{"id":1645,"date":"2022-01-17T08:20:00","date_gmt":"2022-01-17T07:20:00","guid":{"rendered":"https:\/\/fondation-farm.org\/?p=1645"},"modified":"2022-07-29T17:06:12","modified_gmt":"2022-07-29T15:06:12","slug":"la-complexite-de-la-transition-agroecologique-en-afrique-lexemple-des-herbicides-dans-les-zones-cotonnieres-au-cameroun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/la-complexite-de-la-transition-agroecologique-en-afrique-lexemple-des-herbicides-dans-les-zones-cotonnieres-au-cameroun\/","title":{"rendered":"The complexity of the agroecological transition in Africa: the example of herbicides in cotton-growing areas in Cameroon"},"content":{"rendered":"\n<section class=\"texte-image pictogrammes texte blanc \">\n\n    \n    <div class=\"bloc-main container\">  \n\n                <div class=\"contenu\">            \n            <div class=\"colonne\">\n                <div class=\"tex\">\n<p><strong>Dans les zones de production du coton, au nord du Cameroun, l\u2019usage accru des herbicides, peu co\u00fbteux et permettant d\u2019all\u00e9ger la p\u00e9nibilit\u00e9 du travail, contribue \u00e0 d\u00e9liter le mod\u00e8le traditionnel de contr\u00f4le m\u00e9canique des adventices, r\u00e9alis\u00e9 en culture attel\u00e9e. S\u2019il permet une progression de l\u2019agriculture de conservation, gr\u00e2ce au semis direct, il pose n\u00e9anmoins de s\u00e9rieux risques pour la sant\u00e9 des hommes et des \u00e9cosyst\u00e8mes. Il convient de concevoir avec tous les acteurs des fili\u00e8res et des territoires, et en premier lieu les agriculteurs, les transitions qui permettront de r\u00e9duire la d\u00e9pendance aux herbicides, en premier lieu les plus dangereux.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3187 size-large\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/sze-yin-chan-coton-1024x576.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"576\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/sze-yin-chan-coton-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/sze-yin-chan-coton-300x169.jpg 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/sze-yin-chan-coton-768x432.jpg 768w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/sze-yin-chan-coton-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/sze-yin-chan-coton-1500x844.jpg 1500w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/sze-yin-chan-coton.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p><strong><em>Le mod\u00e8le traditionnel\u00a0d\u2019int\u00e9gration culture-\u00e9levage<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Bien qu\u2019introduite durant la p\u00e9riode coloniale, la culture cotonni\u00e8re ne s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e en Afrique subsaharienne qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, notamment au nord du Cameroun, cas d\u2019\u00e9tude pour notre propos. Le coton devait procurer des revenus r\u00e9guliers aux agriculteurs et des devises aux Etats. Ce choix politique a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 l\u2019objectif d\u2019autosuffisance alimentaire envisag\u00e9 par une intensification du syst\u00e8me de culture coton\/c\u00e9r\u00e9ales\/l\u00e9gumineuses. Le coton est produit par des exploitations familiales de petite surface (3 \u00e0 15 ha, parfois plus), ayant comme premier objectif l\u2019alimentation de leurs membres. Les syst\u00e8mes techniques promus reposaient alors sur les principes de la r\u00e9volution verte\u00a0: fertilisation min\u00e9rale, protection chimique des cultures, vari\u00e9t\u00e9s am\u00e9lior\u00e9es et travail du sol. Pour cela la culture attel\u00e9e, principalement bovine, fut vulgaris\u00e9e activement en subventionnant les \u00e9quipements et en fournissant des pr\u00eats de moyen terme aux agriculteurs. La culture attel\u00e9e permettait de r\u00e9duire la pression des adventices avant le semis, gr\u00e2ce au labour puis aux sarclages et au buttage m\u00e9canis\u00e9s lorsque les exploitations disposaient de tous les \u00e9quipements ad\u00e9quats. Sur cette base technique, les agronomes et zootechniciens ont propos\u00e9 une int\u00e9gration plus compl\u00e8te de l\u2019\u00e9levage \u00e0 l\u2019agriculture en vulgarisant la production et l\u2019usage du fumier, le transport attel\u00e9 et l\u2019intensification d\u2019un petit noyau d\u2019\u00e9levage.<\/p>\n<p><strong><em>Le d\u00e9veloppement de l\u2019usage des herbicides<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Promu par la soci\u00e9t\u00e9 cotonni\u00e8re (Sodecoton), l\u2019usage des herbicides est apparu d\u2019abord au sud du bassin cotonnier camerounais, zone pluvieuse (1000\u20131200 mm) o\u00f9 la pression des adventices est importante et l\u2019\u00e9levage des bovins contraint par la trypanosomose. \u00a0L\u2019application des herbicides totaux (\u00e0 base de paraquat jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, puis de glyphosate ensuite) et d\u2019herbicides s\u00e9lectifs des cultures (diuron sur cotonnier, atrazine sur c\u00e9r\u00e9ales) devait, selon la Sodecoton, compl\u00e9ter le contr\u00f4le de l\u2019enherbement obtenu avec les techniques aratoires habituelles. Mais les agriculteurs de cette r\u00e9gion ont innov\u00e9 en utilisant le paraquat (nom commercial le plus connu, Gramoxone) puis le glyphosate (nom commercial le plus connu, Roundup) pour r\u00e9aliser des semis directs sans travailler le sol. Ces herbicides totaux permettent de se passer du labour m\u00e9canique \u00ab\u00a0nettoyeur\u00a0\u00bb du sol avant semis. Ainsi naquit en zone cotonni\u00e8re le semis direct et l\u2019expression \u00ab\u00a0labour chimique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La diffusion de cette technique a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s rapide dans le sud du bassin cotonnier puis s\u2019est \u00e9tendue progressivement vers le nord. De m\u00eame, les herbicides s\u00e9lectifs de pr\u00e9 et post-lev\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 largement adopt\u00e9s, surtout pour le ma\u00efs, y compris dans des exploitations non affili\u00e9es \u00e0 la fili\u00e8re coton. L\u2019usage d\u2019herbicides totaux \u00e0 base de glyphosate dans l\u2019inter-rang des cultures est apparu plus r\u00e9cemment gr\u00e2ce \u00e0 la mise sur le march\u00e9 de petits appareils d\u2019\u00e9pandage (manuels ou \u00e0 piles) \u00e9quip\u00e9s d\u2019un cache en plastique. Les agriculteurs ont ainsi fait le choix de la r\u00e9duction drastique du travail de pr\u00e9paration du sol et de sarclobinage\u00a0; seul le buttage<a href=\"http:\/\/www.fondation-farm.org\/zoe.php?s=blogfarm&amp;w=wt&amp;idt=4062#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0du cotonnier en traction animale est encore pratiqu\u00e9 dans au moins 50 % des parcelles. Beaucoup de producteurs parviennent m\u00eame \u00e0 cultiver du ma\u00efs sans \u00ab\u00a0toucher\u00a0\u00bb le sol (sauf pour le semis) et le contr\u00f4le de l\u2019enherbement est enti\u00e8rement r\u00e9alis\u00e9 par deux ou trois \u00e9pandages d\u2019herbicides, voire quatre dans certains cas.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution a \u00e9t\u00e9 rendue possible par l\u2019organisation de l\u2019approvisionnement en intrants et en mat\u00e9riel d\u2019\u00e9pandage par la fili\u00e8re coton, mais aussi par la vitalit\u00e9 du commerce de d\u00e9tail due en partie \u00e0 la proximit\u00e9 du Nig\u00e9ria. \u00a0Elle s\u2019explique aussi par le faible co\u00fbt en travail de ces nouvelles pratiques. Cette caract\u00e9ristique est importante pour les plus grandes exploitations (cultivant plus de 10 ha) qui recourent \u00e0 de la main d\u2019\u0153uvre salari\u00e9e dont le co\u00fbt augmente du fait de sa raret\u00e9 durant les pointes de travail. Par exemple, un d\u00e9sherbage chimique est 2 \u00e0 3 fois moins on\u00e9reux qu\u2019un sarclage m\u00e9canis\u00e9 ou manuel lorsqu\u2019il est r\u00e9alis\u00e9 par des ouvriers journaliers. Dans les exploitations plus petites, fonctionnant uniquement avec des actifs familiaux, les femmes et les jeunes appr\u00e9cient tout particuli\u00e8rement\u00a0l\u2019utilisation des herbicides qui r\u00e9duit consid\u00e9rablement leur charge de travail. Seuls le semis, le d\u00e9mariage et la r\u00e9colte restent manuels. Pour ces femmes et ces jeunes, les herbicides repr\u00e9sentent une forme de modernit\u00e9 de l\u2019agriculture consid\u00e9r\u00e9e par la plupart d\u2019entre eux comme une activit\u00e9 tr\u00e8s p\u00e9nible et peu valorisante.\u00a0 Le temps ainsi lib\u00e9r\u00e9 peut \u00eatre investi dans des activit\u00e9s individuelles (petites champs, transformation, \u00e9levage, commerce) sources de revenu et d\u2019une certaine \u00e9mancipation. Le troisi\u00e8me argument en faveur des herbicides est celui de la difficult\u00e9 \u00e0 entretenir un \u00e9levage bovin, m\u00eame une simple paire de b\u0153ufs, indispensable aux syst\u00e8mes avec travail du sol. Toujours confront\u00e9s \u00e0 diverses \u00e9pizooties et au manque de fourrage en saison s\u00e8che, les agriculteurs doivent faire face aux vols et, plus r\u00e9cemment, \u00e0 la demande de ran\u00e7on suite au kidnapping des producteurs poss\u00e9dant des biens, donc un noyau d\u2019\u00e9levage. Cette ins\u00e9curit\u00e9 croissante am\u00e8ne bon nombre d\u2019entre eux \u00e0 vendre une grande partie de leur b\u00e9tail ou \u00e0 le confier \u00e0 des \u00e9leveurs. Ce d\u00e9litement du mod\u00e8le d\u2019int\u00e9gration culture-\u00e9levage pourrait avoir des cons\u00e9quences sur la dynamique actuelle d\u2019accroissement de la production de fumier, ainsi que sur le maintien de la culture et du transport attel\u00e9s.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.fondation-farm.org\/zoe\/img1\/photo_1_dugue_blog.jpg\" alt=\"\" width=\"738\" height=\"542\" \/><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1789\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/BLOG-epandage-atrazine-cameroun-cirad-1024x998.jpg\" alt=\"\" width=\"880\" height=\"858\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/BLOG-epandage-atrazine-cameroun-cirad-1024x998.jpg 1024w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/BLOG-epandage-atrazine-cameroun-cirad-300x292.jpg 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/BLOG-epandage-atrazine-cameroun-cirad-768x749.jpg 768w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/BLOG-epandage-atrazine-cameroun-cirad.jpg 1476w\" sizes=\"auto, (max-width: 880px) 100vw, 880px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00c9pandage d&rsquo;atrazine sur une culture de ma\u00efs bien d\u00e9velopp\u00e9e, r\u00e9gion de Garoua, Cameroun. \u00a9P Dugu\u00e9, Cirad.<\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>La progression du semis direct<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1990, les agronomes s\u2019int\u00e9ressent aux herbicides pour la mise au point des syst\u00e8mes de semis sur couvert v\u00e9g\u00e9tal (SVC) ou d\u2019agriculture de conservation, bas\u00e9s sur le non-travail du sol, la couverture permanente du sol et la diversit\u00e9 des cultures. Au nord du Cameroun, ces syst\u00e8mes de culture comprenant le semis direct du cotonnier en rotation avec une c\u00e9r\u00e9ale associ\u00e9e \u00e0 une plante de couverture<a href=\"http:\/\/www.fondation-farm.org\/zoe.php?s=blogfarm&amp;w=wt&amp;idt=4062#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0(brachiaria, crotalaire), n\u00e9cessitent le recours aux herbicides totaux et s\u00e9lectifs. En effet, la couverture du sol par la biomasse de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente (m\u00e9lange de pailles de c\u00e9r\u00e9ales et de r\u00e9sidus de plante de service) est toujours imparfaite, m\u00eame dans les rares champs \u00e9pargn\u00e9s par la vaine p\u00e2ture des bovins en saison s\u00e8che. Le travail des termites, la consommation des petits ruminants laiss\u00e9s traditionnellement en divagation \u00e0 cette saison et les pr\u00e9l\u00e8vements des ruraux (combustible, mat\u00e9riaux de construction\u2026) expliquent cela. De ce fait, la grande majorit\u00e9 des parcelles conduites en SCV pr\u00e9sente une couverture tr\u00e8s partielle du sol lorsqu\u2019il faut semer directement le cotonnier entre mai et d\u00e9but juillet. M\u00eame dans les parcelles les mieux couvertes, les adventices et parfois les semences des plantes de couverture, arrivent facilement \u00e0 germer et \u00e0 percer la couverture de r\u00e9sidus.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, bon nombre d\u2019experts consid\u00e8rent que le syst\u00e8me du semis direct apr\u00e8s labour chimique, largement adopt\u00e9 au nord du Cameroun, est une avanc\u00e9e en termes d\u2019\u00e9cologisation de l\u2019agriculture, arguant du fait que le sol n\u2019est plus travaill\u00e9 et donc que sa macro et microfaune et son humus sont mieux prot\u00e9g\u00e9s. Cette appr\u00e9ciation est tr\u00e8s discutable. D\u2019une part, les sols sont toujours expos\u00e9s aux vents et aux premi\u00e8res pluies, car tr\u00e8s peu prot\u00e9g\u00e9s par la biomasse r\u00e9siduelle. D\u2019autre part, l\u2019augmentation du nombre d\u2019applications d\u2019herbicides durant la rotation culturale ne va pas dans le sens d\u2019une pr\u00e9servation de la qualit\u00e9 des eaux, du sol et de la biodiversit\u00e9. De plus, sans remise en question du droit de vaine p\u00e2ture m\u00eame sur une partie des terroirs cultiv\u00e9s, il est impossible aux agriculteurs de pr\u00e9server la biomasse de couverture, sauf \u00e0 y investir un co\u00fbteux travail de gardiennage ou d\u2019enclosure. Globalement, les sols non travaill\u00e9s continuent \u00e0 se d\u00e9grader par \u00e9rosion \u00e9olienne et hydrique, et du fait de trop faibles apports de mati\u00e8res organiques en surface ou sous forme de fumier ou de compost.\u00a0 Concernant les pollutions d\u2019origine agricole, il existe trop peu d\u2019\u00e9tudes men\u00e9es en conditions tropicales pour \u00e9valuer objectivement leurs impacts sur la sant\u00e9 des \u00e9cosyst\u00e8mes, des ruraux et des citadins. En revanche, les agriculteurs applicateurs sont de plus en plus expos\u00e9s, en raison de l\u2019augmentation de la fr\u00e9quence d\u2019usage des herbicides, du maintien en Afrique subsaharienne d\u2019autorisations de mati\u00e8res actives dangereuses pour l\u2019homme et interdites en Europe depuis longtemps (atrazine, diuron) et du tr\u00e8s faible recours aux protections recommand\u00e9es (gants, bottes, masque).<\/p>\n<p><strong><em>Organiser la transition agro\u00e9cologique<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La progression tr\u00e8s rapide et massive de l\u2019usage des herbicides, au nord du Cameroun comme dans les autres pays cotonniers africains, pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e par certains comme l\u2019entr\u00e9e de l\u2019agriculture familiale dans une forme d\u2019agriculture productive et moderne. Mais l\u2019on constate que cette \u00e9volution rapide est source d\u2019inqui\u00e9tudes pour la durabilit\u00e9 de l\u2019agriculture\u00a0: dysfonctionnements des \u00e9cosyst\u00e8mes par les pollutions agricoles, atteinte \u00e0 la sant\u00e9 des actifs agricoles, d\u00e9litement de l\u2019int\u00e9gration culture-\u00e9levage&#8230; D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019usage d\u2019herbicides est un \u00e9l\u00e9ment central de la faisabilit\u00e9 des SCV, qui peuvent rapidement restaurer la fertilit\u00e9 des sols par des apports organiques r\u00e9guliers d\u00e8s lors que les biomasses de couverture sont pr\u00e9serv\u00e9es. Cette aggradation de la fertilit\u00e9 des sols est essentielle pour assurer la durabilit\u00e9 des agricultures familiales.\u00a0 Dans ce contexte, il nous semble qu\u2019une interdiction brutale et rapide de tous les herbicides serait contre-productive tant ils sont maintenant fortement ancr\u00e9s dans les choix techniques et strat\u00e9giques des agriculteurs. Ainsi, les actifs familiaux, en particulier les femmes, ont pu voir all\u00e9ger consid\u00e9rablement leur charge en travail manuel. Ces derni\u00e8res seraient-elles pr\u00eates \u00e0 revenir au sarclage manuel, tant \u00e9prouvant pour les organismes\u00a0?<\/p>\n<p>Il convient plut\u00f4t de concevoir avec tous les acteurs des fili\u00e8res et des territoires, et en premier lieu les agriculteurs, les transitions qui permettront de r\u00e9duire la d\u00e9pendance aux herbicides, en premier lieu les plus dangereux. D\u2019une part, cela am\u00e8ne \u00e0 approfondir les travaux de conception syst\u00e9mique et participative de nouveaux syst\u00e8mes de culture et de production o\u00f9 cohabiteront une diversit\u00e9 de pratiques, les plus agro\u00e9cologiques possibles, comme la culture attel\u00e9e, la production de fumure organique, l\u2019agroforesterie et l\u2019agriculture de conservation. D\u2019autre part, il convient de renforcer les travaux, trop peu nombreux en Afrique, d\u2019\u00e9valuation des impacts des herbicides sur les \u00e9cosyst\u00e8mes et la sant\u00e9 humaine, en d\u00e9veloppant les comp\u00e9tences locales en \u00e9cologie, toxicologie, \u00e9pid\u00e9miologie\u2026 Enfin, le travail d\u2019information et de formation des agriculteurs doit \u00eatre poursuivi et renforc\u00e9 pour r\u00e9duire les impacts des herbicides, si possible les moins dangereux, qu\u2019ils seraient amen\u00e9s \u00e0 utiliser encore et surtout pour \u00e9tudier avec eux des alternatives avant que leur d\u00e9pendance \u00e0 cet intrant soit irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Pour en savoir plus<\/strong><\/p>\n<p>Dugu\u00e9 P., Harmand J.M., Naudin K., Vall E., Madam Dogo A., Dangonb\u00e9 S., Palou Madi O., 2021. Evaluation agro-socio\u00e9conomique et environnementale des techniques agro\u00e9cologiques (agriculture, \u00e9levage et foresterie) diffus\u00e9es dans le cadre du PASGIRAP.\u00a0 Montpellier\u00a0: CIRAD, 134 p.\u00a0<a href=\"https:\/\/agritrop.cirad.fr\/599012\/\">https:\/\/agritrop.cirad.fr\/599012\/<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dugu\u00e9 P., 2021. Evolutions r\u00e9centes des syst\u00e8mes de production en zones cotonni\u00e8res : quand les herbicides remplacent les outils aratoires. Paris : Acad\u00e9mie d&rsquo;agriculture de France, 1 diaporama (15 vues) R\u00e9flexions sur l&rsquo;\u00e9volution des agricultures africaines subsahariennes au cours des si\u00e8cles, Paris, France, 10 novembre 2021\/10 novembre 2021.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.academie-agriculture.fr\/actualites\/academie\/seance\/academie\/reflexions-sur-levolution-des-agricultures-africaines\">https:\/\/www.academie-agriculture.fr\/actualites\/academie\/seance\/academie\/reflexions-sur-levolution-des-agricultures-africaines<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Martin J., 2020. Herbicides et agricultures familiales, un mariage de raison ? Les cultures du coton au Cameroun et de la canne \u00e0 sucre sur l&rsquo;\u00eele de La R\u00e9union illustrent comment les herbicides se sont intimement int\u00e9gr\u00e9s aux pratiques agricoles. Phytoma (737) : pp. 43-48.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"https:\/\/agritrop.cirad.fr\/596669\/1\/596669.pdf\">https:\/\/agritrop.cirad.fr\/596669\/1\/596669.pdf<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Naudin K., Le Gal P.Y., Ranaivoson L., Scopel E., 2015. Accompagner l&rsquo;innovation en agriculture de conservation : quels apports des agronomes du syst\u00e8me de culture ?\u00a0<em>Agronomie, Environnement et Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>,\u00a05\u00a0(2) : p. 39-46.http:\/\/www.agronomie.asso.fr\/fr\/carrefour-inter-professionnel\/evenements-de-lafa\/revue-en-ligne\/revue-aes-vol5-n2-decembre-2015-innovations-agricoles-quelle-place-pour-lagronomie-et-les-agronomes\/revue-aes-vol5-n2-8\/<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<div class=\"notebapa\">\n<p><a href=\"http:\/\/www.fondation-farm.org\/zoe.php?s=blogfarm&amp;w=wt&amp;idt=4062#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0Le buttage est r\u00e9alis\u00e9 au 45<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0jour apr\u00e8s la lev\u00e9e ou plus tard avec un corps butteur ou plus rarement la charrue. Il contr\u00f4le l\u2019enherbement de fin de cycle, favorise la conservation de l\u2019eau et limite la verse du ma\u00efs et dans une moindre mesure du coton.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.fondation-farm.org\/zoe.php?s=blogfarm&amp;w=wt&amp;idt=4062#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0Les plantes de couverture constituent une des familles des plantes de service\u00a0: des plantes cultiv\u00e9es non pas en premier lieu pour une production consommable, mais pour les services qu\u2019elles dispensent au syst\u00e8me de culture (apport d\u2019azote et de mati\u00e8re organique par des engrais verts\u2026). Les plantes de couverture sont int\u00e9gr\u00e9es au SCV pour fournir des quantit\u00e9s importantes de biomasse pour couvrir, prot\u00e9ger et enrichir le sol et faciliter le semis direct.<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>           \n        <\/div>\n        \n        \n    <\/div>\n        \n<\/section>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>In the cotton-producing areas of northern Cameroon, the increased use of inexpensive herbicides, which make the work easier, is contributing to the breakdown of the traditional model of mechanical weed control, carried out using animal traction.<\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":3187,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"thematique":[26],"annee":[33],"class_list":["post-1645","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-divers","thematique-resilience-des-territoires-ruraux","annee-33"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1645","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1645"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1645\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3190,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1645\/revisions\/3190"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3187"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1645"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1645"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1645"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=1645"},{"taxonomy":"annee","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/annee?post=1645"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}