{"id":2025,"date":"2022-06-13T17:23:51","date_gmt":"2022-06-13T15:23:51","guid":{"rendered":"https:\/\/fondation-farm.org\/?p=2025"},"modified":"2022-06-15T12:47:52","modified_gmt":"2022-06-15T10:47:52","slug":"crise-alimentaire-securite-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/crise-alimentaire-securite-mondiale\/","title":{"rendered":"We can (and must) stop the crisis in international markets"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<section class=\"texte-image pictogrammes texte blanc \">\n\n    \n    <div class=\"bloc-main container\">  \n\n                <div class=\"contenu\">            \n            <div class=\"colonne\">\n                <p><strong>Les prix flambent sur les march\u00e9s internationaux. Notamment ceux de produits alimentaires essentiels comme les c\u00e9r\u00e9ales et les huiles v\u00e9g\u00e9tales. Une forte augmentation de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire et de la malnutrition dans de nombreuses r\u00e9gions du monde est \u00e0 craindre. On redoute la survenue d\u2019\u00e9meutes urbaines et de troubles politiques comme cela s\u2019\u00e9tait produit dans de nombreux pays au cours des crises pr\u00e9c\u00e9dentes (en 2008 et 2011). Quelles sont les causes profondes de la crise et comment la stopper\u00a0? Des m\u00e9canismes existent et permettraient aussi\u00a0de pr\u00e9venir ou de g\u00e9rer les prochaines crises.<\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_2006\" aria-describedby=\"caption-attachment-2006\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2006 size-large\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/prices-for-buckwheat-rising-prices-for-crops-global-food-crisis-rising-prices-in-the-us-financial-1024x683.jpg\" alt=\"Comment mettre fin \u00e0 la hausse des prix ?\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/prices-for-buckwheat-rising-prices-for-crops-global-food-crisis-rising-prices-in-the-us-financial-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/prices-for-buckwheat-rising-prices-for-crops-global-food-crisis-rising-prices-in-the-us-financial-300x200.jpg 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/prices-for-buckwheat-rising-prices-for-crops-global-food-crisis-rising-prices-in-the-us-financial-768x513.jpg 768w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/prices-for-buckwheat-rising-prices-for-crops-global-food-crisis-rising-prices-in-the-us-financial-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/prices-for-buckwheat-rising-prices-for-crops-global-food-crisis-rising-prices-in-the-us-financial-2048x1367.jpg 2048w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/prices-for-buckwheat-rising-prices-for-crops-global-food-crisis-rising-prices-in-the-us-financial-1500x1001.jpg 1500w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/prices-for-buckwheat-rising-prices-for-crops-global-food-crisis-rising-prices-in-the-us-financial-2000x1335.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2006\" class=\"wp-caption-text\">Comment mettre fin \u00e0 la hausse des prix ?<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Une crise \u00e0 double d\u00e9tente <\/strong><\/p>\n<p>La premi\u00e8re question est celle du pourquoi. La r\u00e9ponse semble \u00e9vidente\u00a0: la crise est due \u00e0 la guerre en Ukraine. C\u2019est pourtant plus compliqu\u00e9. Car les prix ont commenc\u00e9 \u00e0 augmenter \u00e0 la mi-2020 comme cela peut \u00eatre facilement visualis\u00e9 sur les graphiques 1 et 2 o\u00f9 le trait vertical en pointill\u00e9s repr\u00e9sente le d\u00e9but de la guerre en Ukraine. A la veille de la guerre, les prix avaient d\u00e9j\u00e0 pratiquement doubl\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2046\" aria-describedby=\"caption-attachment-2046\" style=\"width: 915px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2046 size-full\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph1-_V2.png\" alt=\"\u00c9volution du prix des c\u00e9r\u00e9ales\" width=\"915\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph1-_V2.png 915w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph1-_V2-300x197.png 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph1-_V2-768x504.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 915px) 100vw, 915px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2046\" class=\"wp-caption-text\">\u00c9volution du prix des c\u00e9r\u00e9ales<\/figcaption><\/figure>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_2047\" aria-describedby=\"caption-attachment-2047\" style=\"width: 920px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2047 size-full\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph2_V2.png\" alt=\"\u00c9volution du prix des huiles v\u00e9g\u00e9tales\" width=\"920\" height=\"603\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph2_V2.png 920w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph2_V2-300x197.png 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph2_V2-768x503.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 920px) 100vw, 920px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2047\" class=\"wp-caption-text\">\u00c9volution du prix des huiles v\u00e9g\u00e9tales<\/figcaption><\/figure>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, la guerre en Ukraine n\u2019a rien arrang\u00e9. Cette r\u00e9gion du monde (Ukraine + Russie) produit une part significative du bl\u00e9 et du ma\u00efs export\u00e9 sur les march\u00e9s internationaux (environ 20%) et il en est de m\u00eame pour les huiles v\u00e9g\u00e9tales (notamment celle de tournesol) et pour les engrais azot\u00e9s. Pour l\u2019instant, ce n\u2019est pas tant la production qui est compromise que les exportations (qui se faisaient traditionnellement par les ports de la mer Noire).<\/p>\n<p>Mais l\u2019essentiel de la hausse des prix s\u2019est produit avant la guerre en Ukraine. Et il ne s\u2019agit pas l\u00e0 d\u2019un d\u00e9tail. Car si les prix alimentaires, notamment ceux du ma\u00efs, du bl\u00e9 et des huiles v\u00e9g\u00e9tales, ont fortement augment\u00e9 depuis la mi-2020, c\u2019est parce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9s \u00e0 la hausse par le prix des \u00e9nergies fossiles (p\u00e9trole et gaz naturel). Ce qui est en cause, c\u2019est donc notre mod\u00e8le de production agricole bas\u00e9 sur l\u2019utilisation intense de ces \u00e9nergies : intrants chimiques (notamment les engrais azot\u00e9s fabriqu\u00e9s avec du gaz naturel), m\u00e9canisation, transport \u00e0 grande distance. Ce qui est en cause, c\u2019est surtout notre utilisation massive de produits alimentaires pour fabriquer du carburant, surtout aux Etats-Unis (ma\u00efs) et dans l\u2019Union europ\u00e9enne (colza). Une utilisation qui lie tr\u00e8s fortement le prix des c\u00e9r\u00e9ales (ma\u00efs et bl\u00e9) et des huiles v\u00e9g\u00e9tales aux prix des \u00e9nergies fossiles.<\/p>\n<p>Alors bien s\u00fbr la guerre en Ukraine a prolong\u00e9 et amplifi\u00e9 la crise mais lui en attribuer l\u2019enti\u00e8re responsabilit\u00e9 est factuellement inexact. Nous (Europ\u00e9ens et Am\u00e9ricains du nord) avons aussi notre (grande) part de responsabilit\u00e9 et il nous revient de l\u2019assumer.<\/p>\n<p>Justement, nous avons les moyens de stopper la crise.<\/p>\n<p><strong>Stopper la crise<\/strong><\/p>\n<p>Car la principale cause du mal (les agrocarburants) pourrait bien s\u2019av\u00e9rer \u00eatre aussi la solution. Le graphique 3 permet de visualiser le lien, tr\u00e8s fort depuis 2008, entre le prix du p\u00e9trole et celui du ma\u00efs. Ce lien est asym\u00e9trique\u00a0: quand le prix du p\u00e9trole augmente, le prix du ma\u00efs augmente\u00a0mais quand le prix du p\u00e9trole baisse, le prix du ma\u00efs ne baisse que jusqu\u2019\u00e0 un certain niveau \u00e0 partir duquel il se stabilise (on observe un \u00ab\u00a0plancher\u00a0\u00bb).<\/p>\n<figure id=\"attachment_2048\" aria-describedby=\"caption-attachment-2048\" style=\"width: 917px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2048 size-full\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph-3-v2.png\" alt=\"\u00c9volution des prix depuis 2000\" width=\"917\" height=\"598\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph-3-v2.png 917w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph-3-v2-300x196.png 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph-3-v2-768x501.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 917px) 100vw, 917px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2048\" class=\"wp-caption-text\">\u00c9volution des prix depuis 2000<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ce prix-plancher est li\u00e9 aux politiques de soutien aux agrocarburants, en particulier aux mandats d\u2019incorporation qui rendent obligatoire l\u2019inclusion d\u2019un certain pourcentage d\u2019agrocarburants dans le carburant vendu \u00e0 la pompe. Cons\u00e9quence\u00a0: des quantit\u00e9s massives de ma\u00efs sont utilis\u00e9es pour fabriquer du carburant m\u00eame quand le prix du p\u00e9trole est suffisamment bas pour que cette utilisation ne soit pas rentable.<\/p>\n<p>Renverser ce m\u00e9canisme permettrait de r\u00e9soudre la crise actuelle\u00a0: il suffirait d\u2019interdire (ou tout au moins de plafonner) l\u2019utilisation de c\u00e9r\u00e9ales pour fabriquer du carburant pour ramener les prix internationaux du ma\u00efs (et par effet-rebond du bl\u00e9) \u00e0 des niveaux \u00ab\u00a0raisonnables\u00a0\u00bb. Les volumes concern\u00e9s sont en effet consid\u00e9rables\u00a0: aux Etats-Unis, 140 millions de tonnes de ma\u00efs sont utilis\u00e9s annuellement pour fabriquer du carburant. \u00c0 titre de comparaison, la \u00ab\u00a0taille\u00a0\u00bb du march\u00e9 international du ma\u00efs est d\u2019environ 200 millions de tonnes et celle du march\u00e9 international du bl\u00e9 est \u00e9quivalente. Et les exportations de bl\u00e9 et de ma\u00efs potentiellement compromises par le conflit ukrainien (les exportations de bl\u00e9 et de ma\u00efs de la Russie et de l\u2019Ukraine) s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 environ 85 millions de tonnes. Prendre simplement la moiti\u00e9 du ma\u00efs habituellement utilis\u00e9 pour fabriquer du carburant permettrait donc d\u2019effacer l\u2019effet de la guerre en Ukraine.<\/p>\n<p>Ceci concerne les c\u00e9r\u00e9ales, et les Etats-Unis. Nous, dans l\u2019Union europ\u00e9enne, utilisons peu de c\u00e9r\u00e9ales pour fabriquer du carburant. En revanche, nous utilisons pour cela d\u2019\u00e9normes quantit\u00e9s d\u2019huiles v\u00e9g\u00e9tales (environ 11\u00a0millions de tonnes, ce qui repr\u00e9sente 45\u00a0% de la consommation de l\u2019Union europ\u00e9enne). Notre responsabilit\u00e9 dans la hausse du prix des c\u00e9r\u00e9ales est faible, mais pour les huiles v\u00e9g\u00e9tales, nous sommes en premi\u00e8re ligne.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2049\" aria-describedby=\"caption-attachment-2049\" style=\"width: 915px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2049 size-full\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph-4-v2.png\" alt=\"\u00c9volution des prix depuis 2000\" width=\"915\" height=\"594\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph-4-v2.png 915w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph-4-v2-300x195.png 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/graph-4-v2-768x499.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 915px) 100vw, 915px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2049\" class=\"wp-caption-text\">\u00c9volution des prix depuis 2000<\/figcaption><\/figure>\n<p>Du reste, pour les huiles v\u00e9g\u00e9tales, le m\u00e9canisme est \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame que pour les c\u00e9r\u00e9ales avec un lien asym\u00e9trique entre prix du p\u00e9trole et prix des huiles (voir graphique 4). Et les proportions sont aussi \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames\u00a0: les exportations d\u2019huiles v\u00e9g\u00e9tales compromises par le conflit ukrainien s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 6 millions de tonnes alors que dans l\u2019Union europ\u00e9enne 11 millions de tonnes d\u2019huiles v\u00e9g\u00e9tales (essentiellement de l\u2019huile de colza) sont utilis\u00e9es pour fabriquer du carburant. Comme pour le ma\u00efs, en prendre la moiti\u00e9 permettrait d\u2019annuler les effets de la guerre en Ukraine.<\/p>\n<p>Nous nous trouvons donc \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. Soit continuer \u00e0 proposer des mesures dont nous savons bien qu\u2019au mieux elles ne permettront que d\u2019amortir un peu les effets de la crise (augmentation de l\u2019aide alimentaire, demande aux pays de ne pas restreindre les exportations destin\u00e9es au Programme alimentaire mondial, demande aux pays de renforcer la transparence sur leurs stocks et leurs politiques, etc.). Soit prendre nos responsabilit\u00e9s en stoppant cette crise que nous avons contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er \u00e0 travers nos politiques d\u2019appui aux agrocarburants. Nous en avons le pouvoir et aussi le devoir, mais le ferons-nous\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9venir les prochaines crises<\/strong><\/p>\n<p>Cette crise ne sera pas la derni\u00e8re qui se produira sur les march\u00e9s internationaux. Alors autant anticiper.<\/p>\n<p>Trois dispositifs peuvent \u00eatre envisag\u00e9s pour pr\u00e9venir ou g\u00e9rer les crises futures. Le premier consiste \u00e0 p\u00e9renniser le m\u00e9canisme propos\u00e9 plus haut pour r\u00e9soudre la crise actuelle. Il concerne donc le ma\u00efs, le bl\u00e9 et les huiles v\u00e9g\u00e9tales. Le second dispositif concerne le riz, une c\u00e9r\u00e9ale \u00ab\u00a0\u00e0 part\u00a0\u00bb, dont le prix est relativement d\u00e9connect\u00e9 de celui du bl\u00e9 et du ma\u00efs. Ce produit \u00e9chappe \u00e0 la crise actuelle mais il a connu et conna\u00eetra des crises qui affecteront la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, en Asie et aussi dans une partie de l\u2019Afrique et de l\u2019Am\u00e9rique latine. Il n\u2019est pas utilis\u00e9 pour fabriquer du carburant mais il existe un stock de riz \u00ab\u00a0dormant\u00a0\u00bb qui pourrait \u00eatre mobilis\u00e9. Le troisi\u00e8me dispositif est plus g\u00e9n\u00e9rique, il concerne les r\u00e8gles de l\u2019OMC sur les stocks publics.<\/p>\n<p><strong><em>R\u00e9guler l\u2019utilisation de produits alimentaires pour fabriquer du carburant<\/em><\/strong>. Il suffirait d\u2019\u00e9tablir que lorsque le prix international du ma\u00efs d\u00e9passe un niveau pr\u00e9d\u00e9fini, il est interdit d\u2019utiliser du ma\u00efs pour fabriquer du carburant. Ou encore de pr\u00e9voir un m\u00e9canisme graduel avec diff\u00e9rents seuils de prix d\u00e9clenchant des plafonds de plus en plus bas concernant la quantit\u00e9 de ma\u00efs pouvant \u00eatre utilis\u00e9e pour fabriquer du carburant. En somme, il s\u2019agirait de compl\u00e9ter le dispositif actuel (mandats d\u2019incorporation) par un dispositif sym\u00e9trique d\u00e9finissant des plafonds d\u2019utilisation. Un tel m\u00e9canisme se justifierait pleinement : puisque le dispositif actuel offre une protection aux producteurs face aux baisses de prix (les \u00ab planchers \u00bb observ\u00e9s), il serait l\u00e9gitime de leur demander d\u2019accepter un plafond quand les prix flambent. Un m\u00e9canisme similaire pourrait \u00eatre mis en place pour les huiles v\u00e9g\u00e9tales. Ceci reviendrait \u00e0 consid\u00e9rer les quantit\u00e9s de c\u00e9r\u00e9ales ou d\u2019huiles habituellement utilis\u00e9es pour fabriquer du carburant comme des \u00ab stocks virtuels \u00bb pouvant \u00eatre mobilis\u00e9s en situation de crise comme cela avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 apr\u00e8s la crise de 2008<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p><strong><em>Transformer le stock de riz \u00ab\u00a0OMC\u00a0\u00bb du Japon en stock virtuel<\/em><\/strong>. Au moment de son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019OMC, sous la pression des Etats-Unis, le Japon s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 importer chaque ann\u00e9e l\u2019\u00e9quivalent de 5 % de sa consommation de riz. Ce riz est import\u00e9 et stock\u00e9 par le gouvernement japonais (la population n\u2019en veut pas, elle pr\u00e9f\u00e8re le riz produit localement). Une partie est donn\u00e9 sous forme d\u2019aide alimentaire (et se retrouve par exemple dans les stocks publics des pays du Sahel), une autre est utilis\u00e9e pour nourrir le b\u00e9tail. Mais, bien s\u00fbr, le Japon n\u2019a pas le droit de r\u00e9exporter ce riz qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 contraint d\u2019importer. En 2008, suite \u00e0 la crise survenue sur le march\u00e9 international du riz, deux experts -Tom Slayton et Peter Timmer- ont sugg\u00e9r\u00e9 que le gouvernement des Etats-Unis devrait exceptionnellement autoriser le gouvernement japonais \u00e0 exporter tout ou partie de son \u00ab\u00a0stock OMC\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Cette autorisation a effectivement \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e et, sans m\u00eame que le Japon ait export\u00e9 un seul grain de riz, la crise s\u2019est termin\u00e9e sur le march\u00e9 du riz\u00a0:\u00a0le prix du riz est revenu \u00e0 des niveaux acceptables. En effet, anticipant une baisse des prix, les pays qui avaient bloqu\u00e9 leurs exportations ont supprim\u00e9 les prohibitions\u00a0et ceux qui cherchaient d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 importer \u00e0 n\u2019importe quel prix ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019attendre. \u00a0Une solution simple, efficace et gratuite (et qui arrangerait aussi le Japon) serait d\u2019automatiser ce processus en stipulant que le Japon sera imm\u00e9diatement autoris\u00e9 \u00e0 exporter son \u00ab\u00a0stock OMC\u00a0\u00bb d\u00e8s que le prix international du riz atteindra un niveau pr\u00e9d\u00e9fini.<\/p>\n<p><strong><em>R\u00e9former les r\u00e8gles de l\u2019OMC sur les stocks publics<\/em><\/strong>. Beaucoup de pays en d\u00e9veloppement (ou \u00e9mergents) poss\u00e8dent des stocks publics de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. L\u2019Etat ach\u00e8te et stocke des c\u00e9r\u00e9ales et les distribue ou les vend (parfois \u00e0 un prix subventionn\u00e9) lorsqu\u2019une crise alimentaire se produit. La pr\u00e9sence de tels stocks joue un r\u00f4le important pour la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire des pays qui les utilisent mais elle contribue aussi \u00e0 la stabilit\u00e9 des march\u00e9s internationaux. En effet, en cas de tensions sur ces march\u00e9s (hausses de prix, allongements des d\u00e9lais d\u2019importation, p\u00e9nuries), les pays importateurs ont tendance \u00e0 paniquer et \u00e0 importer massivement. Ce qui accentue la crise sur les march\u00e9s internationaux. Ainsi en 2008, on avait estim\u00e9 que 50 % de la hausse du prix international du riz s\u2019expliquait par ces importations paniques<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Disposer de stocks publics permet aux pays importateurs de ne pas c\u00e9der \u00e0 la panique. N\u00e9anmoins les r\u00e8gles de l\u2019OMC contraignent fortement la capacit\u00e9 des pays \u00e0 constituer de tels stocks<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Depuis 2012, sous l\u2019impulsion d\u2019un groupe de 33 pays \u00e9mergents ou en d\u00e9veloppement des n\u00e9gociations sont en cours pour r\u00e9former les r\u00e8gles de l\u2019OMC dans un sens qui donne plus de latitude aux pays pour constituer des stocks de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Mais ces n\u00e9gociations n\u2019ont toujours pas abouti, en grande partie du fait de l\u2019opposition des Etats-Unis et de l\u2019Union europ\u00e9enne. Entretemps, en 2019, la Chine (attaqu\u00e9e par les Etats-Unis) a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e pour non-respect de ses engagements \u00e0 l\u2019OMC concernant sa politique de stockage de bl\u00e9 et de riz. Qu\u2019arrivera-t-il si demain les grands pays comme la Chine ou l\u2019Inde ont moins de stocks et se tournent davantage vers les march\u00e9s internationaux lorsqu\u2019ils connaissent une mauvaise r\u00e9colte\u00a0? R\u00e9former les r\u00e8gles de l\u2019OMC sur les stocks publics semble plus que jamais n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Pour l\u2019essentiel, les clefs de ces trois m\u00e9canismes sont entre les mains des dirigeants des Etats-Unis et de l\u2019Union Europ\u00e9enne. Sauront-ils se montrer \u00e0 la hauteur des enjeux\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Wright, B., 2009. <em>International Grain Reserves and Other Instruments to Address Volatility in Grain Markets<\/em>. Policy Research Working Paper 5028, World Bank, Washington, DC.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Slayton, T., Timmer, P. (2008). <em>Japan, China and Thailand can solve the rice crisis\u2014but US leadership is needed<\/em>. CGD Notes (May), Washington, DC: Center for Global Development.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Headey, D., 2011. Rethinking the Global Food Crisis: The Role of Trade Shocks. <em>Food Policy<\/em> 36, 136-146<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Galtier, F., 2017. <em>Looking for a Permanent Solution on Public Stockholding Programmes at the WTO: Getting the Right Metrics on the Support Provided<\/em>. E15 Initiative. Geneva: International Centre for Trade and Sustainable Development (ICTSD) and World Economic Forum. www.e15initiative.org\/<\/p>\n            <\/div>           \n        <\/div>\n        \n        \n    <\/div>\n        \n<\/section>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>What are the root causes of the crisis and how can it be stopped? 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