{"id":14086,"date":"2023-12-05T15:32:28","date_gmt":"2023-12-05T14:32:28","guid":{"rendered":"https:\/\/fondation-farm.org\/?p=14086"},"modified":"2023-12-05T15:34:23","modified_gmt":"2023-12-05T14:34:23","slug":"fertilisation-sols-afrique-organique-mineral","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/fertilisation-sols-afrique-organique-mineral\/","title":{"rendered":"Soil Fertilization in Africa: A Balancing Act Between Organic and Mineral"},"content":{"rendered":"\n<section class=\"texte-image pictogrammes texte blanc \">\n\n    \n    <div class=\"bloc-main container\">  \n\n                <div class=\"contenu\">            \n            <div class=\"colonne\">\n                <p><strong>L\u2019actualit\u00e9 reste marqu\u00e9e par la forte hausse du prix des engrais min\u00e9raux sur les march\u00e9s mondiaux. Cela impacte les co\u00fbts de production de produits agricoles alimentaires de base dans de nombreuses r\u00e9gions du monde. Par ailleurs, l\u2019urgence climatique a fait red\u00e9couvrir toutes les vertus de la teneur en mati\u00e8re organique des sols et a mis en \u00e9vidence la contribution de certains engrais de synth\u00e8se aux \u00e9missions de GES. L\u2019heure est donc \u00e0 la recherche des meilleures options, pour les agricultures et le climat, en Afrique en particulier. <\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-14090 aligncenter\" src=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Fertilite-sols-JLF-1024x668.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"668\" srcset=\"https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Fertilite-sols-JLF-1024x668.jpg 1024w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Fertilite-sols-JLF-300x196.jpg 300w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Fertilite-sols-JLF-768x501.jpg 768w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Fertilite-sols-JLF-1536x1002.jpg 1536w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Fertilite-sols-JLF-1500x978.jpg 1500w, https:\/\/fondation-farm.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Fertilite-sols-JLF.jpg 1552w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p>Ce sujet a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 le 2 octobre 2023 <a href=\"https:\/\/fondation-farm.org\/actualite\/inscription-table-ronde-sols-afrique\/\">lors d\u2019une table ronde organis\u00e9e par la Fondation FARM<\/a>, en partenariat avec Inter-R\u00e9seaux D\u00e9veloppement rural et la Cit\u00e9 du d\u00e9veloppement durable qui a permis de faire un point rapide sur la plupart de ces questions<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<blockquote>\n<h4><strong>Le contexte mondial sur le march\u00e9 des engrais est-il une nouvelle contrainte pour l\u2019Afrique ou une opportunit\u00e9 pour l\u2019intensification agro\u00e9cologique\u00a0?<\/strong><\/h4>\n<\/blockquote>\n<p>Les prix mondiaux des engrais de synth\u00e8se (N) et min\u00e9raux (P, K) ont atteint fin 2022 des sommets. Depuis d\u00e9but 2023, ils sont revenus \u00e0 des niveaux moins extravagants mais restent \u00e9lev\u00e9s. Sur fond de demande mondiale croissante, cette forte hausse a \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9e par la relance post pand\u00e9mie de Covid-19. Le pic atteint au printemps 2022 a \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9 par la guerre entre la Russie et l\u2019Ukraine, qui a affol\u00e9 les march\u00e9s de c\u00e9r\u00e9ales et ol\u00e9agineux mais aussi des engrais.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019Afrique est apparue comme doublement d\u00e9pendante, en engrais et en produits de base agricoles n\u00e9cessaires \u00e0 son alimentation (c\u00e9r\u00e9ales et ol\u00e9agineux). \u00a0M\u00eame si ces deux d\u00e9pendances doivent \u00eatre relativis\u00e9es<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, elles justifient les r\u00e9actions des Gouvernements africains, (engagement diplomatique pour un couloir maritime de la mer Noire, all\u00e8gements des droits de douanes, et subventions aux engrais). La question strat\u00e9gique de la place des engrais dans les syst\u00e8mes agricoles est remise au c\u0153ur des discussions continentales sur le d\u00e9veloppement agricole. Ainsi, du 5 au 7 novembre \u00e0 Nairobi, s\u2019est tenu un sommet de l\u2019Union africaine consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0Engrais et sant\u00e9 des sols\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> dont l\u2019ordre du jour a permis de traiter des enjeux conjoncturels et structurels pour le continent.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9chelle mondiale, par hectare de terre arable<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, le niveau de consommation des engrais est tr\u00e8s variable. Il baisse dans les pays qui sont les plus gros consommateurs. Ainsi, en France, apr\u00e8s un maximum de 350 kg\/ha en 1990, il est revenu \u00e0 153 kg en 2021. En Chine, apr\u00e8s un record mondial de 474 kg\/ha en 2015, il a baiss\u00e9 \u00e0 374 kg en 2021. On est tr\u00e8s loin de ces niveaux en Afrique (3% de la consommation mondiale),\u00a0avec 75 kg\/ha au nord du Sahara, comme au sud du Sahara avec 23 kg\/ha.<\/p>\n<p>Pourtant, les recommandations les plus r\u00e9centes de la recherche agronomique en Afrique de l\u2019Ouest sont de l\u2019ordre de 100 kg \/ha<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. Cet \u00e9cart entre utilisations et recommandations interroge les acteurs du d\u00e9veloppement agricole de longue date. <strong>Les raisons pour lesquelles historiquement les engrais sont peu utilis\u00e9s, en moyenne, sur le continent africain sont nombreuses.<\/strong> Dans les r\u00e9gions \u00ab\u00a0foresti\u00e8res\u00a0\u00bb, les faibles densit\u00e9s de peuplement permettaient une reconstitution de la fertilit\u00e9 par les jach\u00e8res longues et l\u2019utilisation d\u2019engrais min\u00e9raux y \u00e9tait limit\u00e9e jusque tr\u00e8s r\u00e9cemment.\u00a0Dans les zones o\u00f9 les pluies sont al\u00e9atoires, sans maitrise de l\u2019eau, le risque est grand de ne pas obtenir un rendement suffisant pour couvrir le co\u00fbt des engrais, d\u2019o\u00f9 une utilisation faible.<\/p>\n<p>A contrario, l\u2019usage des engrais est plus proche des recommandations dans les fili\u00e8res o\u00f9 la contractualisation avec l\u2019aval permet de palier aux d\u00e9faillances des services financiers aux agriculteurs, aux d\u00e9faillances des march\u00e9s (des produits, des intrants) et du conseil agricole, ou dans les zones irrigu\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais, globalement, le modeste recours aux engrais min\u00e9raux se traduit par de faibles rendements. Certes, ces derniers ont d\u2019autres facteurs explicatifs, d\u2019ordre technique (irrigation, g\u00e9n\u00e9tique, phytosanitaire, conseil, R&amp;D) ou politique (fiscalit\u00e9, foncier). <strong>Ces rendements faibles ont pour cons\u00e9quences l\u2019expansion des surfaces cultiv\u00e9es au d\u00e9triment des espaces d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique et <em>in fine<\/em> une \u00e9rosion de la balance commerciale agricole de l\u2019Afrique<\/strong>, dont la demande int\u00e9rieure en produits agricoles augmente, tir\u00e9e par la d\u00e9mographie, l\u2019urbanisation et la hausse du niveau de vie. Ainsi, les Gouvernements comme les acteurs professionnels des fili\u00e8res agricoles ont-ils de bonnes raisons de soutenir une raisonnable progression de l\u2019usage des engrais en Afrique.<\/p>\n<p>Cependant, au niveau international, depuis plusieurs ann\u00e9es, les scientifiques ont fait \u00e9voluer leurs pr\u00e9conisations pour la fertilit\u00e9 des sols. <strong>On a red\u00e9couvert l\u2019importance de la fertilisation organique. Pour trois raisons. <\/strong>D\u2019abord, il y va de l\u2019efficacit\u00e9 des engrais min\u00e9raux (mieux utilis\u00e9s dans des sols riches) et de la r\u00e9silience vis-\u00e0-vis des al\u00e9as climatiques (l\u2019humidit\u00e9 est mieux conserv\u00e9e par l\u2019humus). Ensuite, conserver ou augmenter la mati\u00e8re organique des sols est un moyen peu co\u00fbteux de stocker du carbone et pourrait \u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 comme service \u00e9cosyst\u00e9mique. Enfin, localement, l\u2019exc\u00e8s d\u2019engrais min\u00e9raux est n\u00e9faste pour l\u2019environnement et la sant\u00e9 (climat, eau, air).<\/p>\n<p>Il n\u2019est donc plus gu\u00e8re pertinent d\u2019opposer \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb (pro engrais de synth\u00e8se et min\u00e9raux) et \u00ab\u00a0post-modernes\u00a0\u00bb (pro fertilit\u00e9 organique par la photosynth\u00e8se qui fixe le carbone et l\u2019azote atmosph\u00e9riques). <strong>La juste combinaison des deux sources de fertilit\u00e9, selon les sols et les climats, est indispensable.<\/strong> C\u2019est une dimension cl\u00e9 d\u2019une <strong>transition agro\u00e9cologique pr\u00e9servant les capacit\u00e9s \u00e0 produire<\/strong> qui est d\u00e9sormais bien document\u00e9e par de nombreux travaux de la recherche agronomique sur tous les continents<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, et qui sont relay\u00e9s au plan politique. A cet \u00e9gard, on peut citer le partenariat mondial pour les sols de la FAO constitu\u00e9 fin 2012<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, et <a href=\"https:\/\/fondation-farm.org\/projet\/projet-4-pour-1000-protection-sols\/\">l\u2019initiative internationale \u00ab\u00a04 pour 1000\u00a0\u00bb<sup><u>[8]<\/u><\/sup><\/a> port\u00e9e en 2015 par la France lors de la COP 15 Climat.<\/p>\n<blockquote>\n<h4><strong>En mati\u00e8re de fertilit\u00e9 organique, l\u2019Afrique a de tr\u00e8s bonnes cartes en main, mais les r\u00e8gles du jeu changent\u2026 <\/strong><\/h4>\n<\/blockquote>\n<p>Les pratiques de renouvellement de la fertilit\u00e9 organique sont tr\u00e8s diversifi\u00e9es et surtout tr\u00e8s vivaces sur le continent africain, dans tous les syst\u00e8mes agraires. Depuis les zones humides agro-foresti\u00e8res o\u00f9 la puissance de la photosynth\u00e8se permet une forte et rapide production de biomasse, jusqu\u2019aux zones sah\u00e9liennes, o\u00f9 les savoirs en mati\u00e8re de conservation de l\u2019eau dans les sols vont de pair avec une fertilisation mesur\u00e9e, par les poudrettes<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a> de parcs du b\u00e9tail ou les parcs arbor\u00e9s \u00e0 <em>Faidherbia albida<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><strong>[10]<\/strong><\/a>.<\/em> <strong>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les techniques sont bien connues des agriculteurs<\/strong> : cultures associ\u00e9es, notamment de l\u00e9gumineuses, agroforesterie, couverture v\u00e9g\u00e9tale permanente, travail superficiel des sols, voire z\u00e9ro labour, toutes les formes d\u2019int\u00e9gration \u00e9levage-agriculture, \u2026<\/p>\n<p><strong>Cependant, ces solutions organiques ne sont pas si faciles \u00e0 mettre en \u0153uvre.<\/strong> La photosynth\u00e8se permet de transformer le carbone et l\u2019azote atmosph\u00e9riques en engrais, mais ces ressources ne sont ni totalement gratuites, ni totalement en acc\u00e8s libre.<\/p>\n<p><strong>La fertilisation organique n\u00e9cessite beaucoup de travail<\/strong> (cultures de service, collecte des r\u00e9sidus, transport, broyage, manutention du fumier ou du compost, \u00e9pandage). Elle a donc un co\u00fbt que les march\u00e9s agricoles doivent r\u00e9mun\u00e9rer.<\/p>\n<p>Aussi, <strong>la mati\u00e8re organique n\u2019est pas accessible \u00e0 tous<\/strong>. Le maintien de la fertilit\u00e9 organique oblige \u00e0 une gestion de long terme sur les exploitations et des transferts de fertilit\u00e9 des espaces communs vers les exploitations. Il faut notamment des \u00ab\u00a0institutions\u00a0\u00bb capables de r\u00e9guler le partage de l\u2019acc\u00e8s aux communs pastoraux, les conqu\u00eates agricoles sur les savanes et les for\u00eats, la vaine p\u00e2ture sur des r\u00e9sidus de culture. <strong>D\u00e8s lors, les politiques publiques fonci\u00e8res, pastorales et foresti\u00e8res sont d\u00e9terminantes pour la fertilit\u00e9 organique.<\/strong> Or, dans beaucoup de r\u00e9gions, des accords intercommunautaires historiques entre agriculteurs et \u00e9leveurs transhumants ou pasteurs sont bouscul\u00e9s par la d\u00e9mographie, l\u2019extension des surfaces cultiv\u00e9es, la croissance des cheptels d\u00e9tenus par les exploitations agricoles. Ces derni\u00e8res entendent en effet de plus en plus se r\u00e9server les ressources fourrag\u00e8res, r\u00e9sidus de leurs champs et parcours de leurs terroirs. Ainsi, les transferts de mati\u00e8re organique des espaces communs via les d\u00e9jections des troupeaux transhumants vers les exploitations agricoles sont plus difficiles.<\/p>\n<p>D\u2019une mati\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la fertilisation organique des exploitations par les d\u00e9jections des animaux doit \u00eatre comprise comme un transfert de mati\u00e8re organique, donc de fertilit\u00e9, entre les espaces (naturels ou cultiv\u00e9s) qui ont produit les aliments des animaux et les espaces cultiv\u00e9es o\u00f9 les fumiers sont \u00e9pandus. Ces transferts doivent \u00eatre aussi analys\u00e9s au regard de la perte inflig\u00e9e aux sols qui les ont produits<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. On devrait consid\u00e9rer qu\u2019il n\u2019est de bonne fertilisation organique que produite tr\u00e8s localement. Id\u00e9alement dans la parcelle, dans l\u2019exploitation ou dans son voisinage proche. Ceci demande une grande pr\u00e9cision dans les itin\u00e9raires techniques, n\u00e9cessairement sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque agro-syst\u00e8me. \u00a0D\u00e8s lors qu\u2019elle est sollicit\u00e9e (et en a les moyens), <strong>la recherche est d\u00e9sormais en mesure de proposer le couplage ad\u00e9quat<\/strong> des solutions organiques (accro\u00eetre le carbone organique des sols, capter l\u2019azote) avec une fertilisation min\u00e9rale de pr\u00e9cision (dans sa composition, son dosage, son application, \u2026).<\/p>\n<blockquote><p><strong>Pour les engrais min\u00e9raux, la hausse des prix a provoqu\u00e9 des initiatives politiques, \u00e0 court terme (les aides aux exploitants) et \u00e0 long terme (les connaissances, la production, la formulation et la distribution)<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p><span style=\"font-size: 1.2rem;\">Comme <\/span><a style=\"font-size: 1.2rem; background-color: #ffffff;\" href=\"https:\/\/fondation-farm.org\/observatoire\/accueil\/\">l\u2019Observatoire de FARM<\/a><span style=\"font-size: 1.2rem;\"> sur les soutiens publics \u00e0 l\u2019agriculture le montre, les soutiens tr\u00e8s faibles dont b\u00e9n\u00e9ficient les agriculteurs africains au regard des agriculteurs des autres r\u00e9gions du monde sont largement affect\u00e9s aux subventions aux intrants, dont les engrais repr\u00e9sentent une part majoritaire. Cette modalit\u00e9 ancienne et simple de soutien aux fili\u00e8res est discut\u00e9e depuis toujours, pour son co\u00fbt. Historiquement, cette subvention aux engrais b\u00e9n\u00e9ficiait souvent aux seuls agriculteurs qui participaient \u00e0 des fili\u00e8res int\u00e9gr\u00e9es qui permettent le pr\u00e9financement des intrants (coton par exemple). D\u00e9sormais, certains pays offrent des \u00ab\u00a0vouchers\u00a0\u00bb (bons d\u2019achat) accessibles \u00e0 tous les agriculteurs.<\/span><\/p>\n<p>Les critiques relatives au co\u00fbt budg\u00e9taire des subventions aux intrants sont largement infond\u00e9es. Le co\u00fbt budg\u00e9taire d\u2019une modalit\u00e9 d\u2019aide sans co\u00fbt d\u2019administration est compens\u00e9 par les recettes fiscales sur les fili\u00e8res d\u2019exportation. Par ailleurs, dans les fili\u00e8res contractuelles comme le coton, les agriculteurs ne se privent pas d\u2019optimiser l\u2019usage des engrais, auxquels leur donnent droit leurs emblavures de r\u00e9f\u00e9rence sur l\u2019ensemble de leurs cultures. D\u2019ailleurs, certaines entreprises peuvent allouer, et donc pr\u00e9financer, des volumes d\u2019engrais sup\u00e9rieurs au besoin des seules cultures contractualis\u00e9es. De plus, la commande group\u00e9e au niveau d\u2019une fili\u00e8re, voire d\u2019un pays, permet de n\u00e9gocier les prix \u00e0 l\u2019international.<\/p>\n<p>Donc, dans la conjoncture pr\u00e9sente, <strong>l\u2019effort budg\u00e9taire de certains pays pour r\u00e9duire l\u2019impact de la hausse des engrais min\u00e9raux via des subventions aux engrais appara\u00eet comme bien l\u00e9gitime. <\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019en demeure pas moins que cette modalit\u00e9 pr\u00e9sente des inconv\u00e9nients. Le caract\u00e8re poreux des fronti\u00e8res fait que le pays le plus g\u00e9n\u00e9reux subventionne des agriculteurs de son voisin qui l\u2019est moins. Il y a l\u00e0 un sujet de coop\u00e9ration r\u00e9gionale difficile. En outre, quand les engrais sont distribu\u00e9s par les services de l\u2019\u00c9tat, cela ne permet pas de structurer des r\u00e9seaux de distribution adapt\u00e9s \u00e0 la tr\u00e8s grande diversit\u00e9 des syst\u00e8mes agricoles. A cet \u00e9gard, il faut saluer le d\u00e9ploiement de \u00ab\u00a0vouchers\u00a0\u00bb pour des \u00ab\u00a0m\u00e9langes\u00a0\u00bb conformes aux r\u00e9f\u00e9rentiels pr\u00e9cis de fertilisation sur les sols et les cultures.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l\u2019autonomie de l\u2019Afrique pour les engrais min\u00e9raux est une question de politique industrielle continentale. A l\u2019exception notable du leader mondial qu\u2019est l\u2019Office Ch\u00e9rifien des Phosphates (OCP)<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, engag\u00e9 de longue date dans plusieurs pays du continent pour des partenariats industriels et techniques, les investissements sont insuffisants. Tous les gisements de phosphate, de chaux ou de potasse ne sont pas exploit\u00e9s. La production d\u2019ur\u00e9e des pays p\u00e9troliers est export\u00e9e vers d\u2019autres continents. L\u2019\u00e9nergie solaire si abondante n\u2019est pas encore utilis\u00e9e pour fabriquer de l\u2019ur\u00e9e\u2026 Les usines de m\u00e9lange et de formulation sont peu nombreuses. Et les unit\u00e9s de production d\u2019engrais organiques \u00e0 partir des r\u00e9sidus agro-industriels sont encore trop rares.<\/p>\n<p><strong>On ne peut donc que souhaiter avec d\u2019autres<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, qu\u2019au regard des enjeux continentaux et plan\u00e9taires qui se jouent dans la transformation des agricultures en Afrique, les pays se dotent de strat\u00e9gies nationales \u00ab\u00a0fertilit\u00e9 et sant\u00e9 des sols\u00a0\u00bb<\/strong> <strong>ambitieuses et compl\u00e8tes.<\/strong> Le champ d\u2019action de ces politiques est large, de l\u2019organique au min\u00e9ral, traversant leurs politiques agricoles et industrielles, des incitations r\u00e8glementaires et des aides financi\u00e8res pour des investissements dans les comp\u00e9tences comme dans les fili\u00e8res.<\/p>\n<p>On doit aussi souhaiter que ces dimensions soient beaucoup plus soutenues par les m\u00e9canismes internationaux de la Finance Climat afin que les Etats africains puissent investir dans leurs sols en y fixant du Carbone<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, pour eux-m\u00eames et pour la Plan\u00e8te\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Cet \u00e9v\u00e9nement \u00e9tait anim\u00e9 par Olia Tayeb Cherif (FARM). Il a r\u00e9uni Salif Ayefoumi Olou Adara (ROPPA), Hubert Cochet (AgroParisTech), Julie Stoll (Commerce \u00e9quitable France), Paul Luu (4 pour 1000), Matthieu Le Grix (AFD) et Marc Chapon (AVSF B\u00e9nin).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Comme l\u2019a rappel\u00e9 la Fondation FARM dans une <a href=\"https:\/\/fondation-farm.org\/etude-hausse-prix-agricultures-africaines\/\">publication r\u00e9cente<\/a> consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019impact de la guerre en Ukraine, la d\u00e9pendance aux produits agricoles de la mer Noire concerne plus les pays m\u00e9diterran\u00e9ens que les pays au Sud du Sahara, et dans ces pays, les grandes villes plus que les campagnes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><strong>[3]<\/strong><\/a> <a href=\"https:\/\/au.int\/en\/announcements\/20231011\/africa-fertilizer-and-soil-health-afsh-summit-call-side-event\">https:\/\/au.int\/en\/announcements\/20231011\/africa-fertilizer-and-soil-health-afsh-summit-call-side-event<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <a href=\"https:\/\/donnees.banquemondiale.org\/indicateur\/AG.CON.FERT.ZS?contextual=aggregate&amp;locations=ZG-CN-FR-BR-ZQ\">https:\/\/donnees.banquemondiale.org\/indicateur\/AG.CON.FERT.ZS?contextual=aggregate&amp;locations=ZG-CN-FR-BR-ZQ<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <a href=\"http:\/\/www.coraf.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Livre-paquet-intrant-agricole-coraf.pdf\">http:\/\/www.coraf.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Livre-paquet-intrant-agricole-coraf.pdf<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Voir par exemple\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.cirad.fr\/dans-le-monde\/nos-directions-regionales\/afrique-de-l-ouest-foret-et-savane-humide\/actualites-afrique-de-l-ouest-foret-et-savane-humide\/plantes-de-couvertures-au-benin\">https:\/\/www.cirad.fr\/dans-le-monde\/nos-directions-regionales\/afrique-de-l-ouest-foret-et-savane-humide\/actualites-afrique-de-l-ouest-foret-et-savane-humide\/plantes-de-couvertures-au-benin<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> https:\/\/www.fao.org\/global-soil-partnership\/fr\/<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> https:\/\/4p1000.org\/<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> La poudrette d\u00e9signe le fumier de parcage en zone soudano-sah\u00e9lienne, principalement compos\u00e9 des f\u00e8ces m\u00e9lang\u00e9es au sol par le pi\u00e9tinement du b\u00e9tail. Cette terre est utilis\u00e9e comme fertilisant.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Esp\u00e8ce d\u2019arbre caract\u00e9ristique des \u00e9cosyst\u00e8mes sah\u00e9liens, source de nombreux services \u00e0 l\u2019agriculture. Voir par exemple <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2019\/05\/22\/faidherbia-albida-l-arbre-refuge-de-l-agriculture-sahelienne_5465458_3212.html\">\u00ab\u00a0Faidherbia albida\u00a0\u00bb, l\u2019arbre refuge de l\u2019agriculture sah\u00e9lienne (lemonde.fr)<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> L\u2019exemple extr\u00eame, moins important en Afrique qu\u2019en Europe, est le transfert intercontinental de fertilit\u00e9 depuis les des zones agricoles intertropicales soumises \u00e0 la d\u00e9forestation via les fumiers d\u2019animaux nourris \u00e0 partir d\u2019aliments import\u00e9s (ma\u00efs, soja)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Voir par exemple, en 2023, au Rwanda\u00a0: <a href=\"https:\/\/afriquemagazine.com\/ocp-africa-rfc-l-usaid-et-cnfalancent-un-vaste-programme-de-soutien-aux-agriculteurs-rwandais\">https:\/\/afriquemagazine.com\/ocp-africa-rfc-l-usaid-et-cnfalancent-un-vaste-programme-de-soutien-aux-agriculteurs-rwandais<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> <a href=\"https:\/\/theconversation.com\/reconcilier-engrais-mineraux-et-agroecologie-une-piste-pour-nourrir-les-populations-dafrique-de-louest-214183\">https:\/\/theconversation.com\/reconcilier-engrais-mineraux-et-agroecologie-une-piste-pour-nourrir-les-populations-dafrique-de-louest-214183<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> <a href=\"https:\/\/theconversation.com\/pieger-le-carbone-dans-le-sol-ce-que-peut-lagriculture-216768\">https:\/\/theconversation.com\/pieger-le-carbone-dans-le-sol-ce-que-peut-lagriculture-216768<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n            <\/div>           \n        <\/div>\n        \n        \n    <\/div>\n        \n<\/section>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>The time has come to find the best options for agriculture and the climate, particularly in Africa. <\/p>","protected":false},"author":4,"featured_media":14090,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"thematique":[26],"annee":[73],"class_list":["post-14086","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-divers","thematique-resilience-des-territoires-ruraux","annee-2023-2022"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14086","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14086"}],"version-history":[{"count":57,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14086\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14150,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14086\/revisions\/14150"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14090"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14086"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14086"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14086"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=14086"},{"taxonomy":"annee","embeddable":true,"href":"https:\/\/fondation-farm.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/annee?post=14086"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}