{"id":1807,"date":"2021-06-07T16:20:00","date_gmt":"2021-06-07T14:20:00","guid":{"rendered":"https:\/\/fondation-farm.org\/?p=1807"},"modified":"2022-08-25T15:49:49","modified_gmt":"2022-08-25T13:49:49","slug":"la-dependance-alimentaire-de-lafrique-entre-inquietude-et-alarmisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/la-dependance-alimentaire-de-lafrique-entre-inquietude-et-alarmisme\/","title":{"rendered":"Africa&#039;s Food Dependence: Between Concern and Alarmism \u00a0"},"content":{"rendered":"\n<section class=\"texte-image pictogrammes texte blanc \">\n\n    \n    <div class=\"bloc-main container\">  \n\n                <div class=\"contenu\">            \n            <div class=\"colonne\">\n                <p><strong>Contrairement \u00e0 une opinion largement r\u00e9pandue, la d\u00e9pendance de l\u2019Afrique subsaharienne aux importations de produits alimentaires est relativement modeste : de l\u2019ordre de 15 \u00e0 20 % de la consommation. Elle pourrait s\u2019accro\u00eetre dans les prochaines d\u00e9cennies. Mais une fixation excessive sur cet indicateur risque d\u2019occulter les d\u00e9fis majeurs pos\u00e9s \u00e0 l\u2019agriculture et aux politiques publiques : augmenter la productivit\u00e9 du travail agricole, en particulier pour les petits producteurs, de mani\u00e8re soutenable pour l\u2019environnement ; et d\u00e9velopper la transformation des denr\u00e9es, pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande urbaine et cr\u00e9er des emplois.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3422\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Filieres-sacs.jpgMarche-alimentaire-afrique-1024x640.jpg\" alt=\"\" width=\"984\" height=\"615\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Filieres-sacs.jpgMarche-alimentaire-afrique-1024x640.jpg 1024w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Filieres-sacs.jpgMarche-alimentaire-afrique-300x188.jpg 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Filieres-sacs.jpgMarche-alimentaire-afrique-768x480.jpg 768w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Filieres-sacs.jpgMarche-alimentaire-afrique-1536x960.jpg 1536w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Filieres-sacs.jpgMarche-alimentaire-afrique-2048x1280.jpg 2048w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Filieres-sacs.jpgMarche-alimentaire-afrique-1500x938.jpg 1500w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Filieres-sacs.jpgMarche-alimentaire-afrique-2000x1250.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 984px) 100vw, 984px\" \/><\/p>\n<p>L\u2019image d\u2019une Afrique incapable de se nourrir est profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans l\u2019imaginaire non seulement des Occidentaux, mais \u00e9galement de beaucoup d\u2019Africains. Elle impr\u00e8gne les discours jusqu\u2019\u00e0 distordre la r\u00e9alit\u00e9, en noircissant \u00e0 l\u2019exc\u00e8s un tableau qui, en l\u2019\u00e9tat, suscite pourtant des inqui\u00e9tudes l\u00e9gitimes. Dans une note r\u00e9cente r\u00e9dig\u00e9e pour l\u2019association Sol<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, Jacques Berthelot accuse la Cnuced (Conf\u00e9rence des Nations unies sur le commerce et le d\u00e9veloppement) de <em>\u00ab\u00a0propage[r] le mythe d\u2019une \u00e9norme d\u00e9pendance alimentaire de l\u2019Afrique\u00a0\u00bb<\/em>, un responsable de cette organisation ayant affirm\u00e9, le 11\u00a0ao\u00fbt 2020, que <em>\u00ab\u00a0de 2016 \u00e0 2018, l\u2019Afrique a import\u00e9 environ 85 % de son alimentation de l\u2019ext\u00e9rieur du continent, ce qui a conduit \u00e0 une facture annuelle d\u2019importation alimentaire de 35\u00a0milliards de dollars, qui devrait atteindre 110 milliards de dollars d\u2019ici 2025\u00a0\u00bb<\/em>. La d\u00e9claration de ce responsable, publi\u00e9e sur les sites web de l\u2019Ocde et de la Cnuced, a rapidement circul\u00e9 dans le monde entier.<\/p>\n<p>Au terme d\u2019une analyse minutieuse, J. Berthelot rectifie les chiffres. Selon ses estimations, sur la p\u00e9riode 2016-18, la part des importations extra-africaines dans la valeur de la consommation alimentaire du continent \u00e9tait d\u2019environ 18 % si l\u2019on ne tient pas compte des exportations (compos\u00e9es essentiellement de produits peu consomm\u00e9s localement, comme le cacao) et de 6 % si l\u2019on int\u00e8gre celles-ci dans le calcul (autrement dit, si l\u2019on raisonne en termes d\u2019importations nettes). Pour l\u2019Afrique du Nord, les parts correspondantes sont respectivement de 29\u00a0% et 20\u00a0%\u00a0; pour l\u2019Afrique subsaharienne, de 13 % et 7 %. L\u2019Afrique de l\u2019Ouest serait m\u00eame exc\u00e9dentaire, gr\u00e2ce en particulier aux exportations de cacao. Au total, on est loin des 85 % \u00e9voqu\u00e9s plus haut<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, m\u00eame si la situation est tr\u00e8s variable selon les pays et les produits<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> <em>(tableau)<\/em>.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1808 size-full\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Blog-importation-dans-la-consommation-afrique-FARM.jpg\" alt=\"\" width=\"751\" height=\"292\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Blog-importation-dans-la-consommation-afrique-FARM.jpg 751w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Blog-importation-dans-la-consommation-afrique-FARM-300x117.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 751px) 100vw, 751px\" \/><\/p>\n<p>Ces estimations sont coh\u00e9rentes avec celles issues d\u2019autres calculs, exprimant la quantit\u00e9 de chaque denr\u00e9e en \u00e9quivalent calories alimentaires<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[4]<\/a>. En outre, note Nicolas Bricas, socio-\u00e9conomiste au Cirad, <em>\u00ab\u00a0quand on part des enqu\u00eates de consommation des m\u00e9nages, on se rend compte que leurs d\u00e9penses alimentaires sont tr\u00e8s majoritairement consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019achat de produits locaux\u00a0\u00bb<\/em>, m\u00eame si l\u2019Afrique importe effectivement des c\u00e9r\u00e9ales, de la poudre de lait et de l\u2019huile pour nourrir ses villes<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Encore faut-il mettre ces donn\u00e9es en perspective. S\u2019il est exact que l\u2019Afrique a r\u00e9alis\u00e9 des performances remarquables en mati\u00e8re de production agricole ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, il est non moins vrai que la production par t\u00eate a stagn\u00e9, voire r\u00e9gress\u00e9. Et si les importations restent relativement faibles, c\u2019est en grande partie \u00e0 cause de la pr\u00e9valence de la pauvret\u00e9, qui limite la consommation des m\u00e9nages. A la veille de la pand\u00e9mie de Covid-19, pr\u00e8s d\u2019un cinqui\u00e8me de la population de la r\u00e9gion (y compris l\u2019Afrique du Nord) \u00e9tait sous-aliment\u00e9e\u00a0; la moiti\u00e9 d\u2019entre elle souffrait d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire \u00ab\u00a0mod\u00e9r\u00e9e ou grave\u00a0\u00bb, selon les normes de la FAO. La crise sanitaire a aggrav\u00e9 la situation. Qu\u2019en sera-t-il demain, avec l\u2019explosion de la demande li\u00e9e \u00e0 la croissance d\u00e9mographique, l\u2019impact n\u00e9gatif du changement climatique sur les rendements, la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server savanes et for\u00eats pour att\u00e9nuer ce changement et prot\u00e9ger la biodiversit\u00e9\u00a0: l\u2019Afrique ne devra-t-elle pas compter davantage sur les march\u00e9s mondiaux pour manger \u00e0 sa faim\u00a0?<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter une d\u00e9pendance excessive aux importations alimentaires, le continent doit relever deux d\u00e9fis. D\u2019abord am\u00e9liorer la productivit\u00e9 du travail agricole, dont le faible niveau enferme les petits producteurs dans une inextricable pauvret\u00e9. Enjeu \u00e9norme, qui se heurte \u00e0 deux \u00e9cueils\u00a0: accro\u00eetre les rendements de mani\u00e8re soutenable pour l\u2019environnement, en adoptant de nouveaux modes de production plus agro\u00e9cologiques mais moins efficaces \u00e0 court terme<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[6]<\/a>\u00a0; augmenter la surface disponible par actif agricole, malgr\u00e9 la hausse de la densit\u00e9 de population rurale qui freine l\u2019agrandissement des fermes. Ensuite, d\u00e9velopper la transformation des denr\u00e9es agricoles. Au-del\u00e0 de la production, en effet, c\u2019est la transformation des produits agricoles qui permettra de cr\u00e9er de la valeur, en r\u00e9pondant \u00e0 la mutation qualitative de la demande due \u00e0 l\u2019urbanisation, et de g\u00e9n\u00e9rer les emplois dont l\u2019Afrique a tant besoin. Si les fili\u00e8res agricoles africaines rel\u00e8vent ces deux d\u00e9fis, nul doute qu\u2019elles seront capables d\u2019affronter avec succ\u00e8s la concurrence des produits import\u00e9s. A condition, bien s\u00fbr, d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9es par d\u2019ambitieuses politiques publiques, au plan budg\u00e9taire comme en mati\u00e8re de protection aux fronti\u00e8res. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Selon une \u00e9tude de l\u2019Inrae pour Pluriagri, le ratio importations\/consommation alimentaire, en \u00e9quivalent calories, en Afrique subsaharienne \u00e9tait en moyenne de 18 % en 2010. Ce chiffre est \u00e0 comparer aux 15 % obtenus, selon le m\u00eame mode de calcul, avec les chiffres de J. Berthelot sur la p\u00e9riode 2016-18 (voir note 2).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00ab\u00a0\u2018On dit que l\u2019Afrique est nourrie par les importations, comme si elle ne parvenait pas \u00e0 se nourrir elle-m\u00eame\u2026\u00a0\u2018 (Nicolas Bricas)\u00a0\u00bb, agence ecofin, 18 d\u00e9cembre 2020.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Selon les donn\u00e9es disponibles, <em>\u00ab\u00a0l\u2019agro\u00e9cologie ne permettrait pas d\u2019atteindre des rendements \u00e9quivalents \u00e0 ceux de l\u2019agriculture intensive de type \u2018r\u00e9volution verte\u2019, mais elle contribuerait cependant \u00e0 les am\u00e9liorer nettement\u00a0\u00bb<\/em>, comparativement aux <em>\u00ab\u00a0pratiques culturales classiques en Afrique de l\u2019Ouest, c\u2019est-\u00e0-dire avec un tr\u00e8s faible niveau d\u2019intrants de synth\u00e8se\u00a0\u00bb<\/em>. Source\u00a0: Philippe Roudier et Djiby Dia, \u00ab\u00a0Une troisi\u00e8me voie pour l\u2019agriculture africaine\u00a0? Le cas de l\u2019agro\u00e9cologie au S\u00e9n\u00e9gal\u00a0\u00bb, in Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement, <em>L\u2019\u00e9conomie africaine 2021<\/em>, La D\u00e9couverte, 2021.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[4]<\/a> Note consultable prochainement sur le site <a href=\"https:\/\/www.sol-asso.fr\/analyses-politiques-agricoles-jacques-berthelot-2021\/\">https:\/\/www.sol-asso.fr\/analyses-politiques-agricoles-jacques-berthelot-2021\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[5]<\/a> Le constat reste valable si l\u2019on consid\u00e8re le ratio des importations \u00e0 la consommation alimentaire, en d\u00e9finissant la consommation comme la somme de la production et des importations nettes. Selon nos estimations, sur la p\u00e9riode 2016-2018, la valeur de ce ratio est de 33 % pour l\u2019Afrique du Nord et 15 % pour l\u2019Afrique subsaharienne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[6]<\/a> Comme on l\u2019a vu lors de la flamb\u00e9e des cours en 2008, les risques li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9pendance aux march\u00e9s internationaux sont particuli\u00e8rement aigus pour les denr\u00e9es les plus consomm\u00e9es\u00a0: c\u00e9r\u00e9ales, produits laitiers, etc. Cependant, selon J. Berthelot, la part des importations dans la consommation africaine des principales denr\u00e9es \u00e9nerg\u00e9tiques, \u00e0 savoir les c\u00e9r\u00e9ales et le groupe racine-tubercules-plantains, en \u00e9quivalent calories, atteint \u00e0 peine 12 % (44 % en Afrique du Nord et 6 % en Afrique subsaharienne) sur la p\u00e9riode 2016-18.<\/p>\n            <\/div>           \n        <\/div>\n        \n        \n    <\/div>\n        \n<\/section>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sub-Saharan Africa&#039;s dependence on food imports is relatively modest <\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":3422,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"thematique":[27],"annee":[32],"class_list":["post-1807","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-divers","thematique-securite-alimentaire-et-nutritionnelle","annee-32"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1807","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1807"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1807\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3425,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1807\/revisions\/3425"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3422"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1807"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1807"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1807"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=1807"},{"taxonomy":"annee","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/annee?post=1807"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}