique des insectes<\/strong>. Ces produits, commun\u00e9ment appel\u00e9s biocontr\u00f4le, sont de plus en plus utilis\u00e9s en substitution aux insecticides chimiques. C\u2019est le cas par exemple dans la grande majorit\u00e9 des plantations de canne \u00e0 sucre<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me est l\u2019utilisation de <strong>couverts v\u00e9g\u00e9taux<\/strong> entre chaque culture successive. Ils sont surtout utilis\u00e9s pour prot\u00e9ger les sols, retenir l\u2019humidit\u00e9. Nous constatons qu\u2019ils ont \u00e9galement un b\u00e9n\u00e9fice positif sur la sant\u00e9 des cultures (les plantes sont plus r\u00e9sistantes) tout en r\u00e9gulant la pr\u00e9sence des ravageurs. Par exemple, dans la r\u00e9gion du Cerrado (Br\u00e9sil), les agriculteurs font pousser des <em>Brachiaria<\/em> (une plante herbac\u00e9e qui donne un p\u00e2turage int\u00e9ressant) avant de semer du soja.<\/p>\n<p>Enfin, il y a <strong>l\u2019innovation g\u00e9n\u00e9tique et les semences<\/strong>. Nous investissons dans ces biotechnologies, en collaboration avec des acteurs priv\u00e9s.<\/p>\n<p><strong><u>Fr\u00e9d\u00e9ric Goulet<\/u><\/strong><strong>\u00a0:<\/strong> Le Br\u00e9sil et l\u2019Argentine ont en effet mis en place ces derni\u00e8res ann\u00e9es des politiques agricoles qui visent explicitement \u00e0 <strong>promouvoir les \u00ab\u00a0bio-intrants\u00a0\u00bb<\/strong> comme alternatives aux produits chimiques. Cette famille de produits regroupe des produits de biocontr\u00f4le et des biofertilisants. Une grande majorit\u00e9 des pays de la r\u00e9gion a \u00e9galement mis en place des programmes nationaux, des projets l\u00e9gislatifs, des appuis \u00e0 la recherche ou des soutiens \u00e0 l\u2019industrie pour d\u00e9velopper ce secteur. C\u2019est un vrai tournant, tr\u00e8s prometteur, qui s\u2019est op\u00e9r\u00e9 il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9e vers l\u2019utilisation de microorganismes (bact\u00e9ries, champignons et non plus seulement insectes) comme bio-intrants. On est loin de l\u2019image de l\u2019\u00e9levage d\u2019insectes que l\u2019on peut avoir en Europe car il s\u2019agit ici de biotechnologies.<\/p>\n<p>L\u2019usage d\u2019intrants d\u2019origine biologique est une pratique ancestrale. La diffusion de ces technologies aux agriculteurs a pris un essor consid\u00e9rable ces derni\u00e8res ann\u00e9es, notamment gr\u00e2ce aux entrepreneurs priv\u00e9s qui ont investi dans les innovations issues de la recherche publique. De plus, ce qui est int\u00e9ressant avec les microorganismes, c\u2019est qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence des produits de synth\u00e8se, les agriculteurs peuvent les produire eux-m\u00eames \u00e0 la ferme. Il n\u2019est pas rare de voir <strong>de grandes exploitations agricoles qui ont install\u00e9 des unit\u00e9s de production et de multiplication de microorganismes<\/strong>. Une \u00e9conomie de service s\u2019est cr\u00e9\u00e9e\u00a0: fourniture de l\u2019installation cl\u00e9 en main, des souches de bact\u00e9ries, des milieux de cultures, de conseil, etc. Un r\u00e9seau de producteurs s\u2019est d\u2019ailleurs structur\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle f\u00e9d\u00e9rale, le GAAS (Groupe associ\u00e9 pour l\u2019agriculture durable). Les agriculteurs s\u2019en emparent et partagent leur exp\u00e9rience, c\u2019est un secteur en pleine \u00e9bullition.<\/p>\n<p>Les bact\u00e9ries utilis\u00e9es fonctionnent \u00e0 la fois sur les fonctions de fertilisation et de protection des plantes. Des producteurs de ma\u00efs au Br\u00e9sil \u00e9voquent avoir diminu\u00e9 de moiti\u00e9 l\u2019utilisation d\u2019insecticides chimiques. Techniquement, \u00e7a marche et \u00e9conomiquement c\u2019est tr\u00e8s int\u00e9ressant. Donc, c\u2019est une voie qui permet aux producteurs de r\u00e9soudre l\u2019\u00e9quation entre la r\u00e9duction des produits phytosanitaires et la performance \u00e9conomique.<\/p>\n<p>L\u2019argument \u00e9conomique de la production \u00e0 la ferme de microorganismes \u2013 moins on\u00e9reuse que l\u2019achat de produits pr\u00eats \u00e0 l\u2019emploi &#8211; fait adh\u00e9rer les producteurs. Ils consid\u00e8rent les bio-intrants comme des alternatives moins on\u00e9reuses que les engrais et pesticides chimiques, sans pour autant remettre en cause leur syst\u00e8me de production. Mais en parall\u00e8le, sensibilis\u00e9s par des conseillers sp\u00e9cialis\u00e9s ou des firmes d\u2019intrants biologiques, ils comprennent que le raisonnement agronomique doit \u00eatre diff\u00e9rent, qu\u2019ils ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 allonger les cycles de rotation des cultures et \u00e0 diversifier les vari\u00e9t\u00e9s qu\u2019ils emploient. L\u2019utilisation d\u2019une nouvelle famille de technologies, les bio-intrants, est une porte d\u2019entr\u00e9e vers une r\u00e9flexion plus large au niveau du syst\u00e8me de production. Mais les bio-intrants ne se substituent pas totalement aux pesticides, la chimie reste un pilier d\u2019un mod\u00e8le agro-exportateur qui n\u2019est donc pas remis en cause pour le moment.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Quels sont les obstacles et les leviers \u00e0 activer pour diffuser plus largement des pratiques agricoles moins utilisatrices de pesticides chimiques ? <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><u>Decio Karam<\/u><\/strong><strong> : <\/strong>En premier lieu, il y a un r\u00e9el d\u00e9ficit d\u2019information, de formation et de <strong>conseil aupr\u00e8s des petits producteurs sur le sujet des pesticides<\/strong>, particuli\u00e8rement dans les fili\u00e8res vivri\u00e8res de fruits et l\u00e9gumes. Ces agriculteurs, dont les fermes ont des tailles tr\u00e8s modestes, sont les\u00a0parents pauvres\u00a0de la politique agricole, de ses soutiens et de ses r\u00e9glementations. Ils ne b\u00e9n\u00e9ficient pas des subventions allou\u00e9es aux fili\u00e8res majeures comme les grandes cultures (ma\u00efs et soja). Ils n\u2019ont pas non plus acc\u00e8s aux \u00e9quipements de protection et aux formations sur la bonne utilisation des produits chimiques. Les risques de contamination sont \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<p>Ensuite, il faut savoir qu\u2019au Br\u00e9sil, le processus d\u2019autorisation des nouveaux produits est en train de changer. Les d\u00e9cisions d\u2019homologation \u00e9taient jusque-l\u00e0 partag\u00e9es entre les minist\u00e8res de l\u2019Agriculture, de la Sant\u00e9 et de l\u2019Environnement et le processus durait 10 \u00e0 20 ans. La <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2024\/01\/03\/lula-promulgue-une-loi-qui-facilite-l-autorisation-de-nouveaux-pesticides-au-bresil_6208864_3244.html\">nouvelle loi<\/a> va acc\u00e9l\u00e9rer le <strong>processus d\u2019homologation des nouveaux pesticides<\/strong> <strong>avec un d\u00e9lai maximal de 2 ans.<\/strong> Les liens entre le Parlement et les grands agriculteurs sont d\u00e9sormais plus \u00e9troits.<\/p>\n<p><strong><u>Fr\u00e9d\u00e9ric Goulet<\/u><\/strong><strong>\u00a0:<\/strong> Concernant les grandes cultures, soyons clairs, c\u2019est toujours la logique de la rentabilit\u00e9 \u00e9conomique qui prime, avant la question de la durabilit\u00e9 environnementale. Au Br\u00e9sil, en Argentine et au Mexique plus r\u00e9cemment, le contexte est cependant porteur pour l\u2019innovation dans les grandes cultures d\u2019exportation. Le monde agricole y est extr\u00eamement innovant, tr\u00e8s technologis\u00e9 et index\u00e9 sur la comp\u00e9tition internationale. Les bio-intrants profitent dans ce contexte d\u2019un alignement favorable entre l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me d\u2019innovation scientifique, le secteur \u00e9conomique et politique. Cela en fait une voie d\u2019avenir pour r\u00e9duire la d\u00e9pendance aux intrants chimiques, fertilisants et pesticides.<\/p>\n<p>Le soja, les c\u00e9r\u00e9ales, les agrumes et le caf\u00e9 sont des fili\u00e8res qui \u00e9voluent, motiv\u00e9es par les normes relatives aux r\u00e9sidus de pesticides impos\u00e9s par les clients importateurs. <strong>Du cot\u00e9 des petits producteurs et de l\u2019agriculture familiale, le panorama est un peu diff\u00e9rent. Ils sont parfois convaincus depuis longtemps par l\u2019usage d\u2019intrants naturels et de microorganismes.<\/strong> Au Br\u00e9sil le gouvernement Lula envisage d\u2019ailleurs un programme de soutien pour faciliter l\u2019installation de petites unit\u00e9s de fabrication de bio-intrants dans les petites fermes familiales, comme c\u2019est le cas d\u00e9j\u00e0 au Mexique et dans d\u2019autres pays.<\/p>\n<p>C\u2019est quand m\u00eame un succ\u00e8s de constater que les solutions techniques propos\u00e9es par la recherche sont adopt\u00e9es par le terrain et soutenues au niveau politique. Mais un tel engouement pour la production de microorganismes \u00e0 la ferme n\u2019est pas sans risques. Les scientifiques mettent en avant le risque biologique li\u00e9 \u00e0 la multiplication de microorganismes ind\u00e9sirables et \u00e0 la diss\u00e9mination des bact\u00e9ries r\u00e9sistantes. Comment r\u00e9glementer et contr\u00f4ler \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un pays comme le Br\u00e9sil\u00a0? Avant tout<strong>, il faut former\u00a0les agriculteurs, les techniciens et les conseillers sur l\u2019usage des microorganismes. <\/strong>Des politiques publiques sont \u00e9galement n\u00e9cessaires pour accompagner leur d\u00e9veloppement et leur utilisation.<\/p>\n<p>*****<\/p>\n<p><strong>A travers <\/strong><a href=\"https:\/\/www.pretag.org\/\"><strong>l\u2019initiative Pretag<\/strong><\/a><strong>\u00a0(Pesticide Reduction for Tropical Agricultures), la Fondation FARM s\u2019engage aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Agropolis Fondation afin de soutenir la production de connaissances et de solutions<\/strong><em><strong> pour la r\u00e9duction des pesticides dans les agricultures du Sud global<\/strong><\/em><strong>.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Coordonn\u00e9e par le\u00a0CIRAD, <\/strong>cette initiative\u00a0a l\u2019ambition de construire, avec diff\u00e9rents acteurs priv\u00e9s et publics, des trajectoires de r\u00e9duction effective de l\u2019utilisation des pesticides chimiques, en s\u2019appuyant notamment sur des plateformes multiacteurs dans les fili\u00e8res\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li><strong>maraichage<\/strong> en Afrique de l\u2019Ouest,<\/li>\n<li><strong>riz<\/strong> en Asie (Cambodge),<\/li>\n<li><strong>caf\u00e9<\/strong> en Am\u00e9rique Centrale,<\/li>\n<li><strong>cacao<\/strong> en Afrique de l\u2019Ouest et Centrale<\/li>\n<li><strong>banane<\/strong> \u00ab\u00a0export\u00a0\u00bb dans les Antilles, en Afrique et en Am\u00e9rique Centrale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Goulet F., 2021. Intrants biologiques et politiques agricoles en Am\u00e9rique du Sud : entre ruptures et continuit\u00e9s. Montpellier, Cirad, Perspective 55. https:\/\/doi.org\/10.19182\/perspective\/36381<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Postali Parra, J. R., &amp; Coelho, A. (2019). Applied Biological Control in Brazil: From Laboratory Assays to Field Application. Journal of insect science (Online), 19(2), 5. https:\/\/doi.org\/10.1093\/jisesa\/iey112<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n            <\/div>           \n        <\/div>\n        \n        \n    <\/div>\n        \n<\/section>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chemical pesticides are widely used on large farms in Latin America, at some of the highest levels in the world. The FARM Foundation interviewed two researchers who are experts on the subject to understand the paths being considered to reduce pesticide use in these countries.  <\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":21244,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"thematique":[27],"annee":[75],"class_list":["post-21243","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-divers","thematique-securite-alimentaire-et-nutritionnelle","annee-75"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21243","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21243"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21243\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23524,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21243\/revisions\/23524"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21244"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21243"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21243"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21243"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=21243"},{"taxonomy":"annee","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/annee?post=21243"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}